« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

30 janvier 2006

« Affaire d’Outreau » : aveux involontaires et trous de mémoire journalistiques par l'observatoire des médias

le 30 janvier 2006
par Thibaut Cara
C’est un fait : dans leur acharnement à bafouer la présomption d’innocence et à prononcer le verdict avant tout procès, les médias ont contribué à légitimer, voire à conforter, l’acharnement de la machine judiciaire contre les accusés d’Outreau, avant que ceux-ci ne soient acquittés.
C’est un autre fait : l’audition parlementaire de ces derniers, la tentative de suicide le l’un d’entre eux et le suspense entretenu autour de la prochaine audition du juge Burgaud obéit dans nombre de médias (mais pas tous...) à une mise en spectacle qui n’a rien à envier à celle de la chasse aux prétendus pédophiles. Quant à s’interroger sur le rôle des médias, ce sera, comme d’habitude, pour une autre fois. C’est une raison supplémentaire de revenir sur les rares témoignages de journalistes et d’écouter leurs silences et leurs faux-fuyants.

Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo de l'observatoire des Médias

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Autres billet sur l'affaire d'Outreau
7/11/2011 – Affaire Outreau : Myriam Badaoui a été libérée Par Jean-Michel Décugis, Adriana Panatta et Aziz Zemouri

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20 janvier 2006

Outreau : Rapport de l'IGAS concernant Anthony le fils de David Brunet, compagnon pendant un temps de Karine Duchochois

20 janvier 2006
Une "perle" monumentale parue sur le rapport de l'Inspection Générale des Services Judiciaires concernant Anthony le fils de David BRUNET, compagnon pendant un temps de Karine DUCHOCHOIS :

Dernière page, dernier paragraphe concernant "un loupé" selon Jean-Claude MONIER, Président à la chambre de la cour d'appel de Douai :

"Le fils de Monsieur BRUNET, Anthony, avait clairement indiqué que son père avait pris son zizi dans sa bouche.

Or ces faits qui auraient été commis en février-mars 2002 ont été totalement omis, la prévention visant la période 1998-1999, correspondant aux faits pour lesquels Mr Brunet était mis en cause par Mme Badaoui, Melle Grenon et Mr Delplanque"

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Autres billets sur les acquittés

Indemnisation des acquittés d'Outreau
Les avocats du couple Lavier espèrent faire annuler le procès de jeudi 26 janvier 2012
26 janvier 2012 – Les fantômes d'Outreau bougent encore
Franck & Sandrine Lavier : « Pas assez dit, ou trop ! » par Caprouille
26 janvier 2012 – Outreau : Les époux Lavier de nouveau devant la justice
Outreau : dix mois de prison avec sursis requis contre les époux Lavier
Outreau et ses conséquences tragiques : déni récompensé des coupables, réquisitoire ridicule !
Zone interdite spécial "Outreau" : l'intox du dimanche soir par Frédéric Valandre
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Film – Karla de Joel Bender – sur l'emprise et la manipulation

Le très controversé film sur la vie de Karla Homolka et les crimes commis par le couple Bernardo-Homolka, après avoir été l'objet d'une menace de boycottage, sera présenté prendra l'affiche au Canada le 20 janvier 2006.
Sylvain Gagné, vice-president au marketing et à la distribution chez Christal Films a déclaré dans un communiqué : « nous croyons fortement que le public canadien doit avoir la possibilité de voir le film et de se faire sa propre idée sur Karla ».
Karla, long métrage américain, prendra l'affiche dans une centaine de salles au pays. Le distributeur, Christal Films, avance que l'avocat des familles des victimes du couple a vu le film et ne s'oppose pas à sa diffusion, mais, pour le moment, le film ne prendra pas l'affiche à St. Catharines, où les meurtres du couple Bernardo-Homolka ont eu lieu.
Un sujet difficile
Malgré les réticences de beaucoup de gens, que l'aspect sordide et complexe du sujet rebute, le distributeur s'intéressait à Karla depuis plus de deux ans. Christian Larouche, président de Christal Films, déclare que la compagnie voulait obtenir l'assurance que le long-métrage ne verserait pas dans le sensationnalisme.
Réalisé par l'Américain Joel Bender, Karla a été filmé à Los Angeles avec un budget de cinq millions de dollars. Le film met en vedette les acteurs Laura Prepon (That 70's Show) et Misha Collins (24 heures chrono) dans les rôles respectifs de Karla Homolka et Paul Bernardo. Les noms des autres protagonistes, dont ceux des victimes, ont été changés.
Homolka en dehors du projet
Le film est basé sur les échanges relevés en cour lors du procès de Karla Homolka, qui a été condamnée pour le meurtre de deux adolescentes, et lors de celui de son ex-mari Paul Bernardo, toujours selon Christal Films, qui ajoute que Karla Homolka n'a aucunement été consultée dans ce projet.
Le Canada est le premier endroit du monde où le film sera présenté en salle. Rappelons que le premier ministre de l'Ontario, province où la célèbre ex-détenue et son ancien conjoint, Paul Bernardo, ont commis leurs crimes, a invité l'an dernier la population à boycotter le film.
Le long métrage a ensuite été retenu pour la soirée d'ouverture du dernier Festival des films du monde à Montréal. Le président de l'événement, Serge Losique, a toutefois renoncé à présenter le film quelques jours plus tard, certains commanditaires ayant refusé d'être associés à la projection du film.
Pour lire la suite de l'article cliquez sur l'affiche du film
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Autres billet sur le film Karla de Joel Bender
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29 septembre 2005

8/ Niki de Saint-Phalle, témoigner pour prévenir par Questions d’inceste

Page 223
Ce n'est que « cinquante ans après » qu'elle a décidé de révéler Mon Secret, en forme de lettre à sa fille Laura :
J'ai écrit ce livre d'abord pour moi-même, pour tenter de me délivrer enfin de ce drame qui a joué un rôle si déterminant dans ma vie. Je suis une rescapée de la mort, j'avais besoin de laisser la petite fille en moi parler enfin. Mon texte est le cri désespéré de la petite fille.
…/…
Un après-midi, son père décide d'aller chercher une canne à pêche dans une cabane, au jardin, elle part avec lui.
Subitement, les mains de mon père commencèrent à explorer mon corps d'une manière tout à fait nouvelle pour moi. Honte, plaisir, angoisse et peur me serraient la poitrine. Mon père me dit : ne bouge pas. J'obéis comme une automate. Puis avec violence et coups de pied, je me dégageais de lui et courus jusqu'à l'épuisement dans le champ d'herbe coupée. Il y eut plusieurs scènes de ce genre ce même été. Mon père avait sur moi le terrible pouvoir de l'adulte sur l'enfant. J'avais beau me débattre, il était plus fort que moi.
Après ce récit de l'acte incestueux, Niki aborde dans cette lettre les questions qui se sont posées pour elle, questions que pose chaque enfant abusé. « Mon amour pour lui se transforma en mépris : il avait brisé en moi la confiance en l'être humain. » Pensait-il ainsi montrer son amour à Niki ? Croyait-il « honorer » sa fille? Voulait-il satisfaire son plaisir ? « Ce n'est pas simple », souligne-t-elle. En effet, il avait la possibilité de le trouver ailleurs, bien que l'adulte puisse éprouver une jouissance particulière avec un enfant (« over », écrit-elle, soit plus littéralement sur ou par-dessus un enfant).
…/…
Mon père est devenu objet de haine, déclare Niki. Le monde m'avait montré son hypocrisie : j'avais compris que tout ce qu'on m'enseignait était faux. Il fallait me reconstruire en dehors du contexte familial, au-delà de la société.
Tel est le dilemme : elle sentait qu'elle devrait ou pourrait le faire hors de sa famille, mais que signifierait cette rupture par rapport au lien familial ? Ce lien qui l'avait construite et avait fait d'elle une jeune fille charmante et jusqu'alors bien insérée dans la société ? Au-delà de la société ? Exilée ? C'est précisément la question à laquelle nous sommes confrontés avec les jeunes filles accueillies à la MAJB, mais « désinsérées » de leur milieu familial.
Puisque je n'étais pas encore parvenue à extérioriser ma rage, mon corps devint la cible de mon désir de vengeance.
…/…
L'agressivité qui était en moi commençait à sortir. Je me mis à faire passer la violence dans mon œuvre.
Elle n'échappera pas à un séjour en clinique psychiatrique. Peu après en être sortie, elle reçoit une lettre de son père, pris par le remords : « Tu te rappelles certainement que lorsque tu avais onze ans, j'ai essayé de faire de toi ma maîtresse ? » À ce moment-là, elle n'en avait plus souvenir : façon de se protéger contre une « vérité insupportable » comme elle semble l'affirmer? Seules les images d'un père élégant, séduisant les amies de sa mère, voire les bonnes, lui restaient en mémoire. Niki a pourtant connu la psychiatrie avant que son père ne fasse resurgir le souvenir, indice qu'il n'était, sans doute, pas assez bien enfoui.
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Autres billets sur Niki de Saint-Phalle
1/ Niki de Saint-Phalle : Mon secret
2/ Mon secret de Niki de Saint-Phalle réédité
4/ Autoportrait
5/ L'interdit
6/ Forme de pardon

7/ Les traces du viol dans l'œuvre de Niki de Saint-Phalle Par Rennie Yotova
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22 septembre 2005

Pédophilie : Démonter la rumeur sur Jack Lang dans l'Express

22/09/2005
Jack et la calomnie
A part Dominique Baudis, aucun homme politique n'a tant subi de calomnies sur ses mœurs que Jack Lang.
En janvier 1995, dans la rivalité au PS pour la présidentielle, des jospinistes font courir la rumeur. «Je me souviens d'une réunion place des Vosges où il était effondré, témoigne un proche. Il a dit :
« Là, je n'en peux plus. De telles ignominies ! » « On m'a traité alors de pédophile, raconte Lang, parfaitement lucide sur ces ragots. C'était immonde. J'ai trouvé les deux personnages qui racontaient cela. Le premier a fait amende honorable. Le second, je ne lui parle plus. »
« Je sais qu'il pense cela, répond ce dernier, qui fut ensuite conseiller de Jospin à Matignon. Il se trompe, je n'ai jamais rien dit. »

Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo de L'Express.fr
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Autres billets sur l'affaire du ministre pédophile
28/05/2011 Le Figaro Magazine ; À Marrakech, un ex-ministre « s'amuse »
30 mai 2011 – Canal + – Luc Ferry affirme qu'un ancien ministre français "s'est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons"
Etrange éditorial de Laurent Joffrin dans le Nouvel observateur : pas un mot sur les enfants victimes de pédophilie
Quand la France protège les pédophiles par Jean-Pierre Mocky

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17 septembre 2005

17/ Le devenir des pères agresseurs en prison par Questions d'inceste

Page 203
La prison est un lieu qui génère ses propres codes et ses valeurs. Ceux qui ne respectent pas cette loi interne et ne défendent pas les valeurs du prisonnier seront mis à l'écart et punis par les autres. Ce sont en premier lieu les accusés de crimes de mœurs et particulièrement ceux qui ont agressé des enfants. Désignés comme « pointeurs », les pères incestueux et les pédophiles sont confondus pour servir de boucs émissaires à toute la violence inhérente au système pénitentiaire. Ils subissent de la part des codé-tenus, souvent avec l'aval de certains surveillants, les pires brimades physiques et morales.
Ce fonctionnement oblige ces détenus, pour se protéger, à s'isoler, à se cacher et à masquer à eux-mêmes et aux autres la raison de leur incarcération. On assiste alors à une inversion de leur culpabilité en une victimisation qui occulte les paramètres psycho-pathologiques qui les ont conduits au passage à l'acte sexuel sur l'enfant. S'ils veulent échapper aux coups, aux insultes, aux crachats, ils doivent jouer le jeu et mentir sans cesse sur les motifs de leur incarcération. Mensonge qui, peu à peu, s'installe comme une néoréalité peu propice à un travail psychothérapique sur eux-mêmes.
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Autres billets sur le livre Questions d'inceste
1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur
13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
20/ Deux sœurs dans les viols par inceste
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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16 septembre 2005

16/ L'autonomisation par Questions d'inceste

Page 162

L'objectif d'autonomiser l'enfant pour l'amener à faire des choix responsables et éclairés est encore plus difficile à définir et à mettre en place. Il répond à une représentation humaniste de la responsabilité qui est outil et gage de la liberté. L'existentialisme est un humanisme, disait Sartre, et l'homme est condamné à la liberté. La transcription psychopathologique de ce concept philosophique, c'est l'accès à la différenciation et à la reconnaissance des limites qui tracent les contours de l'identité. Il n'y a pas de liberté sans intériorisation du principe de réalité de la séparation et de la différence. Entre le dedans et le dehors, ce n'est pas pareil, le soi et le non-soi, ce n'est pas la même chose. L'autonomisation, c'est se défaire de l'emprise non seulement de l'autre en tant que personne physique, mais aussi de tout ce qui est de l'ordre de l'idéalisation qui s'oppose au réel, qui le dissimule, le transforme, le travestit, par peur de l'abandon. c'est cette peur-là qui pousse l'homme au crime pour s'approprier ce qui fait son manque, qui le pousse au vol, au viol, à l'homicide. C'est la peur du manque, la peur d'être dépossédé, anéanti, de se retrouver tout nu comme un nourrisson privé de sa mère. Les crimes pathologiques, dictés par des hallucinations impérieuses, délirantes, sont les paradigmes de cette peur qui pousse à se défendre jusqu'à en perdre la raison dans le meurtre. Les malades assassins disent clairement qu'ils n'ont fait que se protéger pour survivre. L'autonomisation, c'est prendre la distance nécessaire pour ne plus avoir peur de son manque, c'est l'avoir reconnu, circonscrit, analysé et compris. La peur perd alors de sa force et de sa dangerosité. Pour les jeunes filles victimes d'inceste, l'autonomisation, c'est ne plus être l'otage du traumatisme.
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Autres billets sur le livre
Questions d'inceste
1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur

13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison
18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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20/ Deux sœurs dans les viols par inceste dans Questions d'inceste

Page 254
La liberté de s'identifier comme femme, indépendamment du trauma dépend en grande partie des assises narcissiques présentes dès le départ chez la jeune fille, gages de ses ressources internes capables ou non de l'amener à cicatriser les blessures du traumatisme.
L'histoire clinique de ces deux sœurs permet de voir l'importance de l'identification au féminin et au maternel pour sortir ou non du trauma. Caro et Béa sont toutes deux d'anciennes victimes de violences sexuelles du père. Très unies et soudées pendant l'enfance et l'adolescence, elles vont se séparer et se fâcher à l'occasion de leurs maternités pour suivre des chemins radicalement différents.
Pour Caro, l'aînée, l'accès au maternel lui permettra de quitter la délinquance et la prostitution pour se consacrer durablement à l'éducation de ses deux enfants, loin des errances du passé, alors que pour Béa, sa cadette, ce passage du statut de victime à celui de femme puis à celui de mère sera impossible.
Caro a pu s'en sortir grâce à une adultisation précoce qui, dès sa petite enfance, l'avait mise en position maternelle pour protéger et sa petite sœur et sa mère de la folie du père, alors que sa cadette, abusée avec barbarie par le père, n'a pu réussir à s'identifier à autre chose qu'à la fonction qu'il lui avait attribuée : être son objet sexuel. Objet sexuel du père, objet ignoré par la mère, objet protégé par sa grande sœur, elle deviendra à l'adolescence objet maltraité par les hommes dans la prostitution, incapable comme sa sœur aînée d'accéder à un nouveau statut de femme libre capable de refuser la soumission sexiste et de s'investir positivement dans sa dignité de femme libre.
Son corps ne lui appartient pas comme un élément constitutif de sa valeur humaine. Il n'est qu'un outil au service d'une fonction qui prend toute la place et qui lui sert d'identité. L'enfant qu'elle porte en elle ne sera aussi qu'un avatar de ses aventures sexuelles sans amour, qu'un objet qu'elle déposera chez sa grande sœur jusqu'à son mariage trois ans plus tard avec un homme en tout point identique à son père. Et quand cet homme exigera que la petite fille de 5 ans participe à leurs ébats sexuels, elle n'y verra rien de plus, que la continuation de ce qu'elle a toujours vécu. Sa fille est comme elle, soumise sans condition au plaisir de l'homme. Elle ne l'offre pas à son mari comme un objet différencié, elle continue simplement de s'offrir elle-même à travers sa fille. Elle se donne à lui avec sa duplication. Elle n'est plus un objet unique, mais elle s'est scindée en deux et c'est la réunion des deux qui participe à l'inceste du beau-père.
Le trauma de l'inceste a bloqué son développement psycho affectif au stade où elle était encore victime du père. Elle n'a pu décoller de ce statut et continuera d'être cette fille tout juste bonne à satisfaire la libido des mâles.
Sa grande sœur, en prenant dès le départ la place maternelle laissée vacante par la vraie mère absente, ne lui a pas permis de s'appuyer sur un lien de solidarité fraternelle et, pour la défendre, a concouru à ce qu'elle demeure toujours une enfant à protéger comme si elle ne pouvait être autre chose que cette victime.
Le traumatisme a eu chez Béa un effet de sidération bloquant ses investissements libidinaux sur la répétition masochiste des conduites victimaires.
Le bébé qu'elle a fait, elle l'aime d'un amour éperdu, mais sans véritable préoccpation maternelle. Elle l'aime comme la plus jolie de ses poupées mais elle est incapable d'intérioriser ses besoins et son identité propres de sujet humain en devenir, différent d'elle et en même temps dépendant de ses soins. Elle ne peut l'investir que comme un objet identique à elle-même, indifférencié de sa propre identité de victime éternelle à disposition du plaisir des autres.
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1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
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7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur
13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
18/ Le pardon
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21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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