« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

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12 octobre 2010

Inceste maternel : l'amour en plus par Caroline Eliacheff

26/07/2004
Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, psychanalyste.
Statistiquement, 90 % des actes pédophiles sont commis par des hommes et 10 % seulement par des femmes. Pourtant, faits divers, publicité, livres à succès débordent d'incestes maternels, au pluriel et sans explication.
L'inceste mère-fils est rarement sanctionné et l'inceste mère-fille avec passage à l'acte reste exceptionnel. Or, deux femmes viennent d'être condamnées pour actes pédophiles sur leurs propres enfants et ceux de leurs voisins sans que le caractère exceptionnel de ces faits ait été remarqué.
Plus extraordinaire encore : les deux mères, Myriam Delay et Aurélie Grenon agissaient en groupe avec leurs compagnons et tous leurs enfants réunis. A la lecture des comptes rendus d'audition, il est quasi impossible de savoir si c'est un enfant ou une adulte qui parle.
Myriam Delay ­ la principale accusée Ñ ne parle pas comme une enfant trop bavarde, elle est une enfant. Elle n'a ni grandi et ni enfanté : elle a crû et s'est reproduite. Il n'y a aucune différence générationnelle perceptible entre parents et enfants dans ces familles. Rien ne les sépare, mais rien ne paraît non plus les unir.
En violant l'interdit de l'inceste après avoir elle-même été violée, Myriam Delay accède à la forme de toute-puissance particulière aux enfants de moins de trois ans, qui ­ justement ­ n'ont pas encore intégré l'interdit de l'inceste. Elle accuse, elle absout, elle dicte capricieusement sa loi sans que rien ne l'arrête. Et dire que la France entière s'interroge sur la crédibilité de la parole des enfants...

On ne recense en France que 10 % de femmes pédophiles parce qu'on se focalise sur l'acte sexuel, dont la trace peut valoir preuve en justice. Or l'inceste se définit par une autre caractéristique tout aussi importante : la formation d'un couple par exclusion du tiers.
Une relation mère/­fille (ou mère-fils) dont le père est exclu peut être qualifiée « d'inceste platonique », selon l'expression de Nathalie Heinich. En littérature, Hervé Bazin appelle « maternite » ce basculement d'une jeune épouse en mère absorbée par sa maternité, délaissant son mari et sa propre identité d'épouse, et troquant la sexualité conjugale contre la sensualité maternelle. En psychanalyse, Winnicott l'appelle « préoccupation maternelle primaire ».

A mesure que l'enfant grandit, l'inceste platonique prend la forme d'une emprise grandissante allant jusqu'à ce que la psychanalyste Alice Miller appelle « l'abus narcissique » : les dons de l'enfant sont exploités pour combler les aspirations insatisfaites ou refoulées d'une mère idéalement dévouée. Comme les filles deviennent rapidement parties prenantes de cette relation d'emprise, ce versant négatif de l'amour maternel est difficile à débusquer : comment et à qui se plaindre d'un excès d'amour ?
Quant au deuxième type d'inceste mère-fille, il s'appelle justement l'inceste du deuxième type. L'anthropologue Françoise Héritier l'a défini la première comme la relation sexuelle de deux consanguins avec le même partenaire, par exemple quand une mère et sa fille ont une relation sexuelle avec le même homme. Cette relation introduit « une intimité charnelle entre consanguins inconcevable, indicible autrement que par le sous-entendu des mots ». Ce type d'inceste ne fait pas l'objet d'une prohibition universelle, mais il n'est pas non plus clairement autorisé, puisque sa transgression provoque pour le moins un malaise.
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16 septembre 2010

Kullervo, de Sibelius – une histoire incestuelle frère/sœur

Kullervo, de Sibelius.
jeudi 16 septembre 2010
Concert d'ouverture de saison à l'orchestre de Paris
Du jeune Sibelius.
Une histoire d'inceste :
sur la route, un jeune homme tente de séduire trois jeunes filles; il parvient à ses fins avec la troisième....qui se révèle être sa sœur.
Une s
orte de symphonie en arche, en cinq mouvements: le troisième mouvement, la longue scène de l'inceste, avec chœur et solistes, est encadré de deux pièces de genre, pour orchestre seul: le n°2, la jeunesse de Kullervo, est une pavane lente à 3 temps, et le n°4 une scène de bataille irrésistible.
Les deux mouvements extrêmes sont très étranges, notamment l'introduction, qui démarre par des rythmiques flottantes et indécises et se dénoue en un choral-massue, préfiguration d'une issue tragique.
Le
mouvement central (c'est Peter Mattei dans la belle version en lien, il est autrement plus investi que le baryton de mercredi qui était un peu terne) fait toujours un choc, avec la scansion à l'unisson d'un hénaurme choeur d'hommes, sur des rythmes irréguliers à 5 temps, le tout dans une atmosphère de fête villageoise (comprendre : les cordes graves tricotent, pendant que les villageois fricotent).
C'est un
mouvement à blamblam : un des grands moments est la transition entre le long récit de la sœur et la prise de conscience du frère. Toute l'oeuvre fourmille d'idées musicales.... c'est une œuvre que j'aime vraiment beaucoup.
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Pour écouter, cliquez sur le logo de ArkivMusic



Kullervo, Op. 7
Introduction: Allegro moderato

Kullervo, Op. 7
Kullervo's Youth: Grave

Kullervo, Op. 7
Kullervo and his Sister: Allegro vivace

Kullervo, Op. 7
Kullervo Goes to War: Alla marcia [Allegro molto] - Vivace - Presto

Kullervo, Op. 7
Kullervo's Death: Andante

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15 septembre 2010

Film - Jamais sans toi - incestuel entre deux demi-frères

Année de production 2009
Sortie en salles 12 mai 2010
Titre original : Do Começo ao Fim
Brésil
Réalisateur : Alusio Abranches
Drame, Romance
94 mn

Site officiel

Distribution :

Gabriel Kaufmann (Thomas), Rafael Cardoso (Thomas), Lucas Cotrin (Francisco), Julia Lemmertz (Julieta), Fabio Assunçao (Alexandre), Louise Cardoso (Rosa), Jean Pierre Noher (Pedro)

Synopsis :
L'histoire d'amour inconditionnelle entre Francisco et Thomas, deux demi-frères.
Le film, se déroulant à Rio de Janeiro et Buenos Aires, raconte leur enfance dans un environnement familial aimant et leur arrivée à l'âge adulte lorsqu'ils réalisent la vraie nature des sentiments qui les lient.
Secrets de tournage.
Un valeur montante
Aluisio Abranches a étudié l'économie avant d'entreprendre des études de cinéma à la London Film School durant les années 80. Il a réalisé alors ces premiers courts-métrages et vécu à Paris et Los Angeles. Par ailleurs, le cinéaste a produit deux documentaires et un long-métrage Carlota Joaquina - Princesa do Brazil réalisé par Carla Camurati en 1995.
Son premier film fut un long métrage expérimental intitulé Un Copo de colera en 1998. En 2002, il a réalisé son second long métrage The Three Marias qui a été sélectionné au Festival de Berlin dans la section Panorama.
Jamais Sans Toi est son troisième film.
Deux ex-mannequins

João Gabriel Vasconcellos, ancien mannequin de l'agence Ford, a été choisi pour le rôle adulte de Francisco. C'est sa première apparition à l'écran contrairement à Rafael Cardoso qui, également ancien mannequin, a déjà débuté sa carrière dans "Beleza Pura", une telenovela brésilienne en 2008 sur Rede Globo.
Pour lire la suite du billet, cliquez sur l'affiche du film
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14 septembre 2010

2/ Monsieur Récamier : « On pourra dire que mes sentiments pour la fille tiennent à ceux que j'ai eus pour la mère. »

Page 19
Volage, enjoué et entreprenant, M. Récamier est et demeurera un homme de sa génération, la dernière qui, au xve siècle, aura librement usé et abusé de la fameuse « douceur de vivre ».
Récamier, on l'imagine sans peine, séduit Mme Bernard. Il écrira quinze ans plus tard, dans une lettre à sa famille annonçant son mariage - lettre sur laquelle nous reviendrons : « On pourra dire que mes sentiments pour la fille tiennent à ceux que j'ai eus pour la mère. » Sentiments qu'il qualifie prudemment « d'un peu vifs, peut-être ». La litote entend déjouer par avance les objections lyonnaises à son mariage inattendu : car tout le monde devait être au courant de sa liaison avec Mme Bernard et l'effort qu'il fait pour en atténuer le souvenir ne réussit, au contraire, qu'à l'accentuer.
Rien de bien étonnant à cette mutuelle inclination, dans un milieu où commençait à s'installer une plus grande permissivité. Les formes étaient respectées, comme il était d'usage, en cela comme en tout, l'aristocratie donnant l'exemple, mais personne n'était dupe. 
Que ces deux jeunes gens – ils ont moins de vingt-cinq ans – brillants, beaux et non dénués d'arrivisme se soient entendus, c'est évident. Récamier a aimé Mme Bernard, il le reconnaît. Mme Bernard avait-elle un cœur ? C'est une autre question…
Dans ces conditions, il est parfaitement envisageable que Juliette ait été la fille de Récamier. Pour l'instant, cela ne fait pas problème.
Ajoutons que lorsque Mme Bernard aura prématurément disparu, Bernard, Simonard et Récamier resteront intimement liés, continuant de partager le même ménage ou, si l'on préfère, la même organisation domestique. À tel point, que le narquois Brillat-Savarin ne les évoquera jamais que réunis sous l'appellation générique de « pères nobles » 1

1. Extrait d'un manuscrit inédit de Marie-Antoinette Récamier (1754-1823) sur "Jacques-Rose Récamier le banquier et sa femme", écrit en 1813 ou 1814. (Manuscrits B.N. Fonds Récamier, NAF 14088.)
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Autres billets sur le livre de Françoise Wagener Madame Récamier
1/ Livre — Madame Récamier 1777-1849 par Françoise Wagener - relation incestuelle Père/fille
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6 septembre 2010

1/ Livre — Madame Récamier 1777-1849 par Françoise Wagener - relation incestuelle Père/fille

Madame Récamier. 1777-1849
Françoise Wagener
Broché
Paru le : 27/01/2001
Editeur : Flammarion
Collection : grandes biographies
ISBN : 2-08-068062-5
EAN : 9782080680624
Nb. de pages : 545 pages
Poids : 695 g
Dimensions : 15,2cm x 23,9cm x 3,5cm

Née avant la Révolution et morte sous la présidence du futur Napoléon III, Juliette Récamier, la Belle des Belles, est la pure incarnation de l'intelligence et du charme féminins.
Par sa beauté, son raffinement, son sens de l'amitié, elle sut, tout au long de sa vie, rassembler ce que l'Europe comptait de mérites politiques, artistiques, littéraires et faire de son salon un lieu d'échange d'une qualité inégalée. Riche, avenante, d'une élégance discrète, vouée au blanc, Juliette connaît très tôt la renommée. Mariée à 15 ans, sa relation purement affectueuse avec le banquier Récamier, dont elle apprendra qu'il est son père, fait d'elle une femme célébrée sinon heureuse. Elle règne sur le Paris consulaire mais, sous l'Empire, elle lutte inlassablement en faveur de ses amis opposants au régime, notamment Mme de Staël et Benjamin Constant.
Elle ne faiblit jamais et sa fidélité aux proscrits lui voudra les rigueurs de l'exil. Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, son rayonnement s'étend sur la brillante société qui se retrouve chez elle, à l'Abbaye-aux-Bois. Elle encourage la création et favorise l'éclosion de la pépinière Romantique, sous l'égide de Chateaubriand, qu'elle a su s'attacher et avec lequel elle forme, pendant trente ans, un couple éblouissant, légendaire : il la fera entrer dans l'immortalité en lui consacrant des pages inoubliables des Mémoires d'outre-tombe. " Celle qui fut la star de son temps méritait ce livre passionnant et peut-être définitif qui fait revivre toute une époque."
Jean d'Ormesson. Grand prix des lectrices de Elle 1987. Nouvelle édition revue et augmentée.
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Autres billets sur le livre de Françoise Wagener Madame Récamier
2/ Monsieur Récamier "On pourra dire que mes sentiments pour la fille tiennent à ceux que j'ai eus pour la mère."
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20 janvier 2010

20 janvier – Le Chasseur – série TV – France 2

Yannick Soulier incarne le Chasseur. DR
« Le Chasseur » de prime-time
par Isabelle Hanne
Paru dans Libération du 20 janvier 2010
série créée par Gérard Carré, Vassili Clert et Nicolas Cuche
Episodes 1, 2, et 3/6.
France 2, ce soir à 20h35.

Manquait plus que ça. Un tueur à gages en héros d’une série diffusée en prime sur une chaîne publique. Samuel Delaunay (Yannick Soulier, l’Hôpital, Central nuit) faux avocat-vrai tueur en série, travaille pour sa mère Natasha (Marie-France Pisier), dans un Paris bleu acier en deux dimensions. Visage anguleux, corps sculpté et regard droit, le Chasseur exécute sans broncher. Sauf une fois, une nuit, où il épargne Lauren (Estelle Skornik), devenue sa femme. Bien entendu, personne ne dézingue son prochain pour rien.
Qu’est-ce qui fait courir Samuel ? Pourquoi le Chasseur chasse-t-il ?
A cause du pognon
Samuel ne tue pas par pulsion sadique, il tue pour de l’argent. Le scénariste Gérard Carré le décrit comme « une métaphore presque parfaite de la société du monde dans lequel nous vivons ». Dans la série, tout est marchand et tout se marchande : la tranquillité, la famille, l’amour, et la jouissance. Les scènes de sexe sont, d’ailleurs, carrément pubardes (mais pourquoi font-ils toujours l’amour sous la douche ou dans la piscine ?). Samuel a des goûts de luxe : il aime les belles bagnoles, vit dans un hôtel particulier décoré comme dans un catalogue, avec piscine en sous-sol et draps de soie. Et à 300 000 euros la tête, son boulot lui convient. Antihéros héraut du libéralisme, Samuel veut, selon le bon mot de Gérard Carré, « tuer plus pour gagner plus ».
A cause de maman
Pour faire plaisir à sa mère, et parce qu’il a tué le père. Littéralement. Car Samuel Delaunay a un œdipe très prononcé : dans des flash-back en noir et blanc, on comprend que, enfant, il a tué son papa parce qu’il battait sa maman. Un meurtre originel, fondateur, à la fois de son rapport quasi incestueux avec sa mère – « Y’a que moi qui puisse t’aimer tel que tu es », répète-t-elle –, et de son métier de tueur à gages. Natasha, marâtre toute-puissante, dévoreuse et cardiaque, l’enferme dans un monde où il est contraint de tuer.
A cause de « Dexter »
La musique et le pitch du Chasseur font immédiatement penser à Dexter, série diffusée sur la chaîne Showtime (en France, sur Canal +) racontant l’histoire d’un expert en traces de sang le jour, tueur en série la nuit. Mais contrairement à Samuel, Dexter respecte un code, qui lui interdit de tuer autre chose que de très vilains serial killers. Le Chasseur, lui, n’hésite pas à casser le cou d’une comédienne parfaitement innocente. Et quand Dexter suit un rituel pour sacraliser l’acte meurtrier, Samuel est un chasseur sachant chasser sans chichis (pardon). Il tue comme il irait au bureau, ses meurtres sont chirurgicaux, parfaits.
A cause de la ménagère
Fini, les Avocats et Associés, P.J. et autres séries morales et moralisatrices : place aux héros très méchants et aux séries pas politiquement correctes. Le Chasseur n’est pas tout le temps convaincant et manque souvent d’épaisseur. Mais on salue évidemment l’initiative, mi-audacieuse mi-inconsciente, d’inclure enfin ce type de personnages dans la fiction française. Dommage qu’avec un rebondissement consensuel à la fin de la saison, les scénaristes aient décidé de ménager la ménagère.

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15 décembre 2009

L'incestuel par Dr. Claude Esturgie

L’incestuel
par Dr Claude Esturgie
(Sexologue, Bordeaux) Le néologisme « incestuel » a été créé par Paul-Claude Racamier, psychiatre et psychanalyste renommé, dans les années 1980-1990, à l’occasion d’un livre intitulé L’inceste et l’incestuel, ouvrage aujourd’hui épuisé.
Sous ce terme Racamier décrit une psychopathologie laissée dans l’ombre avant lui mais cependant extrêmement répandue. L’incestuel correspond à une atmosphère familiale particulière qui n’aboutit pas nécessairement à un passage à l’acte sexuel, mais qui laisse chez les enfants qui en sont victimes une empreinte responsable d’un certain nombre de troubles psychiques ou sexuels de l’âge adulte.
Il s’agit d’une notion complexe que je vais essayer d’exposer le plus simplement possible. Elle place dans une perspective nouvelle certaines hypothèses de base de la psychanalyse comme le complexe d’Œdipe, phénomène tellement vulgarisé et médiatisé que l’on peut le supposer connu de tous.
Très schématiquement l’Œdipe, fantasme de séduction du parent de sexe opposé avec rejet du parent de même sexe, reste refoulé dans l’inconscient de l’enfant jusqu’à sa résolution naturelle par mentalisation de la nature irréaliste de cette rivalité et retournement vers le parent du même sexe comme modèle identitaire.
L’interdit de l’inceste est le pivot du complexe d’Œdipe. Quand il se produit, le passage à l’acte crée une véritable effraction agressant l’inconscient de l’enfant qui le subit. L’inceste s’oppose à la réussite de la triangulation œdipienne : deux personnes se rencontrent : l’incesteur et l’incesté, rencontre dissymétrique : pour le premier ce n’est qu’une pulsion narcissique sauvage, incontrôlée, pour l’autre un traumatisme majeur, une blessure qui le frappe au cœur de son intégrité physique et psychique.
L’incestuel, lui, est seulement, je cite Racamier : « un climat où souffle le vent de l’inceste sans qu’il y ait inceste ». Les conséquences en sont différentes mais affecteront les enfants qui en sont victimes dans leurs comportements adultes sur le plan social, familial ou sexuel.
L’incestuel peut se définir comme un inceste psychique, symbolique et dans ce domaine comme dans la plupart des phénomènes humains la frontière entre le normal et le pathologique reste très imprécise, d’autant plus imprécise que sa nature, ne dépassant jamais le territoire secret de la famille, lui permet d’échapper aux définitions abruptes du légal.
L’incestuel est un dysfonctionnement à la fois psychique et relationnel. Il reste apparenté à l’inceste lui-même dont on ne saurait le distinguer entièrement. C’est avant tout un climat, une sorte de mise en intrigue déviante des relations familiales et un problème psychologique personnel qui entraîne pour reprendre la belle formule de Stefan Zweig en lui prêtant un sens différent une redoutable « confusion des sentiments ».
On peut commencer par le plus apparent et évoquer cette « atmosphère » incestuelle. Vues de l’extérieur les manifestations peuvent en sembler banales, anodines, pour certains même correspondre à des attitudes dites « libérées » : enfants adulés, c’est un des parents qui se présente alors en séducteur, enfants dormant trop longtemps dans le lit des parents, contacts prolongés peau à peau avec la mère, promiscuité familiale, bains pris en commun jusqu’à un âge trop avancé, confidences des parents sur leur propre vie sexuelle… (la proposition d’initiation est déjà par contre en elle-même un passage à l’acte).
On peut dire que l’incestuel est marqué de l’empreinte de l’inceste sans que la transgression sexuelle soit fatalement accomplie, l’incestuel est un dysfonctionnement des liens familiaux qui se situe en-deçà de l’Œdipe et de l’interdit de l’inceste. L’incestuel est le lieu encore virtuel entre inceste fantasmé et inceste sexuellement réalisé.
Si la situation incestuelle ainsi définie est assez fréquente, il faut nous interroger maintenant sur le cheminement qui y conduit. Ce cheminement emprunte schématiquement deux voies principales étroitement liées entre elles : la séduction narcissique et ce que Racamier a appelé l’antœdipe.
La séduction narcissique
À la base est la dyade mère-enfant, cette unité originaire, cet état totalement fusionnel au départ dans lequel chacun fait encore partie de l’autre. C’est un paradis que l’enfant doit normalement quitter pour grandir, c’est-à-dire s’individualiser. Paradis trop tôt perdu dont notre inconscient garde toujours une secrète nostalgie. C’est l’irruption de la séparation inévitable dans l’illusion du non séparable, l’illusion d’être un à deux. Dans une évolution satisfaisante, l’enfant réussit, non sans angoisse, cette séparation, la relation narcissique commence à se distendre lorsque les forces inconscientes qui poussent à la différenciation, à l’autonomie entrent en concurrence avec elle. L’émergence du Moi en achève le déclin.
Il en va autrement quand opère la séduction narcissique de la mère pour tenter de pérenniser cette fusion où chacun puisse se reconnaître en l’autre dans une relation mutuelle exclusive et comme à l’écart du reste du monde, cette fusion que Racamier appelle l’unisson. La relation initiale de double lien existant normalement entre la mère et l’enfant est défigurée le lien se transforme en ligature ou ligotage dont l’enfant devient prisonnier. Selon Racamier, la mère peut dire : « Ensemble nous formons un être à tous égards unique, inimitable, insurmontable et parfait. Ensemble nous sommes le monde et rien ni personne d’autre ne saurait nous plaire, ensemble nous ignorons le deuil, l’envie, la castration et l’œdipe… » Le fantasme de toute puissance rejoint le fantasme d’unisson.
La séduction ne s’achève pas, tout simplement parce que la mère (mais parfois aussi le père) ne le veut pas. La séduction se pervertit et devient manipulation. La symétrie qui normalement organise une relation disparaît. L’enfant devient le miroir dans lequel la mère cherche son image, son identité, il devient son indispensable complément, le témoin et la preuve de son existence. La séduction se fait rapt tout en demeurant ravissement. L’enfant est projeté comme objet purement narcissique, l’impossibilité de faire le deuil de l’unisson oblitère toute autre mode de lien. Remarque saisissante d’une patiente ainsi « incestuée », parlant de sa mère : « Je pourrais faire son autoportrait ! » Cet enfant ne peut acquérir aucun statut individuel, donc exister en tant que personne : il est l’instrument de survie du narcissisme de ses parents, une sorte de délégation narcissique, une idole à tout faire et l’idole adore l’idolâtre en retour. Paré en secret de toutes les qualités qu’on lui prête il est lui-même ébloui et fasciné en même temps que confondu. Incarnant un idéal absolu il est prisonnier d’une projection narcissique dévorante car il doit combler à lui seul tous les manques de l’auteur(e) de cette idolâtrie.
L’enfant incestué a été soumis à une emprise alors qu’il croyait être aimé.
L’enfant incesté se croit coupable alors qu’il est victime.
Œdipe et Antœdipe
Quelle est la chaumière où l’on n’a pas de nos jours une vague idée de ce qu’est le fameux complexe d’Œdipe ? Nous l’avons vu ce conflit se noue envers les deux parents dans le registre de la sexualité. Il est fait d’une attirance fantasmée inconsciente envers le parent du sexe opposé (ou parfois du même sexe) et d’un rejet du parent du même sexe (ou du sexe opposé). Cette situation est souvent compliquée par la tendresse que peut inspirer le parent jalousé et la réactualisation à cette occasion des traces de la relation œdipienne dans l’inconscient des parents eux –mêmes.
L’Antœdipe (préfixe ante : avant) – à ne pas confondre avec l’Anti-œdipe de Deleuze et Guattari – est le conflit des origines qui met en jeu la tendance spontanée de l’enfant à l’individuation et la tendance inverse à rester uni à l’objet primaire, c’est-à-dire la mère. Ce qui a fait dire à Racamier : « Il y a pire que la castration, l’horreur de la distinction et de la différence des êtres. » L’antœdipe est une phase du développement précédent ou accompagnant l’avènement du conflit œdipienne : c’est ce qui est avant et c’est ce qui est contre, ce qui fait obstacle au deuil originaire et sidère l’enfant dans une position où il est à la fois le jouet et l’enjeu d’une séduction narcissique aliénante qui fait barrage à ses forces innées d’individuation et de maturation. C’est un des grands mérites de Racamier d’avoir mis en évidence l’importance de ce conflit antœdipien alors qu’à la même époque et dans une réciproque ignorance l’un de l’autre. Claude Crépault au Québec décrivait le même phénomène en y ajoutant la notion de genre sous forme de ce qu’il nommait le complexe genral nucléaire et en faisait la base d’une approche nouvelle des désordres sexuels appelée par lui Sexoanalyse.
Les personnages en scène sont dans l’Œdipe le père, la mère et l’enfant, constituant le fameux triangle œdipien, dans l’antœdipe l’enfant et la mère qui porte en elle le sceau du père géniteur mais aussi le dépôt des générations précédentes. L’œdipe aboutit normalement à l’interdit de l’inceste, l’antœdipe à un interdit différent : l’interdit de l’indifférenciation, c’est cet interdit qui empêche la confusion des êtres, des genres et des générations.
L’enjeu de l’œdipe est l’identité sexuelle.
L’enjeu de l’antœdipe est l’identité de genre et l’identité personnelle.
L’œdipe par le complexe de castration aboutit à l’interdit de l’inceste.
L’antœdipe aboutit à l’interdit de l’indifférenciation qui entraînerait confusion des personnes, des genres et des générations.
Si l’interdit de l’indifférenciation n’est pas respecté, l’interdit de l’inceste a de grands risques de ne pas l’être, cette situation est l’incestuel.
Tout inceste est violence mais l’incestuel lui-même est violence en soi.
L’inceste dans une génération induit un climat incestuel dans les générations suivantes.
Telle est l’histoire de Géraldine. Cette jeune femme de 27 ans vient consulter pour un désir sexuel qui disparaît rapidement après les premières semaines de toutes ses relations masculines, la sexualité est pour elle inutile, sale, bestiale, elle ne s’est jamais masturbée et ne tolère pas le cunilingus. Son grand-père maternel a abusé de la sœur aînée de sa mère avec la complicité active de la grand-mère. Cette sœur, sa tante, a par la suite abusé de sa mère. Le grand-père lui-même avait été violé par sa mère et sa tante. Sa mère l’a entourée et l’entoure toujours d’un amour très fusionnel, elle l’a informée dès ses 13-14 ans de l’histoire familiale, le père est insignifiant. Nous sommes dans l’incestuel.
L’incestuel, nous l’avons vu, est un rapt narcissique que l’inceste peut transformer en rapt sexuel.
Il ne faut pas se laisser tromper par les apparences fusionnelles de la relation incestuelle, l’unisson ne passe pas par la tendresse, qui est prise en charge de l’existence de l’autre en tant qu’autre.
Enfermée dans son ego la mère incestuelle est en réalité inaffective, son enfant est élevé, choyé, encensé mais pas tendrement entouré. Cela n’est paradoxal qu’en apparence, la symbiose habituelle mère–enfant est amour et échange réciproque, séduire (se ducere), c’est conduire à soi l’autre pour le posséder.
Une mère vraiment aimante n’éprouve pas à tout moment le besoin de théâtraliser son amour avec des gestes et des phrases. Si elle souffre de voir son enfant grandir et s’éloigner c’est en silence, cela ne l’empêche pas de s’en réjouir pour lui et l’aider dans cette démarche, elle se soumet ainsi au mouvement de la vie et peut s’ouvrir personnellement à d’autres désirs.
La mère incestuelle veut l’enfant pour elle, rien que pour elle, elle le garde captif et s’enferme avec lui dans un hors monde, un hors vie où elle en jouit en secret, toute à sa pulsion de mort.
L’incestuel baigne dans le secret. Le rôle du secret est d’occulter les origines de telle sorte que seule la séduction narcissique puisse emprisonner dans le silence l’enfant qui en est l’objet, on peut déjà dire, même en l’absence de tout abus physique, la victime. Tout se passe dans le non savoir, le non dit, le non à penser. Le secret incestuel est donc aussi secret des origines. Emilie a trente ans, elle est mariée et a une petite fille de trois ans. Depuis la naissance de sa fille elle ne peut plus avoir de relations sexuelles avec son mari. Elle n’a jamais connu son père. À l’âge de vingt ans seulement sa mère lui a dit qu’elle avait fait l’amour avec un inconnu et s’était retrouvé enceinte : « enfant, je m’inventais des pères », me confie-t-elle. Elle vivait avec sa mère une relation très fusionnelle, elle a dormi avec elle jusqu’à dix ou onze ans. Ce n’est qu’après une dizaine de consultations qu’elle peut dire : « Enfant je vivais souvent chez mes grands-parents maternels, ma grand-mère et mon grand-père faisaient chambre à part, moi je dormais dans la chambre de mon grand père quand j’avais six ,huit ans, je couchais dans un petit lit à côté du sien, il me faisait venir dans son lit et me caressait Une fois il m’a demandé de le lui faire. Il m’interdisait d’en parler et je n’ai jamais osé. Je me sentais coupable de le laisser faire et d’avoir une fois ressenti quelque chose comme du plaisir. »
Le secret peut traverser les générations. Silence, sidération sont la chape de plomb qui tombe sur l’enfant. Si l’inceste consommé crée inévitablement l’incestuel, un climat incestuel transmis sur plusieurs générations facilite le passage à l’acte de l’inceste.
Si l’on suit les hypothèses de Racamier le rôle de la mère est donc prédominant dans les familles incestuelles, les pères sont souvent absents ou déniés, dans ces familles les repères habituels basés sur la différenciation des sujets, des genres et des générations sont brouillés, l’enfermement narcissique se reproduit chez l’incestué au risque qu’il devienne un jour lui même incesteur.
Si l’interdit de la confusion des êtres n’est pas respecté, tôt ou tard l’interdit de l’inceste ne le sera pas non plus.
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12 février 2009

Les violettes sont les fleurs du désir par Ana Clavel – relation incestuelle Père/fille

François Gaudry (Traducteur)
Broché
Paru le : 12/02/2009
Editeur : Métailié
EAN : 9782864246749
Nb. de pages : 105 pages
Poids : 160 g
Dimensions : 14cm x 21cm x 1cm
Julian Mercader, héritier d'une fabrique de poupées, éprouve du désir pour sa fille Violeta.
Angoissé à l'idée de passer à l'acte, il crée une série de poupées, les Violettes, qui lui servent de substitut. Mais ces Violettes, présentées lors d'une foire internationale, commencent à incarner les fantasmes de nombreux clients qui passent des commandes extravagantes. Le succès de l'entreprise fait de Julian la cible d'une société secrète. Et il finira par découvrir plus pervers que lui... Ce récit d'une sublimation est remarquable à plusieurs titres.
Par son climat mystérieux, captivant, plus suggestif qu'explicite, servi par un art subtil de provoquer le trouble qui n'est pas sans rappeler Cortazar et Nabokov. Mais il l'est surtout par une écriture tenue de bout en bout, souple, insinuante, sans faiblesse ni complaisance. Remarquable aussi le talent d'Ana Clavel d'inscrire mezza-voce, par la bouche de son personnage mais sans jamais alourdir le déroulement de l'intrigue, une méditation poétique sur l'art de Hans Bellmer, le désir, les parfums, la folie.
Un roman singulier et délicatement scandaleux.
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Autres billets sur Les Violettes sont les fleurs du désir

La blessure dans les Violettes sont les fleurs du désir de Ana Clavel
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15 février 2006

Film – The Ballad of Jack & Rose de Rebecca Miller

Titre : The Ballad of Jack and Rose Réalisation :
Rebecca Miller
Scénario :
Rebecca Miller
Production : Lemore Syvan, Melissa Marr, Caroline Kaplan, Graham King et Jonathan Sehring Sociétés de production : Elevation Filmworks, IFC Productions et Initial Entertainment Group Distribution : France France : TFM Distribution Musique : Michael Rohatyn
Photographie :
Ellen Kuras Montage : Sabine Hoffmann
Décors :
Mark Ricker Costumes : Jennifer von Mayrhauser
Pays d'origine :
États-Unis États-Unis
Format : Couleurs -
1,85:1 - Dolby Digital - 16 mm
Budget : 1,5 million de dollars

Genre : Drame
Durée : 112 minutes
Dates de sortie :
23 janvier 2005 (festival de Sundance),
25 mars 2005 (États-Unis),
15 février 2006 (France)
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Prix du meilleur second rôle féminin pour Catherine Keener, lors des
Boston Society of Film Critics Awards en 2005.
Nomination au Grand Prix Spécial, lors du Festival du cinéma américain de Deauville en 2005. Nomination au prix de la meilleure performance pour Camilla Belle, lors des Gotham Awards en 2005. Prix du meilleur second rôle féminin pour Catherine Keener, lors des Los Angeles Film Critics Association Awards en 2005.
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Par Jean-Luc Douin
Le tabou de l'inceste
The Ballad of Jack and Rose dépeint aussi l'apprentissage d'un deuil inexorable. "Pourquoi les gens veulent-ils tout enlaidir ?", lâche Rose, "la zarbi". Elle ne parle pas seulement des dégradations sociales et géographiques. C'est bien au tabou de l'inceste que s'attaque Rebecca Miller, avec beaucoup de délicatesse. En pleine émancipation, Rose entame une série de provocations sexuelles pour rendre son père fou de jalousie.

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6 mai 2004

5/ Relation incestuelle avec sa mère par Georges Bataille

Page 77

Jamais un instant je n'imaginai dans la violente passion que ma mère m'inspirait qu'elle pût même dans le temps de l'égarement devenir ma maîtresse. Quel sens aurait eu cet amour si j'avais perdu un iota du respect sans mesure que j'éprouvais – et dont, il est vrai, j'étais désespéré ? Il m'arriva de désirer qu'elle me battît. J'avais horreur de ce désir, encore qu'il devînt, quelquefois, lancinant ; j' y voyais ma tricherie, ma lâcheté ! Il n'y eut jamais entre elle et moi rien de possible. Si ma mère l'avait désiré, j'aurais aimé la douleur qu'elle m'aurait donnée, mais je n'aurais pu m'humilier devant elle : m'avilir à ses yeux, aurait-ce été la respecter ? Afin de jouir de cette adorable douleur, j'aurais dû la battre en retour.

…/…

Ce qui dans mes amours avec ma mère est le plus obscur est l'équivoque qu'y introduisirent un petit nombre d'épisodes risqués, d'accord avec le libertinage, qui fut toute la vie de ma mère, et qui s'empara peu à peu de toute la mienne. Il est vrai qu'à deux reprises au moins nous avons laissé le délire nous lier plus profondément, et d'une manière plus indéfendable que l'union charnelle n'aurait pu le faire. Nous en eûmes conscience ma mère et moi, et même dans l'effort inhumain que d'accord nous avons dû faire afin d'éviter le pire, nous avons reconnu en riant le détour qui nous permit d'aller plus loin et d'atteindre l'inaccessible. Mais nous n'aurions pas supporté de faire ce que font les amants. Jamais l'assouvissement ne nous retira l'un de l'autre comme le fait la béatitude du sommeil. Comme Iseult et Tristan avaient entre eux l'épée par laquelle ils mirent fin à la volupté de leurs amours, le corps nu et les mains agiles de Réa jusqu'au bout demeurèrent le signe d'un respect effrayé qui, nous séparant dans l'ivresse, maintint sur la passion qui nous brûlait le signe de l'impossible. Pourrais-je attendre plus longtemps pour en donner le dénouement ? Le jour même où ma mère comprit qu'elle devrait à la fin céder, jeter à la sueur des draps ce qui m'avait dressé vers elle, ce qui l'avait dressée vers moi, elle cessa d'hésiter : elle se tua. Pourrais-je même dire de cet amour qu'il fut incestueux ? La folle sensualité où nous glissions n'était-elle pas impersonnelle et semblable à celle si violente de ma mère au moment où elle vivait nue dans les bois, où mon père la viola ? Le désir qui souvent me congestionna devant ma mère, indifféremment je pouvais le satisfaire dans les bras d'une autre. Ma mère et moi nous mettions facilement dans l'état de la femme ou de l'homme qui désirent et nous ragions dans cet état, mais je ne désirais pas ma mère, elle ne me désirait pas. Elle était comme je sais qu'elle était dans les bois, je lui tenais les mains et je savais qu'elle était devant moi comme une ménade, qu'elle était folle, au sens propre du mot, et je partageais son délire.
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1/ Ma mère par Georges Bataille
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3/ Les débuts de l'emprise
4/ Viol de la mère
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