« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

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9 septembre 2012

La parole confisquée des victimes de viols par inceste au long-court

En 1986, j’ai rejoint le mouvement féministe. Mon père – officier supérieur – m’a violée pendant à peu près 15 ans parce que la première fois, je ne m’en souviens pas mais j’avais 8 ans pour mon premier souvenir et la dernière c’était en 1984, j’avais 24 ans.
Le groupe de parole
Le collectif féministe contre le viol organisait un groupe de parole. Nous étions neuf.
Claudine parlait tout le temps, ramenait tout à elle. Monique racontait plus doucement des histoires qu’elle se répétait en boucle. Il y avait aussi trois autres jeunes femmes qui allaient mal et il y en avait deux qui reprenaient à leur compte les histoires des autres, ce qui fait que je ne sais pas vraiment ce qui leur est arrivé.
Il y avait une psychologue en formation et Simone Iff militante, présidente du collectif et venant du planning familial. Avec Anne, une dame plus âgée que nous, lorsque nous avons eu compris, assez rapidement, cette appropriation de l’histoire de l’autre, nous avons commencé à nous taire. Nous sentions aussi une pesanteur lorsque nous prenions la parole. Nos histoires commençaient à devenir trop lourdes.
La conspiration des oreilles bouchées
Nous avons fait une vidéo commandée par le Ministère de la santé : « L’inceste, la Conspiration des oreilles bouchées ».
L’une d’entre nous, Claudine – père chef d’une petite entreprise – venait aux émissions de télévision avec moi.
La plus jeune Monique donc, violée par son grand-père lors de vacances aux Baléares est restée comme la plus représentative. Lorsque la vidéo est présentée en extrait quelque part, c’est elle qu’on entend. Le grand-père, une fois l’an, ça fait moins peur.
Anne parle de couverts en argent, après la messe et alors que son père était monté à cheval. Anne n’est plus apparue nulle part.
Émission « Médiations »
Le summum a été atteint pour moi, lorsqu’à la préparation de l’émission « Médiations » de François de Closet, il m’a été intimé l’ordre de ne pas dire que les viols avaient duré jusqu’à 24 ans. On m’a donné la parole tout en me la confisquant. Les viols auraient du s’arrêter à 18 ans. Plus de case où me coller, on déni, on occulte. Et ainsi l’ont fait tous les journalistes des émissions suivantes.
Quelques trois ans plus tard, je n’avais plus ma place au collectif. La lutte contre les viols par inceste était passée aux associations d’aide aux enfants1 qui maintenant ne s’occupent pas d’inceste donc viols intra-familiale, mais de pédophilie, viols extra-familiale. On ne remet pas en cause la famille et le patriarcat, on remet en cause l’organisation sociale.
Le Nouveau manifeste des 343
Il est étrange de constater qu’en ce mois d’aout 2012, Clémentine Autain a lancé un Nouveau manifeste des 343, qui paraître au mois de novembre 2012 dans Le Nouvel observateur. Je l’ai signé parce que j’ai invoqué les viols subis en tant qu’adulte par un employeur et un conjoint. Quand on a été dressée pour le viol, on a du mal à le considérer quand il arrive. Les organisatrices du manifeste ne prennent pas les signatures des incestées, parce que ce sont des enfants qui ont subi les viols.

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29 avril 2011

4/ Les groupes de paroles selon Marie-France Casalis

Page 40
L'insertion dans le groupe permettra à chaque femme de vérifier ce qui la hante : la permanence de son 
intégrité mentale, de sa bonne santé psychologique et 
psychique.
Elle vérifie qu'elle n'a pas « dérapé », que ses 
réactions, les conséquences qu'elle subit sont de l'ordre 
de la normalité après un traumatisme de viol.
Car une 
femme victime de viol n'est pas une femme malade : 
c'est une femme blessée dont les droits à l'intégrité physique et morale ont été bafoués.
La nuance est de taille 
face aux thérapeutes : le groupe restaure des droits, réin
tègre dans un espace où, face à l'arbitraire et à la force 
brutale de l'agression sexuelle, des valeurs comme le 
libre choix, l'empathie et le respect de la dignité de la 
personne, de la dignité des femmes si souvent niée, sont 
conçues comme des valeurs essentielles.
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Autres billets sur L'aide aux femmes victimes de viol
1/ L'aide aux femmes victimes de viol par Catherine Morbois & Marie-France Casalis
2/ Viol et réactions génitales et sexuelles
3/ La question du consentement par Nicole-Claude Mathieu
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21 juillet 2010

Les groupes de paroles par Catherine Morbois et Marie-France Casalis dans Psychothérapie des victimes

Page 203
Les obstacles et les contre-indications
Les éventuelles participantes
Les atteintes consécutives aux agressions sexuelles sont graves et profondes, particulièrement lorsqu'il s'agit de viols répétés perpétrés par le père, ou un membre de la famille, pendant des années, à l'encontre d'un enfant.
Pour surmonter ces années d'épreuve, les personnes qui y sont confrontées ont dû développer des mécanismes complexes. Ces processus peuvent devenir des handicaps pour une démarche collective où s'impose la nécessité de prendre l'autre en considération et de s'intéresser à sa démarche.


Des avancées récentes
L'existence et le développement de services médicojudiciaires habilités à recevoir les victimes d'agressions et de viols sont à l'origine des progrès qui se font jour actuellement.
L'intérêt majeur d'une prise en charge immédiate après l'agression a de plus été confirmé et largement médiatisée à partir des soins dispensés aux victimes d'attentats terroristes.
Alors que les psychiatres militaires ont été longtemps les seuls à développer des compétences adaptées à la prise en charge des effets des traumatismes, leurs savoirs sont désormais partagés par des praticiens engagés dans l'accueil des victimes de catastrophes, d'attentats étaient victimes de viols et autres agressions sexuelles.

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Autres billets sur Phychothérapie des victimes
1/ Psychothérapie des victimes : Traitements, évaluations, accompagnement. Gérard Lopez, Aurore Sabouraud-Séguin, Louis Jehel
2/ Le concept de résilience peut être confondu avec la "résistance" par Gérard Lopez & Arianne Casanova

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1 mars 2000

6/ Les groupes de paroles par Stefan Vanistendael & Jacques Leconte

Page 60
Une manière originale de catalyser les ressources propres des individus consiste à organiser des groupes d'entraide.
Comme nous l'avons noté au chapitre précédent, les personnes souffrant de traumatismes importants (attentat, maladie grave, viol, etc.) ont souvent beaucoup de difficultés à parler de leur drame, par peur de ne pas être véritablement écoutées et comprises.
C'est ce constat qui a conduit à la création de groupes de soutien par les victimes elles-mêmes. Réaliser qu'elles ne sont pas seules, se sentir vraiment comprises et découvrir qu'elles peuvent même aider d'autres personnes peut donner à ces victimes la reconnaissance qu'elles n'auraient pas eue sans une telle expérience. Cela peut également les inciter à se projeter à nouveau dans l'avenir.

Cependant, une telle expérience présente en même temps des risques. En effet, ressasser à plusieurs les problèmes des uns et des autres peut tout aussi bien conduire certains à un état dépressif plus important encore.
Un cercle vicieux peut alors s'instaurer : les gens se sentent plus à l'aise pour parler de leurs problèmes, ce qui augmente leur tristesse, laquelle les incite à en parler encore plus, etc.

Dès lors, comment les victimes peuvent-elles s'aider mutuellement sans se nuire ? L'apport des professionnels apparaît ici crucial. Dan Coates et Tina Winston, deux psychologues de l'université du Wisconsin, ont rassemblé diverses études sur l'impact de ces groupes de soutien 12. 

L'impression générale qui se dégage de cette enquête est que ces groupes sont bénéfiques lorsque ce sont les personnes elles-mêmes qui s'aident mutuellement. Mais en même temps, les professionnels sont particulièrement utiles pour réguler les manifestations au sein du groupe et faire évoluer 
celui-ci. Les auteurs soulignent ainsi que « les groupes de soutien avec des professionnels de la santé mentale comme facilitateurs favorisent une amélioration significative de la santé mentale des victimes, l'essentiel de cette amélioration étant dû à l'impact bénéfique des victimes les unes sur les 
autres ».
Tandis que les groupes de soutien non conduits par des professionnels de la santé mentale paraissent peu efficaces pour lutter contre la dépression. Il semble donc, que les professionnels assurent un rôle de « recadrage » de la discussion, permettant ainsi aux membres du groupe de ne pas tomber dans l'autoflagellation ou la complainte collective.

Parmi ces recherches, deux études ont montré que des patients cancéreux participant à un groupe de soutien organisé par des psychiatres ou des travailleurs sociaux arrivaient à vaincre leur dépression plus rapidement que d'autres malades ne bénéficiant pas de ce type d'intervention. L'une de ces études a également montré que l'estime de soi était plus élevée chez les patients participant au groupe de soutien.
12, D. Coates et T. Winston, "Counteracting the deviance or depression: peer support groups for victims", Journal of Social Issues, 1983, vol. 39, n° 2, p. 169-194.
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Autres billets sur Le bonheur est toujours possible par Stefan Vanistendael & Jacques Lecomte
1/ Le bonheur est toujours possible. Construire la résilience
2/ Les dangers de la naïveté dans la définition de la résilience par Michel Manciaux en cas de Viols par inceste
3/ L'importance du "tuteur de résilience" après les viols par inceste
5/ L'écriture contre le silence
7/ Nancy Palmer propose donc une approche non pathologique pour comprendre un itinéraire de résilience
8/ Un cas exceptionnel de résilience : Victor Frankl
9/ Démagogie – Donner un sens à sa souffrance quand on a subi des viols par inceste
10/ Le pardon, une porte ouverte sur l'avenir
11/ Le soutien de la foi dans la résilience
12/ Les stratégies employées par les personnes résilientes
13/ Le déni face à une situation extrême n'a rien de pathologique, mais constitue au contraire le premier temps de l'adaptation par Nicolas Fischer
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Autres billets sur les groupes de paroles
Les groupes de paroles par Catherine Morbois et Marie-France Casalis dans Psychothérapie des victimes
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