« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

7 septembre 2005

7/ Les réactions au traumatisme dans Questions d’inceste

Page 61

D'ailleurs, le plus souvent les enfants se présentent avec une « double personnalité » : l'une « adaptée » au monde scolaire où les règles sont intégrées et connues avec une apparence de cohérence et de logique et l'autre: inorganisée, confuse et violente. Il leur faudra longtemps pour s'unifier après la reconnaissance et le traitement de ces multiples traumatismes. Mais il est vrai que la rencontre avec des adultes fiables, croyant les enfants, et ses potentialités change leur destin.

Quant à l'inhibition intellectuelle, ou la « pseudo-débilité mentale », elle survient lorsque l'enfant est sous terreur dans sa famille. Il ne doit alors sa survie dans la réalité que s'il est protégé par le masque de la bêtise. Il fait mine de « ne rien comprendre », de « ne rien savoir » jusqu'à obtenir un « quotient intellectuel » officiel catastrophique, comme ce garçon de 13 ans suivi en hôpital de jour pour « déficit intellectuel dysharmonieux ». C'est son frère qui dévoila les viols commis par l'oncle. L'enfant confirma que ça durait depuis des années au nez et à la barbe des éducateurs d'AEMO, des médecins, des infirmiers de l'hôpital de jour. C'est après une expertise concluant à la crédibilité de ce garçon qu'il « montrera » qu'il avait appris en secret à lire et à écrire. Maintenant qu'il était protégé, reconnu à sa place d'enfant, il pouvait se permettre de jeter le masque...

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Autres billets sur le livre Questions d'inceste
1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste

6/ La rupture du lien de filiation

8/ La sidération et l'impossibilité de dire

9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste

10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs

11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?

12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur

13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
20/ Deux sœurs dans les viols par inceste
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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4 septembre 2005

4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux dans Questions d’inceste

Page 39

Chaque cas est particulier et l'inceste entraîne toujours une perte de sens et une atteinte à l'identité en devenir de l'enfant, mais l'impact de la cruauté associée n'est pas univoque. Cette violence peut être à la fois un facteur d'aggravation comme un élément paradoxalement protecteur de l'enfant.

La barbarie et la brutalité peuvent entraîner une sidération du développement psychoaffectif de l'enfant et le river à un stade d'hébétude où l'identification à l'agresseur et au statut d'objet sexuel demeure la seule parade pour ne pas s'effondrer totalement.

Il est d'autres cas où la violence physique peut légitimer chez l'enfant des réactions de survie grâce à la haine et à l'éclosion des pulsions de mort et de vengeance contre le père clairement assimilé à un bourreau ennemi.

Les coups restent du domaine du représentable, de l'insupportable, mais du réel. Cet ancrage dans la réalité peut favoriser une plus grande distanciation par rapport à l'agresseur et réduire la culpabilité d'avoir participé à l'inceste qui englue l'enfant dans le secret de la perversion paternelle.

La haine du parent maltraitant est un rempart contre l'effondrement psychique permettant à l'enfant de se différencier de la folie du père. Pouvoir se représenter son géniteur comme fou permet sans doute plus d'autonomie pour s'en détacher, comme si la violence remettait un peu de sens là ou le parent a totalement perdu le sien. Les coups protégeraient de la folie comme un rempart de réalité à condition que l'enfant n'ait pas été tué avant.

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Autres billets sur le livre Question d'inceste
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6/ La rupture du lien de filiation

7/ Les réactions au traumatisme

8/ La sidération et l'impossibilité de dire

9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste

10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?

12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur

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14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime

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16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon

19/ Anaïs Nin, un inceste choisi

20/ Deux sœurs dans les viols par inceste

21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit

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3 septembre 2005

3/ Le film Festen pour en parler par Questions d’inceste

Mais qui ou qu'est-ce qui empêche d'en parler ?
Page 181
Impossible de le savoir. Pour répondre sont convoquées l'hostilité des autres institutions, la violence des enfants, les transgressions de tout le monde. Mais chacun sent bien qu'il s'agit aussi d'autre chose.
C'est dans ces occasions que le film Festen a été évoqué pour décrire l'état émotionnel du groupe. Nous serions donc, comme cette famille, réunis dans une sorte de salle à manger remplie d'invités au moment précis où Christian, le fils aîné se lève et s'adresse dans un discours solennel à son père. Tous attendent un compliment pour les 60 ans d'un père unanimement aimé et respecté, Christian affirme tranquillement, le verre à la main que ce père l'a violé quand il était enfant, et que cette mère, témoin de l'acte, a fait comme si rien ne s'était passé.
La réaction première de la majorité des présents est de maintenir la cohésion du groupe et d'expulser, punir et battre celui qui a parlé. Puis tous se dispersent après l'aveu du père. Le groupe de supervision pourrait être uni par une sorte de pacte collectif implicite de déni. Les paroles échangées auraient alors pour fonction de préserver à tout prix le groupe.
Le dévoilement d'inceste, au lieu d'être salvateur, peut être traumatique par ses effets de scandale public : désorganisant, insécurisant et culpabilisant. Ce fait a longtemps été une idée reçue servant à renforcer la loi du silence. Puis on a, avec raison, imputé la plupart des effets négatifs de cette traumatisation secondaire à l'inadaptation de nos dispositifs. Les appareils policier, judiciaire, social et thérapeutique n'étaient pas formés pour parer à la crise profonde affectant l'enfant et l'ensemble de sa famille. Pour qu'on cesse d'accuser l'enfant d'avoir, par la puissance de sa parole, détruit une famille, gommant ainsi l'agression dont il se plaint légitimement, il a fallu des années d'évolution des pratiques et de la législation.
C'est ce qu'on fait de la parole de l'enfant qui peut lui donner la puissance sacrée maléfique qu'on lui prête après coup. À travers l'évocation de Festen, les attaques du cadre de la supervision et des collègues présents ou non, c'est l'éthique de la prise de parole qui est interrogée. Celle-ci fut doublement abîmée chez les enfants, une première fois en famille, une seconde fois dans les maladresses institutionnelles, et c'est lors de ces séances de supervision si particulières que ce deuxième traumatisme trouve sa représentation.
Là aussi, c'est l'accueil fait par l'analyste de la dénonciation d'un ou plusieurs adultes dans le groupe qui va être décisif pour le travail avec l'enfant. S'il s'agit de sa hiérarchie, a-t-on le droit de parler ? Quelles sont la limite et l'éthique de l'analyste ? Que fait-il des paroles entendues ? Les répète-t-il ? Les utilise-t-il ? À son tour, l'analyste doit faire ses preuves, tenir une place loyale du côté de la parole, écouter l'inconscient et parier que les traumatismes ne résument pas le destin d'une personne.
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Autres billets sur le film Festen
1/ Festen de Thomas Vintergerg – 1998
2/ Notes sur Festen de Thomas Vinterberg – 1997
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21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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3/ La pianiste de Michael Haneke d'après Questions d'inceste

Date de sortie cinéma : 5 septembre 2001 Film déjà disponible en DVD depuis le : 10 avril 2008 Réalisé par Michael Haneke
Avec Isabelle Huppert,
Benoît Magimel,
Annie Girardot,
Interdit aux moins de 16 ans Long-métrage français, autrichien. Genre : Drame Durée : 2h10 min
Année de production : 2000

Synopsis : Erika Kohut, la quarantaine, est un honorable professeur de piano au Conservatoire de Vienne. Menant une vie de célibataire endurcie chez sa vieille mère possessive, cette musicienne laisse libre cours à sa sexualité débridée en épiant les autres. Fréquentant secrètement les peep-shows et les cinémas pornos, Erika Kohut plonge dans un voyeurisme morbide et s'inflige des mutilations par pur plaisir masochiste. Jusqu'au jour où Walter, un élève d'une vingtaine d'années, tombe amoureux d'elle. De cette affection naît une relation troublante, mouvementée et perverse entre le maître et son disciple.
Page 18

Dans le film La Pianiste, la mère et sa fille adulte ont éliminé les hommes. Elles vieillissent et couchent ensemble sans père et sans mari dans un climat délétère et mortifère incestuel. Nous ne savons pas ce qui a conduit à cette situation et nous assistons à la lente décomposition de la fille dont la perversion sexuelle consiste à se donner à des étrangers dans des sex-shops malgré sa maîtrise de la musique de Schubert qu'elle professe au conservatoire de Vienne. Cause ou conséquence de cette impossible séparation avec sa mère, la fille professeur de piano ne pourra fonctionner que dans la maîtrise, celle de sa mère, de la musique et des hommes qu'elle gère toute seule à l'abri de tout investissement affectif et émotionnel. Son identification à l'emprise l'entraînera au suicide.

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2 septembre 2005

2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille dans question d'inceste

Page 19

L'inceste séducteur, le père avec la fille

Cet inceste père-fille qui occupe aujourd'hui la une des journaux est resté pendant des millénaires totalement tabou, recouvert d'une chape de silence ne suscitant qu'incrédulité et suspicion pour les prétendues victimes qui n'avaient eu « que ce qu'elles cherchaient ».

Aujourd'hui les combats des féministes, la contraception, la nouvelle répartition du travail et les associations de défense des victimes ont bouleversé cet ordre-là. Ce n'est plus la relation sexuelle entre le fils et sa mère qui est dénoncée, mais l'inceste entre le père et la fille, comme si la victime dans notre inconscient collectif ne pouvait plus être que la fille.

Cet inceste des filles par leur père, confondu avec la pédophilie, suscite révolte et colère et redonne vigueur aux mouvements qui militent pour le retour de la peine de mort.

Hier caché dans le secret des familles, il est aujourd'hui farouchement dénoncé, et l'ordre moral le désigne comme un acte de barbarie entaché de monstruosité et de sadisme. Les enfants victimes qui jusque-là n'étaient pas crus, pas entendus, pas reconnus deviennent des symboles d'un combat contre le mal, une cause nationale. L'émoi de l'opinion publique réclame vengeance pour ces innocents que, hier encore, elle accusait d'affabulation.

Nous évoquerons en premier lieu l'inceste séducteur, celui des «pères amoureux fusionnels », qui prennent imperceptiblement toutes les places et qui envahissent peu à peu «en douceur et en secret» le corps abusé de leur enfant. Il existe aussi des pères violeurs incestueux. Nous en reparlerons plus loin. Ceux qui incestent leur fille, sans violence, «sans la forcer» sont des hommes à l'identité désorganisée, ondulant dans le registre de la confusion des sexes et des générations, fonctionnant dans le déni et le clivage. Ils confondent leur fille avec leur femme et leur mère et sont persuadés d'être dans l'amour vrai partagé par leur fille consentante.
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1 septembre 2005

1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Massardier

Broché
Paru le : 29/09/2005
Editeur : Odile Jacob
ISBN : 2-7381-1543-8 EAN : 9782738115430
Nb. de pages : 310 pages
Poids : 420 g
Dimensions : 14,5cm x 22cm x 2cm


En 1996, Nicole Bru crée un foyer pour aider les jeunes filles qui ont été abusées sexuellement.
Elles ont entre 7 à 18 ans. La plupart d'entre elles vivent des relations troublées avec leur famille, ont une tendance à se mettre en danger et des repères bouleversés entre l'enfance et le monde adulte. Ginette Raimbault, Patrick Ayoun et Luc Massardier, qui travaillent dans ce centre, ont trouvé comment les aider à cicatriser leurs blessures. Ils s'interrogent sur la nature du traumatisme qu'est l'inceste, sur ses différentes formes et ce qu'il révèle des familles concernées.
Dans ce livre, ils proposent surtout une réflexion en profondeur sur ce que doit être aujourd'hui la meilleure façon de réparer l'inceste, sur les conditions qui permettent à ces jeunes filles de se reconstruire.
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4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
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7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
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19 août 2005

Faut-il inscrire l'inceste dans le Code pénal ? – 2005

Faut-il inscrire l'inceste dans le Code pénal ?
propos recueillis par Julien Jeanneney,
publié le 22/08/2005
mis à jour le 19/08/2005
Circonstance aggravante dans les affaires d'agression sexuelle contre des mineurs, l'inceste n'est pas incriminé en tant que tel. La chancellerie y réfléchit.
_________________________
Pour
Christian Estrosi Ministre,
auteur d'un rapport sur l'inceste

« Ce n'est pas une infraction sexuelle comme les autres »
Les associations de victimes d'abus sexuels critiquent à juste titre le fait que le terme « inceste » n'apparaisse jamais dans les actes d'accusation. En effet, notre droit actuel ne reconnaît pas l'inceste comme une infraction pénale régie par un dispositif législatif propre, mais seulement – sans que le mot soit prononcé – comme une circonstance aggravante de crimes ou de délits sexuels commis contre un mineur. En outre, le Code pénal n'a pas suivi les modifications du Code civil : par exemple, le Pacs n'étant mentionné nulle part dans le Code pénal, il ne peut pas être cité en cour d'assises, dans des affaires d'inceste notamment. Une mise à jour semble donc nécessaire.
Pourquoi inscrire le terme « inceste » dans le Code pénal ? Parce que ce n'est pas une infraction sexuelle comme les autres. La relation incestueuse se situe dans le milieu de référence de notre société : la famille. Je considère à ce titre que la société se doit de défendre l'enfant, être vulnérable, dépendant et sans défense, et de réprimer l'inceste pour ce qu'il est stricto sensu: non pas un viol avec des circonstances aggravantes, mais une horreur qui se place d'emblée sur le plan de la perversion des relations familiales.
Aujourd'hui, il est rare que les auteurs d'actes incestueux soient acquittés en cour d'assises. Mais cela arrive et c'est insupportable. Afin de ne plus voir des adultes incestueux condamnés pour de simples atteintes sexuelles, il est nécessaire de considérer que l'inceste est présumé forcé sur tout mineur jusqu'à preuve du contraire.
Certains parleront de moralisation, de décision sécuritaire. Mais, quand un enfant est victime d'un acte aussi immonde qu'un inceste, il faut que le dispositif judiciaire puisse réagir de façon adéquate. Ce qui est moralement atroce doit être réprimé en tant que tel. Il faut caractériser nommément l'inceste comme un délit ou un crime sexuel singulier révoltant, pour permettre aux victimes d'avoir le sentiment que ce qu'elles ont subi n'est pas juste un viol. Entre un viol et un viol incestueux, il y a une différence de nature, pas seulement de degré. Pouvons-nous dès lors supporter que l'inceste ne soit qu'une circonstance aggravante du crime ou du délit sexuel, alors qu'il devrait être le crime lui-même ? L'inceste est particulièrement choquant lorsqu'il frappe un mineur. Les relations incestueuses entre adultes, bien que moralement choquantes, ne tomberaient donc pas sous le coup de cette loi.

____________________________
Contre
Laurent Bedouet Juge d'instance,
membre du bureau national de l'Union syndicale des magistrats
« Il y aurait confusion entre le droit et la morale »
L'insertion du terme « inceste » dans le Code pénal ne va rien changer pour la victime. Pis, elle va déstabiliser un système efficace. Pourquoi diable bouleverser les textes quand ils permettent aux magistrats de bien travailler ? J'ai été longtemps juge des enfants et j'ai pu constater que les auteurs d'actes incestueux sont punis comme il convient. La législation française actuelle est d'ailleurs l'une des plus sévères en Europe, dans un pays où, en moyenne, 20% des arrêts des cours d'assises concernent des affaires d'inceste. Quelle mouche a donc piqué Christian Estrosi pour envisager un tel texte où il ne propose, d'ailleurs, aucune définition juridique claire de l'inceste ? Un travers bien français veut que tous les problèmes se règlent à coups de lois nouvelles. Hélas, c'est plus compliqué. La victime n'attend pas que l'on puisse lui dire si ce qu'elle a subi s'appelle ou non « inceste », au risque de créer des confusions entre le domaine du droit et celui de la morale. Notre pratique quotidienne nous montre bien ce qu'attendent en réalité les victimes : une accélération des procédures. Il faut parfois compter deux ans entre l'arrestation du criminel et son procès. Voilà ce qui traumatise les victimes ! Si certains parlementaires veulent véritablement améliorer leur sort, qu'ils commencent par réclamer au garde des Sceaux les moyens nécessaires pour raccourcir ces délais.
Par ailleurs, ce projet est démagogique : faire croire que la modification des textes permettrait d'éviter les acquittements abusifs est un mensonge. Certes, on a pu connaître des dérapages. Pourtant, la faille ne vient pas des textes mais de leur application. Céder à la tentation populiste est grave quand le bon fonctionnement de la justice est en jeu.
Insérer le terme « inceste » dans le Code pénal n'est donc pas efficace ; bien au contraire, c'est néfaste. En l'absence de jurisprudence, il risque d'introduire des confusions juridiques, des incertitudes. De surcroît, au mépris des principes généraux de la présomption d'innocence, on propose que l'auteur présumé de l'inceste démontre son innocence dans certains cas précis. Ne va-t-on pas trop loin ? Que les députés, à l'instar de leurs collègues du Sénat, viennent donc en stage dans nos tribunaux ! La justice est une chose trop sérieuse pour supporter les coups d'esbroufe…

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28 juillet 2005

Faut-il ériger l'inceste en infraction spécifique ? – 2005

Mission parlementaire :
Faut-il ériger l'inceste en infraction spécifique ?
ESTROSI Christian
Ministère de la justice
La répression de l'inceste est assurée par différents articles du code pénal, relatifs aux viols, aux autres agressions sexuelles et aux atteintes de cette nature commis notamment sur les mineurs par un ascendant ou une personne ayant autorité. Cependant, sur le plan pénal, l'inceste ne figure pas en tant que tel dans la loi. La mission confiée à Christian Estrosi, en s'interrogeant sur l'opportunité d'incriminer spécifiquement l'inceste, se donne trois objectifs : déterminer au sein du périmètre familial quelles sont les personnes disposant d'une autorité particulière sur le mineur telle que ce dernier ne saurait refuser ou manifester son opposition à une sollicitation sexuelle ; appréhender juridiquement le particularisme des actes incestueux (prendre en compte l'emprise exercée par un agresseur incestueux et la nature des actes commis) ; ajuster la répression des actes incestueux (répression plus sévère et/ou édiction de mesures complémentaires particulières, compte tenu de la spécificité de ces actes).
28 juillet 2005 – 101 pages pdf

INTRODUCTION

1. LA DÉFINITION JURIDIQUE DES AUTEURS ET VICTIMES DES ACTES INCESTUEUX

1.1 LA QUALITÉ DES AUTEURS À PRÉCISER
1.1.1 Les notions à maintenir d’" ascendant " et de " personne ayant autorité "
1.1.2 La stigmatisation des auteurs d’actes incestueux : une nécessaire coordination avec les prohibitions du droit civil

1.2 UNE PROTECTION ADAPTÉE DE LA VICTIME EN FONCTION DE SON ÂGE
1.2.1 Le maintien du droit commun pour les majeurs se livrant à des actes incestueux
1.2.2 Le maintien de la protection renforcée accordée aux mineurs

2. L’APPRÉHENSION JURIDIQUE DU PARTICULARISME DES ACTES INCESTUEUX

2.1 L’EMPRISE EXERCÉE PAR UN AGRESSEUR INCESTUEUX : UNE SPÉCIFICITÉ À INTÉGRER
2.1.1 La notion inadéquate des vices du consentement.
2.1.1.1 les textes français et leur évolution en matière d’infractions sexuelles commises sur les mineurs
2.1.1.2 les notions de surprise et de contrainte : des jurisprudences a priori claires et strictes de la Cour de cassation

2.1.2 Les solutions envisageables pour intégrer la notion d’" emprise "
2.1.2.1 les solutions apportées par les législations étrangères
2.1.2.2 l’interprétation législative du concept de contrainte


2.2 LA NÉCESSAIRE DIFFÉRENCIATION DES QUALIFICATIONS PÉNALES APPLICABLES SELON LA NATURE DES ACTES COMMIS
2.2.1 Les actes commis et leur répercussion sur les victimes : la thèse de l’" indifférenciation "
2.2.2 La nécessaire proportionnalité des incriminations

3. UN AJUSTEMENT DE LA RÉPRESSION DES ACTES INCESTUEUX

3.1 LE MAINTIEN DES RÈGLES DE PRESCRIPTION DE L’ACTION PUBLIQUE ACTUELLEMENT EN VIGUEUR
3.1.1 Le rejet de l’imprescriptibilité des actes incestueux
3.1.2 L’inutilité d’allonger le délai de prescription

3.2 L’OPPORTUNITÉ DISCUTABLE D’AGGRAVER LE RÉGIME DES PEINES PRINCIPALES
3.2.1 Les peines principales encourues
3.2.2 La création de nouvelles circonstances aggravantes

3.3. LA SYSTÉMATISATION DE CERTAINES PEINES COMPLÉMENTAIRES
3.3.1 La question du retrait de l’autorité parentale devant les juridictions pénales
3.3.2 Les interdictions professionnelles et la protection des victimes

CONCLUSION

RECAPITULATIF DES PRECONISATIONS DE LA MISSION
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