« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

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4 janvier 2011

Faut-il brûler les nymphomanes ? par Agnès Giard

04/01/2011
Hélas pour les femmes, la majorité des médecins estiment que les nymphomanes sont d’immorales créatures, prêtes à tout pour parvenir à leurs fins, y compris raconter des mensonges : vers 1880, le gynécologue britannique C.H.F. Routh raconte le cas d’une jeune fille de 17 ans qui affirme avoir été victime d’inceste, et d’une autre qui prétend avoir été violée par son frère.
Pour Routh, pas de doute, ces petites débauchées sont des nymphomanes : «
Si ces femmes sont capables d’inventer de telles horreurs sur le compte de ceux qu’elles devraient le plus chérir et respecter », conclut-il, il faut vraiment s’en méfier !
Au cours des décennies suivantes, l’hypothèse selon laquelle les victimes d’agression sexuelles sont en réalité des nymphomanes menteuses et corrompues sera acceptée à de nombreuses reprises par la justice. Les femmes violées se retrouvent alors au banc des accusés. Et leurs agresseurs exigent des excuses.
Au début du XXème siècle, malgré la progressive libération des moeurs, on incarcère des femmes sous prétexte qu’elles trompent leur mari. Appelées «
hystériques sexuelles », les voilà internées dans des asiles. Leur mari ne les satisfait pas ? Les voilà accusées de frigidité. Elles vont chercher du plaisir ailleurs ? A l’asile. Jusque dans les années 60, les médecins – essentiellement des hommes – se rassurent en pensant que les femmes à forte libido sont en réalité incapables de jouir et qu’il faut les soigner de force.

Pour lire le billet, cliquez sur le logo des 400 culs
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25 juin 2010

Préface pour "Le Rideau levé ou L'Education de Laure", par Philippe Sollers : inceste père-fille. Ruse de Mirabeau

LE MONDE DES LIVRES | 25.06.10

Préface pour "Le Rideau levé ou L'Education de Laure", de Mirabeau (éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2004).

Philippe Sollers est écrivain. Dernier ouvrage paru : Discours parfait (Gallimard, 2010)

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Vient ensuite la démonstration, dans le style courant du XVIIIe siècle, c'est-à-dire la confession par lettres. Laure raconte son étrange éducation à son amie de couvent, Eugénie.

De quoi s'agit-il ? D'un inceste père-fille. Ruse de Mirabeau : le père n'est pas le géniteur de sa fille, il a couvert le fait que sa femme était enceinte au moment où il l'a épousée. Ici, l'humour est à son comble : comme il n'a pas engendré sa fille, l'inceste qu'il pratiquera avec elle ne pourra être que positif.

Le couvent, non seulement éloigne du bruit social, mais permet "les effets échauffants d'une imagination exaltée dans la retraite et l'oisiveté". C'est une prison, mais une prison favorable à l'excitation. De toute façon, "le bonheur des femmes aime partout l'ombre et le mystère". C'est une loi dont nous avons peut-être perdu la science. La mère est morte, la fille est libre, son père l'adore et elle adore son papa, Laure va donc aller de découverte en découverte, aidée en cela par sa gouvernante de 19 ans, Lucette.

Je vous laisse lire. Mais qu'une fille (ou, plus tard, une femme) puisse déclarer, grâce à cette éducation parfaitement scandaleuse que "l'envie et la jalousie sont étrangères à son coeur", voilà la rareté de la chose.

Supprimer l'envie et la jalousie serait donc possible ? Mirabeau veut en faire la démonstration.

Le père, ici, est un philosophe. Sa fille le décrit ainsi : "Un homme extraordinaire, unique, un vrai philosophe au-dessus de tout."

Le sexe de son père, lui, est un "vrai bijou".

Action. "Depuis ce temps tout fut pour moi une source de lumières. Il me semblait que l'instrument que je touchais fût la clef merveilleuse qui ouvrait tout à coup mon entendement."

On sait (on ne sait pas assez) que Mirabeau a été un partisan résolu de la masturbation, surtout à deux, la solitaire entraînant "une très grande dissipation des esprits animaux". Ce qui est frappant, dans Le Rideau levé, c'est la mise en garde contre les excès sexuels, aussi destructeurs que les grossesses forcées ou intempestives. Le sexe a une fonction de connaissance, mais sans cette connaissance il est très vite destructeur ou abrutissant.

Au contraire, "tout est plaisir, charmes, délices, quand on s'aime aussi tendrement et avec autant de passion".

Mirabeau est très précis : toutes les positions y passent, en hommage à la vraie philosophie.

Une philosophie que l'on peut dire résolument féministe, quitte à faire hurler ceux ou celles qui croient connaître le sens de ce mot.

Le lesbianisme le plus raisonné est ainsi célébré, et cette révélation vient du père. Le Père, en somme, est un nouveau dieu qui prend la place du Dieu ancien (ce Dieu procréateur étant faussement hétérosexuel).

Audace de Mirabeau : sa poétique sensuelle est en même temps une politique révolutionnaire. On ne l'a pas entendu, c'était couru.

Derniers mots de Laure, après la mort de son père, à Eugénie : "Mais, tendre amie, oublions l'univers pour ne nous en tenir qu'à nous-mêmes."

Moralité : une femme n'a qu'un seul homme dans sa vie : son père. Le meilleur usage qu'elle peut en faire, à condition qu'il ait été un vrai philosophe français, est d'en tirer des plaisirs en connaissance de cause.

Pour lire le début et la fin de l'article, cliquez sur le logo du Monde

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10 novembre 2009

4/ Souvenirs d'inceste retrouvés à l'âge adulte par Maritée

Maritée (pseudonyme) Ma vie en pièces détachées Editions : J'ai l'Espoir
Prix (TVA incl.) : € 20,68

Prix (TVA excl.) : € 19,51
ISBN : 978-2-981-1476-0-8
Section : Publications Littérature
Langue : français
Nombre de pages : 342
Impression : Noir & Blanc

"Je ne comprenais pas ce qui me poussait à reproduire encore et encore sur moi-même ces scénarios profondément morbides et sadiques où je jouais à la fois le rôle de l'abuseur et de l'abusée. Cela me plongeait dans une honte et un désarroi incroyables (…)" "J'ai aussi réalisé que, non seulement la petite que j'étais a eu peur de mourir, mais que paradoxalement elle a aussi demandé à mourir en appelant intérieurement au secours : Petit Jésus, pourquoi ne viens-tu pas me chercher ? Après tout tu es bien venu chercher ma sœur. Pourquoi pas moi alors ? (…)"
"Tous ces moments où j'ai pensé à en finir avec la vie ont toujours été provoqués par cette extrême discordance entre mes flashbacks et cette "théorie" supportant la négation de ceux que j'aimais le plus au monde (…)"
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Autres billets de Maritée

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22 octobre 2009

10/ La victime envahie par le souvenir traumatique ne marque aucune pause « pour réfléchir » par M.-Ch. Gryson-Dejehansart

Page 95
J'ai essayé de donner aux jurés des critères de discrimination de la fabulation.
J'ai expliqué que l'enfant qui revit une scène traumatique s'accroche au regard de l'interlocuteur pour pouvoir supporter la détresse que provoque cette résurgence. La recherche de réassurance apparaît de plus dans des termes particuliers de son discours, et ce sont ces termes-là qui seront décryptés. Ils font partie des compléments à l'échelle de validité évoquée plus haut.

La victime envahie par le souvenir traumatique ne marque aucune pause « pour réfléchir » comme l'enfant fabulateur, mais des arrêts de sidération : elle implore et perd le contrôle.
Toutes ces caractéristiques cliniques ne peuvent être analysées que lors d'un examen psychologique et ne peuvent s'exprimer dans le comportement effrayé, voire déstructuré, de l'enfant lors d'un procès d'assises.

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Autres billets sur l'affaire d'Outreau
1/ Outreau - La vérité abusée
2/ Outreau, la vérité abusée. 12 enfants reconnus victimes
3/ Outreau : Les lettres de Kevin Delay au juge Burgaud
4/ 24 février 2011 – La parole de l'enfant après la mystification d'Outreau
5/ Outreau : la télédépendance de l'opinion – « télécratie 4 » – « procès- téléréalité »
6/ Des troubles du comportement
7/ Saint-Omer - juin 2004 : Les enfants présumés victimes sont placés dans le box des accusés !
8/ Saint-Omer – Selon M. Monier, une telle configuration des lieux a eu un effet négatif sur le procès, personne n'étant à sa place
9/ Saint-Omer – Mercredi 2 juin 2004 – Le procès bascule le jour des rétractations provisoires 
de Myriam Badaoui
11/ le test du Rorschach expliqué
12/ Militantisme association
13/ Les points de défaillance au procès de Saint-Omer
14/ Florence Aubenas : le danger de la victime résiliente mêlée à toutes les causes
15/ Un éclairage sur les rétractations et les contaminations
16/ Outreau : presse & justice – Florence Aubenas : je consulte le dossier d'instruction
17/ À propos des aveux de l'un des accusés acquittés d'Outreau
18/ Il s'avère que c'est l'ingestion d'un médicament – l'amobarbital –, qui peut induire sous hypnose la construction des faux 
souvenirs, et non pas l'hypnose seule
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4 août 2007

IV/ Fantasmes dans Le Voyeur d'Alain Robbe-Grillet

Page 136

Le sujet intéresse apparemment beaucoup l'auteur qui, dès Le Voyeur, le met au centre du récit tout en gardant l'ambiguïté sur sa véritable réalisation, propre d'ailleurs au fantasme. On ne sait pas si le viol a vraiment eu lieu, mais Mathias tient entre ses mains la coupure du journal qui raconte le fait divers de Violette, la fillette qui a probablement été violée et dont le nom est la mise en abyme de son destin.

Il n'est pas exclu que Robbe-Grillet se soit inspiré pour cette scène de Sartre. Malgré son attitude ambivalente à l'égard de l'existentialisme, il a toujours affirmé son admiration pour La Nausée. Roquentin achète un journal où il lit le fait divers concernant le viol d'une petite fille dont le corps a été retrouvé. Elle a été violée et étranglée. « Un doux désir sanglant de viol me prend par-derrière [ ... ] » (p. 144), avoue le personnage dans un état de dédoublement où il parvient à se confondre avec le violeur. Emporté par des sensations exacerbées il recompose l'acte sexuel comme un moyen pour toucher à l'existence de l'autre.

…/…

Évidemment, les générateurs du récit peuvent être des fantasmes. La modernité suppose que le « bon » personnage de roman soit double, ce caractère révélant la contradiction insoluble inhérente au monde moderne. Le personnage moderne se dédouble pour entrer en lutte avec lui-même. Il se propose de subvertir le réel par des perversions érotiques qui s'inscrivent dans l'esprit moderne. D'où cet éclatement du narrateur en plusieurs instances narratives traduites sous différents noms et pronoms personnels. Cette « désidentification » du récit le renvoie dans le domaine du rêve, mais le déresponsabilise en même temps.


Dossier de presse Les Gommes et Le Voyeur d'Alain Robbe-Grillet (1953-1956)

Poche - Broché

Paru le : 03/11/2005

Editeur : 10/18

Collection : domaine français

ISBN : 2-264-04174-9

EAN : 9782264041746

Nb. de pages : 305 pages

Poids : 210 g

Dimensions : 11cm x 18cm x 2cm

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Autres billets sur le livre de Rennie Yotova

I/ Ecrire le viol
II/ Le viol
III/ Fantasmes de viol dans la littérature
V/ Que devient un corps violé ?

*/ Le pardon

**/ L'indicible du viol

***/ Viol et violence à travers Virginie Despentes
****/ Métaphorique du viol chez Robbe-Grillet en l'associant à l'acte de l'écriture
*****/ Le viol de Magritte par Rennie Yotova
***** L'écriture peut donner un sens au viol par Rennie Yotova


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3 août 2007

III/ Fantasmes de viol dans la littérature par Rennie Yotova

Page 113

Les victimes de nos quatre personnages sont extrêmement belles :

Textor Textel décrit sa victime comme « la plus belle jeune fille de l'univers » (p. 42) ;

Marcolina que Casanova souhaite ravir est divinement belle ;

les jeunes filles que le Dr Morgan entraîne dans ses fantasmes sadiques sont d'une beauté angélique ;

le Dahlia noir, âgée de 22 ans était terriblement belle aussi.

La seule réplique possible face à cette beauté s'avère la mort, comme l'exprime très exactement Baudrillard : « Qui a dit que la plus belle preuve d'amour fut dans le respect de l'autre et de son désir ? Le prix payé par la beauté et la séduction est peut-être d'être séquestrées et mises à mort, parce qu'elles sont trop dangereuses, et qu'on ne pourra jamais leur rendre ce qu'elles vous donnent. On ne peut alors leur donner que la mort97. »

Les fantasmes de viol produisent une esthétisation du corps désexualisé, ils érigent en règle l'agir contre nature et font de la perversité un principe moral. Le grotesque est magnifié, l'humiliation érigée en honneur particulier :

« C'est flatteur, un viol. Ça prouve qu'on est capable de se mettre hors la loi pour vous » (p. 51), s'exclame Textor Texel. Dans cet univers perverti, le monstrueux se complaît à renverser l'ordre des valeurs et à vanter la splendeur du viol.

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Autres billets sur le livre de Rennie Yotova


I/ Ecrire le viol

II/ Le viol

IV/ Fantasmes dans Le Voyeur d'Alain Robbe-Grillet

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*/ Le pardon

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****/ Métaphorique du viol chez Robbe-Grillet en l'associant à l'acte de l'écriture
*****/ Le viol de Magritte par Rennie Yotova

***** L'écriture peut donner un sens au viol par Rennie Yotova

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11 septembre 2005

11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?

Page 99

La première doléance de ces pères concerne leur insatisfaction conjugale. S'ils revendiquent une hétérosexualité banale, ils réduisent leur épouse à sa fonction maternelle et lui reprochent de ne pas être une assez bonne mère, autant pour l'enfant que pour eux-mêmes… « Pas assez tendre, pas assez attentive, chaleureuse… » La mauvaise entente conjugale les rapproche de l'enfant, « victime » comme eux des « insuffisances » maternelles et s'appuie sur la certitude intuitive qu'ils en sont tous deux victimes. Cette identification projective issue des blessures du narcissisme primaire engendre avec l'enfant un vécu de complicité magique, de complétude inconnue jusque-là et abolit le lien de parenté. L'enfant devient l'objet qui permet au père de se retrouver et de se prouver qu'il a une valeur. Cette valeur ne lui a jamais été reconnue jusque-là.

Faille initiale de son existence, elle l'a bloqué à un stade de développement prégénital. À la différence de l'épouse, sa fille le rassure. L'idéalisation de leur relation dans un néocouple parfaitement pur, désexualisé et merveilleux, s'entretient du mélange des sexes, des générations et de la confusion entre le paternel et le maternel, le masculin et le féminin.

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Autres billets sur le livre Questions d'inceste

1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste

10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs

12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur

13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère

14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon

19/ Anaïs Nin, un inceste choisi

20/ Deux sœurs dans les viols par inceste

21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit

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