« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

22 mars 1989

°/ Le nouvel Observateur – 22 au 29 mars 1989

N° 1272 du 23 mars 1989
Dossier
Pages 16 à 36
Enfants Martyrs

Une enquête d'Henri Guirchoum, avec Marie-France Etchegoin, Sylvie Véran et Elisabeth Badinter, François de Closets, France, Gublin, Tony Lainé, Christiane Rochefort.
50 00 enfants maltraités chaque année en France. Peut-être plus. Des centaines de morts. Une horreur qui fait partie du quotidien. Pourtant, il n'y a pas de fatalité. La riposte s'organise. Lundi 27 mars, le magazine "Médiations", sur TF1, sera consacré aux violences sexuelles sur les enfants, sujet longtemps tabou. "l faut en parler", nous déclare le garde de Sceaux, Pierre Arpaillange. Mais dénoncer ne suffit plus : il faut donner aussi aux enfants des armes pour se défendre. C'est pourquoi "le Nouvel Observateur" a décidé d'appuyer une proposition de loi mise au point par Jacques Barrot, ancien ministre de la Santé. Son but : que les enfants, devant les tribunaux et au besoin contre leurs parents, aient droit à l'assistance d'un défenseur. Un pas important, pour que les enfants cessent d'être considérés comme des objets.
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Autres articles dans Le nouvel Observateur – 22 au 29 mars 1989
°°/ Rochefort la colère
°°°/ "Une émission de salubrité publique" par François de Closets
°°°°/ La parole qui sauve par Pierre Arpaillange – garde des Sceaux

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21 mars 1989

°°/ Rochefort la colère – Le Nouvel Observateur 21-29 mars 1989

Avec sa plume, l'auteur de « la Porte du fond » se bat contre la violence des adultes.

« C'est tellement facile de tuer un môme. C'est comme un oisillon, il suffit de serrer le cou. Qui fait ça ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas les gens qui commettent ces atrocités. J'ai le sentiment qu'aujourd'hui, les enfants sont menacés de toute part. »
Révoltée, Christiane Rochefort ? Oui, toujours. Dans la douzaine de romans qu'elle a écrits (parmi lesquels « Les Stances de Sophie », « Les Petits Enfants du siècle »), elle a souvent mis en scène des personnages d'enfants ou d'adolescents confrontés à la vie violente, celle des familles, celle des villes. En 1976, elle a publié « Les enfants d'abord » (chez Grasset), un essai où, sur le ton du pamphlet, elle dénonçait l'injustice de la condition des enfants, essentiellement fondée, selon elle, sur une relation de dépendance.
L'autre soir, dans sa petite maison parisienne, elle refeuilletait ce livre. Dans les marges jaunies, des notes au feutre rouge. Non, elle n'en changerait pas une ligne si elle devait le récrire. « Vous savez il n'y a pas si longtemps, dans la législation américaine, les enfants étaient considérés comme patrimoine de la famille, au même titre que les biens mobiliers ou immobiliers. C'est ni plus ni moins que la reconnaissance officielle du droit de cuissage ! »

Christiane Rochefort assure avoir eu une enfance très heureuse. « Pour moi, dit-elle, c'était toujours bleuets et coquelicots. » Pourquoi, dans son oeuvre, une vision si noire de la famille ? Dans son dernier roman, « la Porte du fond » (prix Médicis 88, Grasset), elle raconte l'histoire d'une petite fille de 9 ans violée par son père. Un calvaire silencieux. Etouffé par le rouleau compresseur de la morale sociale. « Ce n'est pas un récit qui m'a été inspiré par un fait réel, précise Christiane Rochefort. L'idée m'en est venue après la lecture d'un essai consacré à Freud.


L'inceste est pour moi la pire des violences. C'est un crime que l'on tait parce qu'il faut sauver l'honneur, maintenir l'illusion des apparences, alors que tout le monde est complice. Avant de commencer à rédiger ce roman, j'avais lu un livre de Louise Armstrong, "Kiss Daddy, Good Night" ("Bisous papa, bonne nuit"). L'auteur avait créé un cabinet de paroles où les femmes venaient raconter ce qui leur était arrivé. Et à chaque fois, c'était le même schéma, celui du papa qui commence à faire joujou avec sa fille ; jusqu'au jour où... Elle relatait notamment l'histoire incroyable d'un père de famille qui avait fait cinq enfants à sa fille aînée. Cinq, vous vous rendez compte ! Et l'affaire n'a éclaté que parce qu'il avait commencé à entreprendre une autre de ses filles, plus jeune encore. C'est cette dernière qui a tout révélé. Et vous savez ce que ce père a dit le jour du procès à cette gamine : « Tu vas voir, toi ! » Qu'est-ce qu'elle allait pouvoir voir encore ? C'est fou, non ! »

Comment expliquer cet aveuglement, cette haine ? Pour Christiane Rochefort, tout vient de ce qu'elle appelle « le déni de l'expérience » (Tu as vu rouge ? Non, c'est vert).

« On nie la violence morale qui s'exerce sur les gosses. On cultive l'image de leur innocence, on accroît leur dépendance, fût-elle morale ou sociale. Quels moyens ont-ils de se défendre ? Aucun. Ils sont balancés dans un univers où la violence, et ça c'est grave, est devenue une valeur. J’ai vu une publicité dans un journal où pour vendre une voiture on vantait « le goût de la force ». Comment peuvent-ils assumer ça, les gamins ? Quand ils sont battus, martyrisés par leurs parents, ils n'ont pas le choix. Ils sont un peu comme ces petits chatons qui reçoivent des coups de patte de leur mère. Ils continuent à la suivre parce que c'est là qu'ils ont à bouffer. Ils finissent par se résigner, ils pensent que c'est ça l'amour ! Moi, je crois que l'enfant maltraité qui a le courage de haïr peut s'en sortir. La haine, c'est sa seule planche de salut. »
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°°°°/ La parole qui sauve par Pierre Arpaillange – garde des Sceaux – Le Nouvel Observateur : 21-29 mars 1989

Une interview du garde des Sceaux
La parole qui sauve
« Je vais inciter les barreaux à organiser une véritable défense de l’enfant », révèle Pierre Arpaillange
Le Nouvel Observateur. – Le gouvernement lance une campagne de prévention et d'information sur l'enfance maltraitée. Certains psychiatres estiment qu'il ne faut pas ''médiatiser'' ce problème, surtout en ce qui concerne l'inceste et le viol. Quel est votre avis ?
Pierre Arpaillange. – Il faut absolument en parler ! Savez-vous que la plupart des enfants ignorent que l'inceste est interdit ? Ils croient le plus souvent que les adultes ont tous les droits sur eux. Françoise Dolto a bien expliqué ce phénomène. Le programme de prévention mis en place par le gouvernement s’appuie sur les travaux de nombreux psychiatres et spécialistes du développement de l'enfant, qui offrent toutes les garanties. Des films, des documents seront diffusés dans les écoles. Parler aux enfants, faire parler les enfants, c'est notre mot d'ordre. Il faut faire comprendre à l'enfant que son corps lui appartient…
N.O. – Justement, en France, l'enfant est finalement un "non-être" juridique, sans recours face à la toute-puissance des parents.
P. Arpaillange. – Ce n'est pas exact. Certes, selon la loi, l'enfant est en principe un "incapable". Mais il a aussi des droits. Il peut par exemple saisir le juge des enfants. Il peut donner son avis et être entendu, notamment lors des procédures d'adoption ou de divorce… Je souhaite que le statut de l'enfant évolue. Mais attention, il ne faudrait pas, en lui donnant davantage de responsabilités, déresponsabiliser les adultes !
N.O. – Souvent, l'enfant maltraité est représenté au tribunal par l'avocat des parents "maltraitants". Le "bourreau" et la victime ont le même avocat ! Jacques Barrot propose que les mineurs soient systématiquement représentés par un "défenseur des enfants". Qu'en pensez-vous ?
P. Arpaillange. – Je ne connaissais pas encore cette proposition. Mais d'abord, une précision : la victime n'est pas forcément défendue par l'avocat de son "bourreau". Quand l'enfant est maltraité par ses parents, le juge a la possibilité de désigner un tuteur pour qu'un avocat distinct soit nommé... Cela dit, il faut tout faire pour que l'enfant puisse bénéficier d'un défenseur attentif et compétent, disponible et bien formé. J’ai l'intention d'inciter les barreaux à organiser une véritable défense de l'enfant. Le barreau de Lille, par exemple, a commencé à la mettre en œuvre. A Paris, c'est en projet. Je soutiendrai toutes ces expériences.
N.O. – La loi du silence aussi tue les enfants. Les voisins, les proches savent et se taisent. Pourquoi ne pas les poursuivre pour "non-assistance à personne en danger" ?
P. Arpaillange. – C'est pour lutter contre cette loi du silence que le gouvernement organise une campagne d'information. Souvent, les voisins ne savent pas à qui s'adresser quand ils ont connaissance de difficultés ou de drames : les médecins, l'assistante sociale, les gendarmes…
N.O. – Il arrive même que les rnédecins ou les assistants sociaux ne préviennent pas la justice et la gendarmerie. Ne faut-il pas instaurer une "obligation de dénoncer" ?
P. Arpaillange. – Médecins et assistants sociaux sont automatiquement relevés du secret professionnel dans ces cas-là. Mais il est vrai que bien souvent les faits sont signalés tardivement, ou même pas du tout, au juge des enfants ou au parquet. C'est pour cette raison qu’un projet de loi va être déposé à la prochaine session du parlement en avril. Son but ? Améliorer la coordination entre les autorités administratives, médicales et judiciaires. La justice a une double mission : protéger les enfants et punir les coupables. Des textes existent. Ils permettent d'aller vite : dès que les faits sont portés à la connaissance des juges des décisions peuvent être prises dans la journée. Ces textes sont suffisants à condition d'être utilisés au bon moment et à bon escient. Ce n'est pas facile car la justice doit punir. Mais aussi préparer l'avenir du mineur sans rompre totalement les liens familiaux. C'est une tâche complexe. Ce n'est pas uniquement un problème de loi ou de répression… Je suis le premier à regretter les lenteurs de la justice. Mais je tiens à souligner que devant le juge des enfants la procédure est une des plus souples et des plus rapides.
Propos recueillis par Marie-France Etchegoin
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25 septembre 1988

2/ L'Inceste la conspiration des oreilles bouchées – CASB

Centre audiovisuel Simone de Beauvoir
Code f
ilm : v000145

Claudine, Monique, Emmanuelle et Anne témoignent des viols par inceste subis pendant leur enfance. Elles se sont rencontrées grâce à la permanence téléphonique « Viols-Femmes-Informations ». Elles se souviennent de leur désarroi, de leurs tentatives de faire cesser les agissements de leur père ou grand-père. Elles évoquent les signes et paroles émis avec l’espoir de trouver de l’aide dans leur entourage.
1988 30'00 Couleur
N.C 3/4 U'Matic FRANCE
Claudine, Monique, Emmanuelle and Anne talk about incest rape, which they suffered during their childhood. They meet through the “Rape-Women-Information” help line. They remember how helpless they felt, and how they tried to make their father or grandfather stop. They talk about the signals they made and words they spoke in the hope of getting help from those around them.
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Autres billets sur La conspiration des oreilles bouchées ou Carole Roussopoulos
1/ La conspiration des oreilles bouchées – inceste 1988
3/ Hommage à Carole Roussopoulos
4/ Carole Roussopoulos, documentariste – le Monde – 28 octobre 2009
5/ Hommage à la documentariste Carole Roussopoulos aux 12e Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM)

6/ Soirée d'hommage à Carole Roussopoulos – 22 janvier 2010

7/3 juin 2010 – Gaillac : film et débat sur l’inceste après le film : La conspiration des oreilles bouchées
8/ Le beau vice : Carole Roussopoulos, la vidéo "out" par Elisabeth Lebovici

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1/ La conspiration des oreilles bouchées – inceste 1988

Claudine, Monique, Emmanuelle et Anne témoignent des viols par inceste subis pendant leur enfance.

Elles se sont rencontrées grâce à la permanence téléphonique « Viols-femmes-Informations ».

Elles se souviennent de leurs désarrois, de leurs tentatives de faire cesser les agissements de leur père ou grand-père.

Elles évoquent les signes et paroles émis avec l'espoir de trouver de l'aide dans leur entourage.

Aujourd'hui, la solidarité entre elles les aide à « vivre avec ce que l'on n'oubliera jamais ».

Elles parlent et agissent pour briser le silence dans lequel sont enfermés les enfants victimes de viol par inceste et pour que d'autres, également concernées soient encouragées à affronter leur propre vérité.
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Autres billets sur La conspiration des oreilles bouchées
2/ L'Inceste la conspiration des oreilles bouchées – CASB
3/ Hommage à Carole Roussopoulos
4/ Documentariste – le Monde – 28 octobre 2009

5/ Hommage à la documentariste Carole Roussopoulos aux 12e Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM)

6/ Soirée d'hommage à Carole Roussopoulos – 22 janvier 2010

7/ 3 juin 2010 – Gaillac : film et débat sur l’inceste après le film : La conspiration des oreilles bouchées

8/ Le beau vice : Carole Roussopoulos, la vidéo "out" par Elisabeth Lebovici

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1 décembre 1986

Le viol du silence : Eva Thomas – 1986

Broché
Paru le : 01/12/1986
Editeur : Aubier
ISBN : 2-7007-2619-7
EAN : 9782700726190
Poids : 296 g
A toutes celles qui ont connu l'inceste pour que nos voix se mêlent.
L'auteur raconte l'inceste dont elle a été victime trente ans auparavant. Après un long parcours de thérapies diverses elle raconte la brisure, la sorte de 'mort intérieure' provoquée par l'inceste. Elle fait ce récit après que son chemin personnel lui ait donné des clés pour comprendre et explique pourquoi les pères incestueux ne se sentent pas coupables.Devenue éducatrice, elle s'occupe d'enfants en difficulté et raconte comment elle a apprivoisé un enfant violent en s'intéressant à lui-même et pas à sa violence, celle-ci étant un symptôme de sa souffrance, un épiphénomène non constitutif de sa personnalité. Extraits "Le père, c'est la loi qui vous commande. Son autorité naturelle ajoutée à son désir d'homme vous dessaisit de vous même, de votre volonté comme s'il avait déconnecté l'accès à votre cerveau...Le papa qu'on aime n'a pas besoin d'être brutal, les chaînes de l'amour posées sur sa fille dès la naissance sont les plus solides, les plus difficiles à arracher, elles sont dans le corps même de son être. Il n'a qu'à être tendre comme d'habitude, puis lentement ou brusquement déraper avec son désir fou... "
—————————
Dans le silence de la nuit, Marie est violée par son père. Proie facile, sans défense, victime rêvée, elle reste prisonnière du désir de l'homme, son père. Après le viol, les mots-mensonges. Qui osera dénoncer l'Interdit ? Fille de l'inceste, Marie avance, murée dans sa forteresse de silence.
Trente ans durant, elle vit l'horreur de cette nuit-là. Un rapt. Une déportation. Une jeune fille morte à la vie. La violence qui l'habite en secret, Marie l'expose aux regard. Elle se consume lentement, perd l'appétit, la parole, le sens de la vie.
Jusqu'au jour où, après mille révoltes, elle ose parler, nommer le mal, le décrire, dénouer les liens qui l'ont rendue muette… Un témoignage bouleversant.
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16 avril 1985

2/ Unica Zürn – Sombre printemps – Dunkler Frühling

Dunkler Frühling
Broché : 60 pages
Editeur : Merlin-Verlag (1 janvier 1995)
Langue : Allemand
ISBN-10: 3926112468
ISBN-13: 978-3926112460
"En ce mois de juillet tranquille et brûlant, par un après-midi où l'orage menace, son frère se faufile dans sa chambre et la jette sur le lit. Le visage comme pétrifié et gardant un silence inquiétant, il déboutonne son pantalon et lui montre entre ses jambes l'objet qui s'est allongé. Elle est tourmentée par la curiosité et l'angoisse. Elle sait ce qu'il veut faire. Mais elle le méprise. A ses yeux il n'est qu'un jeune sot de seize ans. Elle se défend de toute son énergie, mais il est plus fort qu'elle et elle ne peut plus se dégager. Elle le méprise parce qu'il est trop jeune. Il se jette sur elle et il lui plante son "couteau" (comme elle l'appelle) dans sa "blessure". Haletant il pèse de tout son poids sur son petit corps. Il s'agite sur elle en un rythme accéléré. Elle sent une douleur cuisante et rien d'autre. Elle est honteuse et déçue. De s'abandonner la nuit au cercle sombre des hommes autour de son lit est suffisamment excitant et voluptueux pour renoncer à cette misérable réalité que lui offre son frère. Après un moment qui lui paraît un siècle, son frère roule du lit et sort sans un mot. Il revient quelque temps après, rouge de colère. « Si tu en parles à mère, je te tuerai. » Elle le regarde, muette et méprisante. Elle est indignée et furieuse. Cet événement fait du frère et de la sœur des ennemis mortels. Elle a envie d'assassiner son frère. C'est seulement parce qu'il est plus fort qu'elle qu'il a réussi ce qu'il voulait. Elle lui souhaite tout le mal possible. Elle va songer à la manière de le faire mourir à petit feu."
Broché : 120 pages
Editeur : Belfond coll.récit
avril 1985

ISBN-2 7144.1732.9



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Autres billets sur Sombre printemps d'Unica Zürn
1/ Unica Zürn – Sombre printemps – inceste frère/sœur – 1971
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23 septembre 1982

Film - Georgia d'Arthur Penn - 1982

Georgia
Réalisé par Arthur Penn
Titre original : Four friends
Long-métrage américain.
Genre : Comédie dramatique

Durée : 01h55min
Année de production : 1982

Synopsis : Danilo Prozor est un jeune émigre yougoslave. Il forme avec Tom et David un groupe d'amis inseparables. Ils sont tous trois amoureux fous de Georgia, jeune fille romantique.
Craig Wasson Rôle : Danilo
Jodi Thelen Rôle : Georgia
Michael Huddleston Rôle : David
Jim Metzler Rôle : Tom

Pour lire le billet, cliquez sur le logo La voix de Gilles Deleuze
.../...
Delphine Seyrig, elle a un certain jeu Actor’s Studio très très curieux, ce perpétuel emmagasinement, emmagasinement d’énergie avec des actes explosifs par exemple "Murielle" est un beau.. . Elle joue ça. Mais enfin se n’est pas tellement évident pour elle. Mais il me semble ! il me semble ! Alors je reviens, au film de Arthur Penn, "Georgia", parce que je suppose que certains d’entre vous, l’ont vu.
Typiquement, en quoi c’est un film Actors Studio, c’est-à-dire un film descendance Kazan ? Pas difficile prenez les grandes scènes : comment ils font ?
Le jeune homme pauvre fils d’émmigré récent, arrive dans la famille du milliardaire, il veut épouser la fille. Bon qu’est ce qui se passe ? Déjeuner de famille glacé, atmosphère glacée, la tension monte. À ce moment-là vous voyez que chacun des convives à sa manière intériorise. La tension monte, ça veut dire et il y a tout un système de micro mouvements d’attente.
Le père qui regarde son prétendu, son gendre à venir, tout ça. La fille qui a le nez dans son assiette. On a l’impression qu’ils ont beau être immobiles, ça n’arrêtent pas ! Là ça donne raison à Hitchcock, impossible d’obtenir d’eux une pause neutre. Tout, ils feront tout sauf ils ne pourront jamais jouer la neutralité. Alors des espèces de ruminants. C’est vraiment la rumination, c’est la grande rumination, c’est l’emmagasinement d’énergie Et puis, ça ça répond à la situation avec l’intériorisation correspondante.
Et puis le père lâche une phrase-action :" la phrase-action c’est : « Je n’ai pas l’habitude de me laisser prendre un bien, quelque chose qui m’appartient ». La fille, elle baisse le nez un peu plus dans son potage. Bon elle n’a pas l’habitude. Et après ce n’est pas seulement l’acteur qui l’apprend, on peut concevoir qu’il l’apprenne, il est censé l’apprendre mais le spectateur il apprend quoi ?
Vous pouvez pas ceux qui n’ont pas vu Georgia - mais au point où ça vient de l’histoire, il apprend quelque chose de fondamental qui est déjà S prime. La phrase a été une action explosive du père. Une phrase peut être une action au cinéma. C’est un comportement, une phrase, c’est quoi ?. que n’est pas normal tout ça . S c’était : le père a de la répugnance à marier sa fille parce que le garçon n’est pas de son niveau social. Après la phrase, il y a "S prime", à savoir : le père en fait, a une relation d’inceste avec sa fille.
Vous avez la structure S A S prime, en plein. Alors intériorisation, alors qu’est ce que ça veut dire ça ? comment il joue, le père qui joue son rôle merveilleusement - Actor’s Studio pur, merveilleux, Bon, Il est là, absolument glacé, il emmagasine, il emmagasine la tension. C’est un grand acteur, il la fait passer, cela agit sur le spectateur, ça marche. Il emmagasine la tension. Bon et puis il lâche sa phrase comme un coup de poing sur le gendre.
Le gendre va répondre, ça va être le duel. La situation en sort modifiée, tout le monde a compris : ce n’est pas un père qui veut bien marier sa fille. C’est un père qui veut la garder parce qu’il est amoureux de sa fille.
Et qu’il y a une relation incestueuse effective. Le mariage arrive. La typique image qui pourrait signée Kazan : il y a la fête. Il y a la garden party, il y a la fête. Le père est à nouveau en situation de "intériorisation de la situation" : énorme vitre, énorme glace transparente mais sombre à l’extérieur derrière laquelle le père est tout droit et regarde d’en haut la fête. Son visage exprime tout ce que vous voulez par micros mouvements, espèce de haine, de dégoût, de réflexion en même temps sur :" qu’est ce que je vais faire", tout ça. Tout y passe. En effet il ne tient pas pas tranquille. On a beau le flanquer là comme un piquet, il se tient comme un piquet. Impossible d’obtenir qu’il se tienne tranquille. Impossible, vous n’obtiendrez jamais ça d’un acteur de l’Actor’s studio.
.../...
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