« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

30 mai 2007

Film – Black Snake Moan – 2006 – USA

Réalisateur : Craig Brewer
Scénariste : Craig Brewer
Date de sortie : 30 mai 2007 (France)
Genre : Drame | Musique
Durée : 116 min Pays : USA
Langue : Anglais
Lieux de tournage : Memphis, Tennessee, USA
Société : Paramount Classics
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Le Sud bien profond
Critique
Les liaisons dangereuses d'un Oncle Tom et d'une jeune obsédée sexuelle aux confins du Tennessee. Ou quand le puritanisme et le blues se mettent en ménage. Un film gênant à en deveni
r esthétique.
Black Snake Moan de Craig Brewer.
avec Christina Ricci, Samuel L. Jackson...
1 h 56.

Supposons un mariage contre nature (et honteux) de Mississippi Burning et de la Symphonie pastorale, un hybride de Baby Doll et Noce blanche (avec Samuel Cremer et Vanessa Ricci), on serait encore loin du compte... Pour cadrer l'innommable projet cinéphilique de saison Black Snake Moan («le Grognement du serpent noir» ­ ou «le Serpent noir gluant»), il faudrait de surcroît ajouter à ce goulbi-gombo grand écran de trou du cul du rêve américain un peu de Dame aux camélias (la Marguerite phtisique courtisane du jour oublie, il est vrai, de partir de la caisse en cours de route ­ et de routiers), un rien d'Obsédé ­ et plus si affinités Histoire d'O revue Tennessee Williams et corrigée SuperVixens soft.

Black Snake Moan est un blues. Un moaning blues donc, comme le titre l'indique. Le blues est un mode musical noir de noir, spécifiquement attaché à la déportation massive des Africains ancêtres de l'écrivain Nobel Toni Morrison ou du pasteur pacifiste assassiné Martin Luther King vers l'Amérique, c'est le chant de la damnation, de la fatalité plombée, des fers et du mal du pays, de la ségrégation et de la joie grise coûte que coûte. Musique de la perte, de la chair jamais domptée, de la patience plaintive et de la crudité déchaînée.

Le blues à la clef du film torve Black Snake Moan est non seulement affiché, mais prouvé et montré, c'est-à-dire parlé, grommelé (moanin'), chanté. Au prégénérique puis en interlude de fin, un vieux griot coquet fossilisé du genre raconte à une caméra de la préhistoire du parlant ce qu'est le blues, le vrai blues, avec une voix de cire. Et chemin faisant le héros Samuel Jackson, par extraordinaire sans moumoute ni antirides, se révélera bluesman ­ chantant vraiment, dans un joint.

Etouffe-chrétien. Assez vieux, barbe et calvitie blanches seyantes, bien conservé, à la John Lee Hooker (auteur d'un Moanin'blues) mâtiné de Muddy Waters, le blueseux bouseux Lazarus (celui qui sort du tombeau), au moment où on le découvre cabossé, est retiré, râleusement rangé des tracteurs, des culs de bouteille, de l'amour et des femmes ­ à commencer par la sienne, qui ne peut plus voir ce vieux con venimeux en peinture.

Le reste de cette tranche de vie communautaire, digne d'Erskine Caldwell sur un Petit Arpent du bon DieuTabac et de David Goodis, est un composite ethno-génitalo-esthético-moralo-musicologique inouï, non dénué de saveur étouffe-chrétien, sur l'âme pionnière. Un des charmes de ces «Glissements progressifs du serpent noir» est en effet qu'ils déroulent leurs noeuds visqueux dans une Amérique dont on n'ose plus rêver. Là où jadis on lynchait ou chaudronnait vif du Nègre de champs de coton pour garder la frite, au pays des bons migrants hérétiques Quakers rosissants, on vit désormais en bonne intelligence avec le descendant de bois d'ébène réenraciné, sur les terres fertiles du Nouveau Monde (volé à ses occupants immémoriaux indiens, spoliés et massacrés par centaines de milliers au passage avec leurs millions de bisons, certes ­ passons). avec un peu de

Pour l'intrigue, scabreuse à souhait, une réplique, outre l'affiche haute en couleurs, la résume : «Toi, un Noir, tu séquestres une fille blonde nue enchaînée dans ta maison ? !» C'est un pasteur Afroaméricain qui parle à sa brebis égarée. Dieu aveugle ceux qu'Il veut perdre ­ ou sauver parfois aussi. Là, Il a choisi Uncle Tom Lazarus (le héros qui a le blues) pour «guérir» la fille perdue de «sa maladie» ­ du tractus féminin en chaleur.

Dans ce contexte pittoresque, assez sale et théâtral (le réalisateur vient de là, du théâtre), Justin Timberlake le garçon chanteur dansoteur variétechno FM, si embarrassant ces derniers temps à l'écran en faux Ryan Philippe, faux comédien et assez faux tout court, se voit paradoxalement sauvé ­ à une singerie castagneuse de faux dur près ­ par son emploi de frappe à matelas en tricot de porc roulant des mécaniques qui se révèle sujet à spasmophilie (vapeurs l'empêchant de s'enrôler comme un homme, un vrai). Tout juste bon à pleurnicher sur son volant de 4 x 4 comme une poule mouillée... C'est, pour le coup, en garçon sensible pleurard, que l'énervant Justin, dont on désespérait en Pulitzer toc (Edison), ou en caïd spic bullyen bidon à tatouages (Alpha Dog), se découvre enfin fréquentable.

Péché originel. La vraie poule de l'affaire, au fait, c'est Christina Ricci, Juliette bombasse de ce Roméo mou, qui se fait bourrer par le plus bestial des macs queutards noirs à dorures du bled (Tehronne) dès que son tendre blondin hyperventilé la laisse livrée à elle-même une minute. Dans ce rôle-titre de roulure locale, Ricci tient la gageure de justifier à elle seule à bout de bras, de fesses tortillées et de nichons à l'air, à force d'insanités outrageantes tout à fait naturelles (danse de la fente ploucarde, langouzes de bar beurrée et défoncée, short moule-moule à sabot de chameau et autres dandinements de pétard prostiputesques d'arrière-pays Tennessee), le puritanisme américain démentiel qui travaille à l'os ce film anormal, étrangement inspiré en son hypocrisie demeurée édifiante. La sorcière c'est Rae.

On songe à Reese Witherspoon, qui aurait fait crépiter cette composition inflammatoire de cul-terreuse dépravée rappelant Freeway 1996 ­ où Reese campait explicitement un faux poids de radasse à black, fille white thrash de pute alcoolo, vaguement violée par son oncle, s'improvisant Petit Chaperon rouge déviante tueuse de pédéraste et tout court. Yeux globuleux, front démesuré comme celui de Reese, à poil et à pulpe, Rae Ricci, qui retrouvera Witherspoon sa maîtresse ancienne en loubardise bullshit dans Penelope (ça a l'air bien...), donne littéralement corps au vice, convulsivement lové au coeur de ce Sud profond abruti d'obscurantisme évangélique saucé de vaudou tectonique, et, partant, au «déchaînement» d'exorcisme censé, selon la morale macho rigoriste tarée du film, digne de l'Inquisition catholique, islamique, ou d'un quelconque MPF, l'en délivrer.

L'un dans l'autre, la vertu de ce navet qui s'ignore (au piment rouge, au petit jésus doré et au radis noir) est son irréalisme, brut comme une scène primitive ou un refrain de blues poisseux plein de «coeurs enchaînés», de «démons» et autres «reptiles noirs grouillant autour de moi» à la Blind Lemon Jefferson ­ bluesman aveugle dont vient étrangement le nom du film.

Une saisissante innocence de crétinerie amerloque chrétienne permettant aux images de l'histoire ici tournée de représenter quasiment à nu (mais sans les poils) les pulsions barbares qui fondent l'inconscient collectif du melting-pot.

Il faut songer à Bush l'alcoolique anonyme attaquant l'Irak avec son suppôt Blair le faussaire d'Etat comme à un couplet de blues rouillé sans espoir, en observant la bêtise puérile et l'immoralité effarante de la bondieuserie Black Snake Moan ; tout se tient. Un Bush d'Abou Ghraib abject n'en agirait pas autrement avec l'Eve convulsionnaire du jour, qui, en bonne red neck (et le cul aussi), ne l'en remercierait que mieux une fois «sauvée» de force de ses manies sexuelles malsaines ­ comme là. Ça colle le cafard, mais on s'en fout : c'est l'Amérique, autrement dit le vrai péché originel, qui veut cela, ou le blues.

Pour l'anecdote, et ne pas finir sur une note trop sérieuse (que ni le film du jour ni le cinéma en général ne méritent), on notera que Laz Jackson s'est initié à la guitare blues, pour les besoins du «Serpent noir chuintant» qui s'achève, sur le tournage de l'autrement inénarrable Des serpents dans l'avion. Le senior des anneaux.


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3 mai 2007

Les étés meurtriers par Carol Geoffroy

J'ai demandé aux étoiles de venir me chercher
Carol Geoffroy
Broché
Paru le : 03/05/2007
Editeur : Philippe Rey
ISBN : 978-2-84876-088-9
EAN : 9782848760889
Nb. de pages : 141 pages
Poids : 180 g
Dimensions : 14,5cm x 19cm x 1,1cm
"Pourquoi je ne veux pas accepter mon enfance ? Pourquoi je suis submergée en permanence par des angoisses qui gangrènent ma vie ? Bien des fois j'ai demandé aux étoiles de venir me chercher..."
"Guerrina tente de guérir de ses blessures de petite fille, de ces étés cauchemardesques passés dans le Sud-Ouest où elle accompagnait sa grand-mère, cuisinière chez les Morot. Étés meurtris par le "rockeur", beau-frère de Madame Morot, aux cheveux pleins de Brillantine, aux jambes de gallinelle sous un gros ventre mou, le rockeur qui emmenait Guerrina en bateau sur la rivière. Au retour de chaque promenade, alors que son corps brûlait de douleur, elle marquait son tableau noir d'une nouvelle croix...
Carol Geoffroy revisite la lumière menaçante de ces vacances suspendues, raconte les acteurs pittoresques de son enfance, cette enfance gâchée par la perversité d'un homme et par le silence des adultes qui ne voulaient rien voir. Un silence qui l'a laissée seule face à ses souffrances, à une insupportable culpabilité, et que l'écriture réussit aujourd'hui à conjurer, enfin.
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19 avril 2007

Igas : Le rapport qui embarrasse sur les enfants d'Outreau

19/04/2007
C'est une note ultraconfidentielle, couverte par le secret médical, qui embarrasse au plus haut point le ministre de la Santé, Philippe Bas.
Ce document rédigé par l'Inspection générale des affaires sanitaires et sociales (Igas), remis en février 2007 au ministre, retrace l'historique médical de quatorze des dix-sept enfants cités comme victimes dans le procès d'Outreau. Pour cinq d'entre eux, dont les parents ont été reconnus innocents, l'Igas relève des indices évocateurs d'abus sexuels. Il ne s'agit pas de preuves, mais seulement de signaux d'alerte qui justifient selon l'Inspection d'être pris en compte au nom de la protection de l'enfance. C'est d'ailleurs à ce titre que le ministre de la Santé a adressé copie de ce document hautement confidentiel au médecin responsable de la Protection maternelle et infantile (PMI) du Nord-Pas-de-Calais. Avec pour consigne de veiller de façon attentive à la santé des cinq enfants.

Pour arriver à ces conclusions gênantes, l'Igas a épluché les dossiers médicaux récupérés au- près des médecins de famille, de l'hôpital et surtout des PMI que le juge Burgaud qui instruisait l'affaire n'avait pas recueillis dans leur totalité. D'où le malaise. Comment, alors que des innocents ont été jetés en prison, que l'on a arraché des enfants à des familles qui n'avaient rien à se reprocher, annoncer maintenant à l'opinion publique que la justice a tranché sans avoir tous les éléments et que des doutes subsistent ?
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Autres billets sur les enfants d'Outreau
Outreau : Abus sexuel « argument fallacieux » comme un abus d’alcool, entre misogynie et enfants sataniques, dans le déni et l’ignorance
Outreau : Définition des négationnistes qui nient les viols par inceste transgénérationnels
5 mai 2011 : Ignorance des conséquences des viols par inceste transgénérationnels dans le Nouvel Observateur
Outreau : les enfants ont menti ! les nouveaux criminels
Justice : combien d'Outreau ? par Gilles Sainati
Outreau : la parole des enfants toujours en question par Maitre Rosenczveig
Qui a peur des enfants d’Outreau ? par Jacques Cuvillier dans le Monde
Outreau : que disent leurs souffrances ? par Jacques Cuvillier
24 février 2011 – La parole de l'enfant après la mystification d'Outreau à l'Institut de criminologie de Paris
Outreau : la partie n'est pas finie... par Frédéric Valandré
Quelques réflexions sur l’acquittement
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10 janvier 2007

Accusations de viols par les patientes en soin pour viols par inceste du docteur Gilbert Tordjman par Pierre Beylau

Publié le 19/01/2007
La chute du pape de la sexologie
Par Pierre Beylau
En aggravant, le 4 juin, la mise en examen pour viol du docteur Gilbert Tordjman par une interdiction d'exercer « afin d'éviter tout risque de renouvellement de l'infraction » , la juge Corinne Goetzmann a donné une idée des soupçons qui pèsent aujourd'hui sur le pape de la sexologie. Bien sûr, Gilbert Tordjman, 75 ans, est présumé innocent, et ce même si les plaintes d'anciennes patientes se sont multipliées ces derniers mois : 7 au total, 33 autres femmes ayant défilé dans le bureau de la juge d'instruction pour livrer leur témoignage.
C'est en tout cas un cataclysme qu'a déclenché cette star de la discipline, ancien président de l'Association mondiale pour la sexologie, réputé pour ses publications.
D'abord dans le petit monde de la sexologie, mais aussi dans la communauté médicale, jusque-là épargnée par les affaires de mœurs.
A en croire ses victimes, Gilbert Tordjman n'aurait pas vu le temps passer : il y a vingt ans, personne ou presque ne portait plainte. Les femmes moins que les hommes, et surtout pas pour des affaires d'abus sexuels.
Or le premier témoignage d'une victime des dérapages du docteur Tordjman date de cette époque. Il fut publié sous forme d'un long texte intitulé « L'horreur derrière la porte » dans le magazine Psychologies en 1983. Anne* raconta comment sa thérapie avec le docteur Tordjman se termina à l'hôtel et comment il profita de son statut de médecin pour nouer une relation sexuelle avec elle, la détruisant psychologiquement. Dans ce texte, le nom du docteur Tordjman n'était pas mentionné. « C'était impensable à l'époque, dit Anne. Cela s'était passé en 1978. J'ai mis cinq ans à m'en remettre et quatre ans avant d'accepter d'en parler. »

…/…
« Le docteur Tordjman n'est pas libre de parler en raison de l'instruction en cours, explique Me Jacques-Georges Bitoun, son défenseur. Mais il est déterminé à se défendre, car aucun de ces témoignages ne tient la route. Ces femmes sont clairement des affabulatrices ou des folles. Le docteur Tordjman a examiné plus de 7 000 femmes dans sa carrière et même si sept d'entre elles portent plainte, ce n'est pas grave dans la mesure où elles avaient un lourd passé psychologique. Et puis on ne va quand même pas chez un sexologue pour lui montrer ses amygdales ! »

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7 décembre 2006

Le Duel de Peter Weiss par Christophe Millet

Gregor, un intellectuel hanté par la faute et l'abandon, est partagé entre deux femmes : Léa, enceinte d’un enfant qu’elle déteste, et Janna, qui entretient une relation incestueuse avec son père – ainsi qu’une relation amoureuse avec une autre jeune femme, Inez. Le Duel, un des premiers romans de Peter Weiss, déploie un univers allégorique où se brouillent sans cesse les frontières du rêve et de la réalité. On y retrouve les grands thèmes de l'auteur de Marat/Sade et d’Esthétique de la résistance. Exploration radicale de l'inconscient où érotisme et violence côtoient des scènes franchement burlesques, cette œuvre est une remise en cause revigorante et salutaire de nos habitudes de lecture !
Christophe Millet
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29 novembre 2006

Film – Madeinusa de Claudia Llosa – 2006 – Pérou

Réalisateur : Claudia Llosa
Scénariste : Claudia Llosa
Date de so
rtie : 29 novembre 2006 (France)
Durée : 100 min | Argentine:100 min (Mar del Plata Film Festival)
Pays : Pérou | Espagne
Langue : Espagnol
Couleur
Argentine:13 | Allemagne:16
Lieu de tournage : Pérou
Manaycaycuna, Pérou. 300 habitants. Un montage alterné glisse des célébrations collectives de la semaine sainte au drame privé qui se scelle dans la maison du maire. Madeinusa, sa fille, consacrée vierge du village... mais au fond plus Madeleine que Marie, rêve d’une autre vie, se jette sur un jeune baroudeur bloqué dans le village. Bientôt, son désir fou de liberté outrepasse les limites de l’humain, corrompt tout. À la fois tendre et brutal, extatique et inattendu, étale et elliptique, néo-réaliste et bunuélien, tel est le premier film de Claudia Llosa.

Elles ont l’air si vraies, si crédibles, ces coutumes folklorico-religieuses. Du vendredi saint au dimanche de Pâques, dans le petit village péruvien, la statue du Christ a les yeux bandés. C’est « période sainte » : tous les péchés sont permis puisque Dieu ne voit rien. Pendant trois jours, la vie des habitants est donc scandée par l’élection de la jeune Vierge − Madeinusa of course, la cérémonie des cravates − les cravates des hommes sont coupées au ciseau, puis les femmes peuvent choisir avec qui elles veulent coucher, le comptage du temps grâce à une horloge en papier actionnée par un vieillard, la constitution d’une gigantesque fresque colorée à partir de pétales de fleurs. Oui, elles ont l’air si vraies, si crédibles, ces coutumes − même au moment où la procession du Christ a lieu, on croirait presque voir un soupçon d’Ingrid Bergman se glisser dans la foule, échappée de Voyage en Italie − et pourtant elles sont un pur produit de l’imagination de la réalisatrice. Rien de véridique, rien d’exotique : aussi bien, il faut sans doute parler de néo-réalisme poétique.

Madeinusa signale une formidable dilatation du temps : les larmes de la vierge s’arrêtent sur les joues de Madeinusa, la fresque florale progresse imperceptiblement. L’horloge en papier semble la figuration délicate d’un temps devenu arbitraire. Selma Mutal, la compositrice du film, confie avoir travaillé sa musique à partir du silence. Perché à 3600 mètres d’altitude, le village paraît avoir absorbé à sa manière son et temporalité : sur le mode de l’asphyxie.

Dans l’histoire et la mise en scène de Madeinusa, il y a quelque chose de très semblable à Terre jaune de Chen Kaige, le film phare de la cinquième génération des cinéastes chinois. Les deux se déroulent dans un village isolé, les deux sont rythmés par les fêtes du village, mais également par des chansons traditionnelles, les deux installent leurs personnages dans de vastes panoramas où l’homme, seul, se perd dans un cadre où le désert a pris toute la place. Cependant, voilà l’essentiel : un étranger vient bouleverser l’ordre des choses. Communiste dans Terre jaune, c’est un gringo de la ville dans Madeinusa. Son irruption, celle aussi d’une lointaine modernité, déclenche le drame. Le gringo est photographe, elle baisse sa culotte pour la première fois pour lui, parce que c’est « période sainte » et que Dieu ne peut les voir. « Mon nom est sur ton T-shirt » lui dit-elle, c’est que Madeinusa (à ne pas prononcer comme le film de Godard) porte en son prénom même le désir de cette modernité. Parmi ses jouets, que son père va détruire, beaucoup viennent de là-bas, Lima, les States, où elle voudrait s’enfuir. Il lui propose l’échappée, avec lui. De cet intrus déclencheur, les deux héroïnes chinoise et péruvienne s’entichent, mais celle de Terre jaune est déjà promise, celle de Madeinusa aussi − à son propre père...

Car c’est une autre caractéristique du film de Claudia Llosa que de ciseler dans les pénombres des intérieurs un huis-clos familial des plus violents. La mère est morte, n’en subsiste qu’une paire de boucles d’oreille fétichisée par les deux filles. Le père, incestueux, bestial et cruel, fait du chantage au viol sur ses propres filles, ils dorment dans le même lit. Et ces deux sœurs, rivales et alliées à la fois − l’une coupe de force les cheveux de l’autre avant de s’écrouler en pleurs, rêvent d’un départ ou d’un ailleurs : « je vais aller à Lima, pas toi ». C’est un rat, comme motif expirant au tout premier plan de la maison en plan large, qui symbolise ce nœud de vipères ; et la mort-aux-rats sert par conséquent à faire place nette dans le foyer... Claudia Llosa revendique sans surprise un héritage bunuélien. Notons enfin que de bout en bout Madeinusa est éclairé par l’ovale irradiant du visage de Magaly Solier, son actrice principale, évidemment non professionnelle.

Romain Lecler

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26 novembre 2006

Le fief de la famille Villiers refuse d'y croire

Emeline Cazi | 26.11.2006
Les Herbiers (Vendée)
, malgré l'instruction en cours et la mise en examen, personne ne veut vraiment y croire.
Pas eux, pas les enfants de Villiers, « si gentils, si polis », tous élevés dans les valeurs les plus traditionnelles. « Cette histoire est invraisemblable. Mon fils était très ami avec Laurent, ils jouaient au foot ensemble. J'ai l'image d'une famille unie, très discrète, glisse Jean-Jacques Merlet, un voisin. M. de Villiers a toujours un sourire pour nous. Je me demande si ce n'est pas une basse manœuvre en pleine campagne présidentielle. »
Philippe de Villiers en est convaincu. « En père de famille au coeur qui saigne », il a convoqué la presse, mardi. Il s'est indigné que l'on « salisse ses proches pour atteindre un candidat à la présidentielle ». Et il a dénoncé un complot visant à déstabiliser son fils Guillaume, qui lui avait transmis des documents sur les mosquées clandestines de Roissy. « Depuis, il a été traqué, ciblé par des services de renseignements.
Guillaume m'a dit : Papa, ils veulent m'abattre. » Désormais, le président du Mouvement pour la France (MPF) souhaite garder le silence et protéger les siens. « Je n'ai plus l'intention de m'exprimer », nous a-t-il indiqué hier.
Aujourd'hui père de famille, Guillaume, l'aîné de la fratrie, n'a pas eu une adolescence des plus faciles. « J'étais en classe de 1re avec lui, à Jean-XXIII, le lycée privé des Herbiers. Cela m'a fait de la peine d'apprendre tout cela. C'était un gars souriant, sympathique, qui nous faisait rire. Cela n'était pourtant pas évident d'être le fils de Villiers. Il se faisait charrier dans la cour. Mais Guillaume prenait cela avec humour. »
Un autre ami d'enfance, sous couvert de strict anonymat, ajoute : « Il a été renvoyé de Saint-Gabriel (une institution privée de Saint-Laurent-sur-Sèvre) avant de venir à Jean-XXIII. Il était souvent excessif dans ses propos. A l'époque, il avait des problèmes de relation avec son père. »
Une fratrie de sept enfants La semaine à Paris, Philippe de Villiers rentre en Vendée le week-end. Sa femme, Dominique, a longtemps assuré l'intendance d'une famille (très) nombreuse. Trois fils, quatre filles, qu'il fallait conduire au collège, au lycée, aux scouts (d'Europe).
Les Aubretières, la propriété familiale, est isolée, au coeur du bocage vendéen entre Cholet et La Roche-sur-Yon. La bâtisse, une belle ferme du XVIIe siècle, est cachée de la route par des haies d'arbustes sauvages. Le chemin qui y mène bute sur un lourd porche de bois à deux battants. Dans le pré voisin, deux balançoires rappellent qu'une fratrie de sept enfants a grandi ici. « L'été, le jardin résonnait de rires. Les scouts venaient dormir le week-end, raconte un voisin. Pour les anniversaires, ils organisaient de grandes chasses au trésor au château. »
A l'exception de la petite dernière, tous les enfants ont aujourd'hui quitté la maison. L'un a suivi les traces de son père et préside l'association du Puy-du-Fou. Une des soeurs est entrée dans les ordres. Laurent a pris une voie de traverse. Il y a un an, il a décidé de mettre ses études entre parenthèses pour partir à New York aider les sans-abris du Bronx. C'est à son retour des Etats-Unis, après des vacances « idylliques » en famille, selon les mots de son père, qu'il a déposé plainte contre son frère.

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Autre billets sur l'affaire de Villiers
23/12/2010 – Accusant son frère d'inceste, Laurent de Villiers se pourvoit en cassation - Le Monde
18/12/2010 – Viols par inceste : Laurent de Villiers juge "totalement partial" le non lieu en faveur de son frère
L'histoire des viols par inceste de Laurent de Villiers par son frère
INCESTE Affaire Laurent de Villiers contre Guillaume de Villiers – 2006/2010
17/12/2010 – Laurent de Villiers : "Je ne me tairai pas"
17/12/2010 – Affaire Laurent de Villiers : le combat d’un enfant seul face aux viols par inceste
16/12/2010 – "Laurent de Villiers est un martyr" par Anne de Kervenoael
13/10/2009 – Pressions sur l'édition : l'exemple du livre de Laurent de Villiers
26/11/2006 – Le fief de la famille Villiers refuse d'y croire
31/01/2011 – Chroniques judiciaires du Nouvel obs : Viol présumé chez les Villiers: retour sur une très étrange affaire
03/03/2011 – Un article sur l’affaire De Villiers retiré du site du Nouvel Obs
11/05/2011 – Guillaume de Villiers, accusé de viols par son frère Laurent, le poursuit pour chantage et subornation de témoin par Isabelle Monnin.
16/05/ 2011 – Un mail relance le duel juridique des Villiers par Ondine Millot
1/11/2011 – Affaire de Villiers : Qu'as-tu fait de ton frère ?
2 novembre 2011 – Canal + 19h – Laurent de Villers parle de son livre sur l'inceste
Laurent de Villiers : Le fils mots dits par Ondine Millot
Laurent de Villiers a déclaré que son père lui avait dit "que cela ne le concernait pas et que c'était entre moi et mon frère".
Laurent de Villiers : le pourvoi pour viols par inceste examiné le 7 décembre 2011
2 novembre 2011 – A2 Journal de 20h – Laurent de Villiers
5 novembre 2011 – fracassante émission pour Laurent de Villiers
5 novembre 2011 – Emission "On n'est pas couché" avec Laurent de Villiers
Tais-toi et pardonne ! par Laurent de Villiers
7/12/2011 – Inceste. Après l'annulation du non-lieu, un procès possible dans l'affaire de Villiers
Affaire Villiers : le non-lieu de Guillaume de Villiers est annulé
Laurent de Villiers : "Il n'y a qu'une victime c'est moi, pas mon père.
Affaire Laurent de Villiers : il n'y aura pas de procès aux assises pour viol
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Autre billets permettant un éclairage sur l'affaire de Villiers
La parole interdite dans les familles incestueuses par Martine Nisse et Pierre Sabourin
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7 novembre 2006

Le Duel de Peter Weiss

Traducteur : Alban Lefranc
Préfacier : Mathieu Bébézet
Paru le : 07/11/2006
Editeur : Melville
ISBN : 2-915341-41-9
EAN : 9782915341416
Nb. de pages : 119 pages
Poids : 180 g
Dimensions : 14,5cm x 21cm x 1cm
Peter Weiss, l'un des plus grands écrivains allemands de l'après-guerre, n'ignore rien du sentiment d'exil engendré par l'opacité sanglante du monde et la prolifération des mécanismes répressifs.
Dans ce récit, encore inédit en France, il témoigne d'un univers qui ne redoute ni l'outrance ni la digression ; un univers empli d'une violence qu'il s'agit, sans cesse, de contrer.
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