« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

10 décembre 1990

II - Transcription des dialogues de (Infernal Serpent) Le Venin du serpent dans Inspecteur Morse


Blanche : la mère
Matthew : le père
Imogen : la fille
Ron : Le mari de la fille
Sylvia : La journaliste amie d’enfance de la jeune femme
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1ère scène
Blanche : – Tu dois être complètement épuisé Mathew ! Un enterrement, une arrestation ; tu imagines ! Es-ce que tu as eu des difficultés pour identifier cet homme ?
– You must be quite exhausted, Matthew! A funeral, an arrest; imagine! Did you… did you find it difficult identifying the man?
Matthew : – Je n’ai pas pu les reconnaître, en tous cas catégoriquement. Ça ne m’a pas été possible.
– I didn’t identify him, not categorically. It wasn’t possible. Chacun se retourne vers lui.
Ron : – Bien, nous rentrons, nous organisons une petite fête équestre demain. Nous allons nous plonger dans le papier crépon.
– We’re off, then, We’ve got a musical ride to see to tomorrow. Going to be busy with the crepe paper.
Sylvia : – Vous faites vraiment des merveilles avec ça. Je parlais de votre club.
– You’ve made a terrific go of all that. The business, I mean.
Imogen : – Oh ! tu trouves vraiment, c’est Ron qui a tout fait ne l’épave ne l’a pas beaucoup aidé.
– Do you really think so? It’s Ron mostly. He likes taking on wrecks.
Blanche : – Oh non, Imogen. Tu as toujours fait ta part, j’en suis même impressionnée. Tu as fait beaucoup de progrès depuis que tu as eu ta… [silence] …Depuis que tu as un peu changé.
– Oh no, Imogen. You’ve always done your share. I’ve been most impressed. You’ve accomplished a great deal since you had your… [silence] …since you changed course.
Sylvia : – Imogen a toujours était parfaitement efficace. (Elle fait un clin d’œil dans la direction d’Imogen). Tu te souviens de ça ?
– Imogen’s always been accomplished. Do you remember this?
Elle va au piano, reste debout et entame : Bizet : Les Jeux d’Enfants Gros plan sur Matthew qui sirote son whisky.
Blanche : – Oh, Les Jeux d’Enfants ! Oh oui chérie vas-y. Tu devrais y arriver. Elle n’en joue plus du tout malheureusement.
– Oh, Les Jeux d’Enfants ! Oh yes, darling do. Do you think you could? She never practises, I’m afraid.
Sylvia : – Mais moi non plus, mais ça ne s’oublie pas. Viens Imogen !
– Nor do I, but this is second nature. Come on, Imo!
Matthew : – Doit-on vraiment sombrer dans la nostalgie ?
– Must we plunge into nostalgia?
Blanche : – Mais c’était une époque si heureuse et tellement harmonieuse.
–But there were such happy times. Such harmony.
Sylvia : – Allez viens Imogen, fais-moi plaisir.
– Come on, Imo. Let’s give them our turn.
Les jeunes femmes s’asseyent au piano et interprètent Les Jeux d’Enfants à quatre mains. Gros plans sur l’expression du visage de Matthew qui passe du sourire coincé à la mélancolie. Imogen commence à suffoquer puis se lève d’un coup.
Ron : – Mais c’était magnifique. Qu’y a-t-il ?
– Oh! That was great. What’s wrong?
Imogen : – Ça suffit comme ça ! rentrons à la maison.
– That’s enough. Let’s go home.
Ron : – Si tu veux oui ! – Of course.
Blanche : – Tu as certainement eu une petite absence. Tout le monde a des trous de mémoire de temps en temps.
– You probably just forgot. One gets these tiresome blanks occasionally.
Ron : – Et puis, de toute façon, c’est l’heure de prendre tes pilules. Viens !
– Come on, Imo! It is time for your pills , anyway.
Matthew : – Ah ! Oui, ces fameuses incohérences.
– Oh, yes. The jarring of Imo. Imogen arrive d’un pas décidé vers son père et l’embrasse.
Imogen : – Bonsoir père. Ne craignez rien, tout sera bientôt redevenu normal.
– Bye, Father. Don't worry. Everything will soon be back to normal.
Ron : – Oui, quelquefois elle est un peu incohérente, mais à qui la faute s’il vous plaît ?
– Yes, she is a bit ''jarring'', isn't she? Whose fault is that?
Matthew se lève et s’avance vers Ron
Matthew : – Pouvez-vous être plus explicite ? Puisque vous êtes apparemment sorti de votre légendaire réserve habituelle. De qui exactement est-ce la faute ?
– Won't you be more explicit? Since you appear to have been tempted out of your usual reticence. What exactly is this ''fault''?
Ron : – Vous croyez que vous n’avez à vous méfier que de ma façon de parler ? Inutile de nous raccompagner ! Merci.
– You think your only worry is the way l speak? We'll see ourselves out. Thank you.
Blanche : – Mais.
– Oh.
Sylvia en se servant un verre.
Sylvia : – Et bien, heureusement que je n’ai pas un horrible accent de banlieusard.
– Well, luckily, l don't have a grating local accent these days.
Blanche : – Oh ! Sylvia, tu as une merveilleuse façon de t’exprimer.
– Oh, Sylvia, you have a beautiful speaking voice. (Northern accent)
Sylvia : – Oui, mais on a travailler dur pour y arriver. N’est-ce pas Blanche ?
– We worked on it, Blanche.
Matthew en coupant la parole à Blanche.
Matthew : – Est-ce que ton – comment appelle t-on cela – ton papier, ton reportage sera bientôt terminer ? J’ai peur que mon ego ne supporte pas très longtemps toute cette attention.
– Is your - what would one call it? - your brief, your assignment, almost complete? I fear my ego will never recover from all this attention.
Sylvia : – Pourtant je croyais que votre ego était à l’épreuve de balles cher monsieur et j’aimerais bien rester encore quelques jours si vous voulez tout savoir.
– l suspect your ego is proof against most things, Master.
Matthew : – Je me demande si ce serait bien indiqué
– l shall be staying on a couple of extra days, as a matter of fact l wonder if that would be convenient.
Blanche : – A Oxford
– In Oxford.
Sylvia : – Pas nécessairement ici, chez Imogen peut-être…
– Not necessarily here. With lmogen, maybe.
Blanche : – Si elle veut bien te recevoir. Écoute, ce serait peut-être mieux si tu… Je vais consulter notre emploi du temps
– ls she up to visitors? It might be better if you… I'll consult the diary.
Sylvia : – Oui j’ai envie de couvrir ce concours de jardins fleuris si vous pensez que Beaufort a des chances de gagner.
– I'm thinking of covering this gardening competition lf you really think Beaufort will win…
Elle quitte la pièce
Blanche : – Beaufort et le fabuleux Phil ? Nous allons certainement gagner, nos adversaires ne sont vraiment pas dangereux.
– Beaufort and the fabulous Phil? (Chuckles) I've taken the measure of the opposition.
Sylvia : – Oui, ce serait dommage de manquer un tel spectacle.
– The visuals seem almost too good to miss.
Blanche qui s’en allait vers l’office se retourne longuement sur Matthew plongé dans son journal.
Blanche : – Est-ce que je peux débarrasser, Madame Walsh va encore me faire la tête demain matin si je ne le fais pas.
– Shall l clear away? Mrs Walsh might well choose to feel victimised in the morning if I don't.

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Autres billets sur Inspecteur Morse
I - Le Venin du serpent – Inspecteur Morse – 1990
III - Transcription scène entre Sylvia & Morse
1990 – Inspecteur Morse – Le Venin du serpent – Infernal Serpent
IV – Transcription – Blanche, Matthew & Sylvia
V/Transcription – Blanche, Amanda & Hopkirk le jardinier
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9 décembre 1990

I - Le Venin du serpent – Inspecteur Morse – 1990

SAISON 4 (1990)
12 Le Venin du serpent (Infernal Serpent)
C'est au Collège Beaumont, l'une des prestigieuses universités d'Oxford, que Julian Dear, un professeur respecté, est assassiné alors qu'il allait donner un cours d'écologie, auquel l'inspecteur Morse avait l'intention d'assister. Juste avant cette tragédie, Dear se retrouvait en compagnie de Matthew Copley-Barnes, le directeur de Beaumont, mais celui-ci a dû le quitter pour retourner chez lui prendre des notes. Il a retrouvé Dear au moment où un étudiant, McGovern, se penchait sur le corps du professeur, gisant à même le sol... En menant son enquête, l'inspecteur Morse apprend que la famille Copley-Barnes recevait depuis quelque temps de mystérieux colis par la poste, et ils y ont trouvé une peau de serpent, un crâne de mouton, et un mystérieux ruban vert. Morse interroge Copley-Barnes et sa femme, qui donne des leçons de piano aux enfants, et la séduisante journaliste Sylvie Maxton, qui vit pour quelque temps à leurs côtés...
Lorsqu'elle était enfant, Sylvie Maxton rendait souvent visite aux Copley-Barnes, et elle les flanquait souvent en vacances d'été. Elle servait de compagne à leur fille, Imogen, mariée, qui présente, par ailleurs des signes d'instabilité mentale......

Sc : Alma Cullen - Réal : John Madden
Avec : Colin Dexter (apparition), Michael Attwell (Parsons), Ian Brimble (Phil Hopkirk), Cheryl Campbell (Sylvie Maxton), George Costigan (Ron Garrett), Barbara Leigh-Hunt (Blanche Copley-Barnes), David Neal (Dr Julian Dear), Geoffrey Palmer (Matthew Copley-Barnes), Pearce Quigley (Mick McGovern), Irene Richard (Imogen Garrett)
———
Quinquagénaire hors-normes, l'inspecteur Morse est un homme cultivé et intelligent (amteur de poésie et mélomane), sarcastique, morose et spontané, cruciverbiste passionné et amateur de bière. C'est un homme de terrain qui se déplaçe dans une Jaguar MK2 rouge. Célibataire endurci, il n'en est pas moins sentimental et romantique avec les femmes. Il se frotte souvent à ses supérieurs du fait de sa difficulté à obéir aux règles de la profession.
Son adjoint, l'inspecteur Lewis, est son exact opposé : marié, deux enfants, sportif, bricoleur, pragmatique... Morse ne le ménage guère, le prenant un peu pour son larbin, et faisant preuve d'une causticité constante à son égard ; mais leur duo fonctionne bien et leur relation s'améliore au fil des épisodes.
Véritable symbole du traditionalisme et de la culture, la ville d'Oxford arbitre tous les suspects possibles des milieux intellectuels et bourgeois dans l'ambiance feutrée des abbayes, cloîtres, églises, universités, collèges... La tâche de Morse est délicate, il lui faut avoir des égards pour les nantis arrogants sûrs de leur pouvoir, et les universitaires méprisants, tout en sachant leur tenir tête. Il prend son temps et suit les trajectoires croisées de personnages prisonniers de leurs secrets ou d'un quotidien peu reluisant.
Adaptée des romans du célèbre auteur Colin Dexter, la série a rencontré un succès phénoménal ! Tous les épisodes sont en effet d'une remarquable et constante qualité, tant sur le plan narratif qu'artistique et technique. Les dialogues bien écrits baignent dans une atmosphère languissante mais captivante.
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Autres billets sur Inspecteur Morse
1990 – Inspecteur Morse – Le Venin du serpent – Infernal Serpent
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IV – Transcription – Blanche, Matthew & Sylvia
V/Transcription – Blanche, Amanda & Hopkirk le jardinier
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1 janvier 1990

Une émission sur les abus sexuels par Richard Michel : "Médiations" le 27 mars 1989

L'enfance maltraitée
du silence à la communication
Actes du congrès de Toulouse,
janvier 1990, Volume 1990

Editions Karthala 1991
Chapitre 10 page 145

Une émission sur les abus sexuels Par Richard Michel Richard Michel est producteur avec François de Closets et Jean-Marie Perthuis du magazine de "Médiations"
"Médiations" est un magazine d'information qui a pour vocation de faire bouger les choses. Jamais neutre,pas du tout partisan, mais prenant parti, il s'efforce de provoquer un court-circuit social entre les pouvoirs publics, les experts et les citoyens.
Pourquoi ai-je demandé aux organisateurs de votre congrès de projeter un court document diffusé lors de l'émission "Médiations" le 27 mars 1989 sur TF1 ? Je crois tout simplement qu'au-delà des grands principes journalistiques que l'on peut évoquer il est utile de vous raconter l'histoire d'un document, celui que vous venez de voir.
En effet, tout film documentaire ou de fiction a son histoire. Ainsi, peut-être, nous sera-t-il plus facile d'apprécier le rôle de chacun, et de situer les chemins qu'ensemble nous pouvons emprunter.
Au départ de l'histoire de ce reportage, il y a la volonté de notre équipe de lancer un grand débat public sur un sujet encore tabou dans notre société : les abus sexuels sur les enfants. et parallèlement un objectif : modifier la loi sur la prescription qui selon nous été caduque.
Une telle volonté passait obligatoirement par la nécessité de faire émerger dans ce débat une double parole : celle des enfants, celle des victimes est celle d'un père incestueux, celle de l'agresseur.

Je me suis attaché personnellement à favoriser l'éclosion de ce dernier témoignage. Une parole peu entendue, enfouie la plupart du temps dans le silence complice de l'épouse. Au départ, on s'interrogea si l'on pouvait ou s'il était utile de donner la parole à un père incestueux ?
Ne courrions-nous pas le danger de mettre en scène l'abominable, et du coup faire souffrir encore plus les victimes ? Après réflexion, nous avons estimé que cette parole était vitale.
Il fallait l'entendre pour mieux analyser les ressorts qui poussent un adulte à commettre un tel délit, un tel crime.
Ne pas écouter ce témoignage aurait été finalement conformiste. Nous nous serions placés sur le terrain unique de la morale. Or, notre objectif n'était pas seulement d'ouvrir les cœurs mais aussi les esprits. Nous aurions pu aussi emprunter le terrain d'un langage général, théorique, instiutionnel, en favorisant la parole des seuls experts : magistrats, avocats, éducateurs, médecins... Mais cela aurait-il suffit ? Nous ne le pensons pas.
Voilà pourquoi nous avons décidé de privilégier la parole des protagonistes du drame. Au début de l'émission, un reportage sur deux jeunes enfants de 5 et 8 ans et de leur mère filmée dans l'ombre nous fit mesurer le traumatisme subi par ces enfants. C'est au milieu de l'émission que fut diffusé le reportage que vous venez de voir. Ces deux documents ont fait émerger la parole de la victime et de son agresseur. Les impressions sensorielles qui se dégageaient de ces témoignages ont rendu, selon nous, actifs la réflexion, le processus de connaissance prend toujours ses sources dans le réel. Mais comment projeter la parole d'un père incestueux sur le devant de la scène ?
Au départ, j'avais deux idées fixes : je souhaitais une parole sobre, et parallèlement je devais m'efforcer de ne pas juger cet homme.
Notre enquête nous fit rencontrer l'équipe de thérapeutes du centre des Buttes-Chaumont à Paris car un homme et son épouse étaient désireux de parler et leurs deux filles victimes n'étaient pas opposées aux témoignages de leurs parents.
En raison d'une émission passée qui fut diffusée sur une autre chaîne, j'ai ressenti certaines réticences à mon égard, de la part de Frédérique Gruyer et Pierre Sabourin, les deux responsables du centre. Parallèlement, ils exprimaient une volonté très forte de maîtriser le processus de production de ce reportage. Je leur dis que j'étais seul maître à bord que je filmais comme je l'entendais.
Toutefois, je fis savoir que je n'étais pas opposé à ce que l'on dialogue avant, pendant et après le tournage de ce document car je comprenais les responsabilités qui étaient les leurs. Par ailleurs, je m'engageais à ce que les patients de Frédérique Gruyer et Pierre Sabourin ne soient pas reconnaissables à l'écran.
Mais auparavant, avec ces patients, j'ai discuté pour être sûr de leur volonté de témoignage, pour être sûr de leur capacité à gérer par le suite ce témoignage public devant des millions de gens. Sachez que nous avons refusé deux témoignages l'un parce qu'il était trouble, et l'autre parce que la jeune fille n'était pas solide.
Mais pour donner plus de force possible à ce témoignage, et pour rendre plus lisible l'histoire de cet homme et de cette femme, je proposai que ce témoignage se déroule dans le décor où avait lieu leur propre psychothérapie, et j'employai une méthode sobre : la technique du champ contre champ, à savoir une caméra sur le couple de patients, et une caméra sur les deux thérapeutes.

Il ne s'agissait pas pour moi de reconstituer leur thérapie ou d'être un intrus dans celle-ci. Mais le problème était qu'ils ne se défilent pas, qu'ils ne trichent pas. Je me doutais bien qu'ils avaient commis des années durant, un abus de pouvoir très grave. Je ressentais le besoin qu'ils le reconnaissent, mais je ne voulais pas les y forcer. Je ressentais la nécessité de comprendre pourquoi cet homme avait commis un tel acte. J'imaginai aussi la vie de ces deux gamines, l'hypnose dont ce père se servait...


Pour lire la suite de l'article, cliquez sur la couv du livre : L'enfance maltraitée
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Autres billets sur l'émission "Médiations" du 27 mars

Péparation de l'émission "Médiations" du 27 mars 1989 sur les viols par inceste

Emission "Médiations" du 27 mars 1989 par E.T.

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Profond désir des Dieux – Film japonais de Shohei Imamura –

Profonds Désirs des Dieux
(Kamigami no Fukaki Fokubo)
de Shohei Imamura
Sortie : 01/01/1990
Année de production : 1968
japonais / Drame / 2h50min
Réalisation : Shohei Imamura
Avec : Rentaro Mikuni, Hideko Oklyama, Choichiro Kawarazaki, Kanjuro Arashi, Yasuko Matusui, Kazuo Kitamura, Yoshi Kato

Pour le petit occidental de base (pick me, pick me), les films d'Imamura demeurent jamais réellement faciles d'accès. A défaut d'en comprendre toutes les subtilités, on peut tout de même s'immerger totalement dans ces œuvres pleines de sauvagerie humaine et surtout sublimement filmées (cet opus qui date de 68 est sûrement l'un des plus beaux films en couleurs que j'ai vus jusqu'alors – et j'en vois pas mal, vous êtes témoin).
On est donc cette fois sur une île – influence nipponne, forcément, mais également polynésienne – avec toujours ce même regard scrutateur d'Imamura sur ses personnages : on suit, en particulier, les aventures des membres d'une famille relativement starbée – les Futori – et l'arrivée sur l'île d'un petit ingénieur binoclard qui vient superviser la production de canne à sucre – il manque cruellement d'eau. Si la légende dit que l'île a été créée grâce à l'accouplement d'un frère et de sa sœur, les Futori semblent descendre en droite lignée de ces "lointains ancêtres" vu, qu'en terme d'inceste, ils n'en sont pas à leur galop d'essai... Leurs multiples écarts sexuels n'ont d'ailleurs pas tardé à les mettre au ban de la communauté, les Dieux en remettant une couche en leur balançant un roc énorme à proximité de leur maison. En attendant la fin de ce châtiment, chacun vaque à ses petites occupations...

Pour lire la suite du billet, cliquez sur l'image du film Profond désir des Dieux
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27 mars 1989

°°°/ "Une émission de salubrité publique" par François de Closets – 29 mars 1989

Lundi 27 mars,
le magazine « Médiations », sur TF 1,
sera consacré aux abus sexuels sur les enfants.
Son présentateur s'en explique.

Le Nouvel Observateur. – N'avez-vous pas peur d'aborder à une heure de grande écoute un sujet aussi scabreux ?

François de Closets. – Effectivement, il ne s'agit pas d'une émission pour les enfants de 8 ans. Mais nous ne passons pas à une heure d'écoute familiale, puisque nous prenons l'antenne entre 22h15 et 22h30. Pour un tel sujet, cela me parait une bonne chose. Le thème est clairement annoncé. Si les parents ne sont pas capables d'éloigner les enfants de la télévision à 22h30, alors il existe un vrai problème dans la famille.

N.O. - Certains vont vous accuser de faire la course à l'Audimat en flattant les bas instincts ?

F. de Closets. – Nous craignons plutôt un effet de répulsion. Je le regretterais ; car il faut que de nombreux Français regardent de telles émissions. Ce n'est pas un hasard si le secrétariat d'État chargé de la Famille a lancé une grande campagne d'information sur ce sujet.

En faisant cette enquête, nous avons relevé que les abus sexuels, et notamment l'inceste, sont beaucoup plus fréquents que nous ne l'imaginions : et qu'ils se produisent dans tous les milieux. Et aussi qu'ils sont très rarement découverts, parce que la société, c'est-à-dire les voisins, les gendarmes, les juges, tout le monde s'efforce de ne pas entendre l'enfant maltraité. D'instinct, on tente d'étouffer cette parole porteuse de scandale social. Vous ne pouvez pas imaginer l'état de détresse d'un enfant face à cette indifférence générale. C'est pourquoi il faut en parler ; c'est une œuvre de salubrité publique. Nous devons tous nous mobiliser ; presse, pouvoirs publics, école. Je vous assure que, maintenant que j'ai découvert ces choses, je ferais cette émission même si elle ne devait réussir que cinq points d'Audimat.

N.O. – Est-ce que vous ne craignez pas que le fait d'en parler incite des maniaques à passer à l'acte ?

F. de Closets. – On peut toujours le craindre. Mais je suis convaincu qu'il y aura bien davantage de gens tentés par l'acte et qui seront inhibés, bien plus de mères qui seront attentives. Le pire, c'est de déculpabiliser la sexualité sans culpabiliser l'inceste et la pédophilie, comme on a tendance à le faire.

N.O. – Ne risquez-vous pas de troubler et de traumatiser des enfants, d'abîmer l'image de leurs parents ?

F. de. Closets. – D'abord, je le répète, cette émission n'est pas faite pour les jeunes enfants. Ils relèvent d'une autre forme d'information, qui devrait être donnée à l'école. On peut parfaitement faire ces mises en garde sans provoquer les troubles que vous dites. Mais on n'en est encore qu'aux toutes premières expériences en France. Cette prévention, c'est comme la vaccination. Elle peut provoquer une réaction légère et salutaire, mais elle arme l'enfant contre le pire.

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Autres articles dans Le nouvel Observateur – 22 au 29 mars 1989

°/ Le nouvel Observateur – 22 au 29 mars 1989

°°/ Rochefort la colère

°°°°/ La parole qui sauve par Pierre Arpaillange – garde des Sceaux


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22 mars 1989

°/ Le nouvel Observateur – 22 au 29 mars 1989

N° 1272 du 23 mars 1989
Dossier
Pages 16 à 36
Enfants Martyrs

Une enquête d'Henri Guirchoum, avec Marie-France Etchegoin, Sylvie Véran et Elisabeth Badinter, François de Closets, France, Gublin, Tony Lainé, Christiane Rochefort.
50 00 enfants maltraités chaque année en France. Peut-être plus. Des centaines de morts. Une horreur qui fait partie du quotidien. Pourtant, il n'y a pas de fatalité. La riposte s'organise. Lundi 27 mars, le magazine "Médiations", sur TF1, sera consacré aux violences sexuelles sur les enfants, sujet longtemps tabou. "l faut en parler", nous déclare le garde de Sceaux, Pierre Arpaillange. Mais dénoncer ne suffit plus : il faut donner aussi aux enfants des armes pour se défendre. C'est pourquoi "le Nouvel Observateur" a décidé d'appuyer une proposition de loi mise au point par Jacques Barrot, ancien ministre de la Santé. Son but : que les enfants, devant les tribunaux et au besoin contre leurs parents, aient droit à l'assistance d'un défenseur. Un pas important, pour que les enfants cessent d'être considérés comme des objets.
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°°/ Rochefort la colère
°°°/ "Une émission de salubrité publique" par François de Closets
°°°°/ La parole qui sauve par Pierre Arpaillange – garde des Sceaux

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21 mars 1989

°°/ Rochefort la colère – Le Nouvel Observateur 21-29 mars 1989

Avec sa plume, l'auteur de « la Porte du fond » se bat contre la violence des adultes.

« C'est tellement facile de tuer un môme. C'est comme un oisillon, il suffit de serrer le cou. Qui fait ça ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas les gens qui commettent ces atrocités. J'ai le sentiment qu'aujourd'hui, les enfants sont menacés de toute part. »
Révoltée, Christiane Rochefort ? Oui, toujours. Dans la douzaine de romans qu'elle a écrits (parmi lesquels « Les Stances de Sophie », « Les Petits Enfants du siècle »), elle a souvent mis en scène des personnages d'enfants ou d'adolescents confrontés à la vie violente, celle des familles, celle des villes. En 1976, elle a publié « Les enfants d'abord » (chez Grasset), un essai où, sur le ton du pamphlet, elle dénonçait l'injustice de la condition des enfants, essentiellement fondée, selon elle, sur une relation de dépendance.
L'autre soir, dans sa petite maison parisienne, elle refeuilletait ce livre. Dans les marges jaunies, des notes au feutre rouge. Non, elle n'en changerait pas une ligne si elle devait le récrire. « Vous savez il n'y a pas si longtemps, dans la législation américaine, les enfants étaient considérés comme patrimoine de la famille, au même titre que les biens mobiliers ou immobiliers. C'est ni plus ni moins que la reconnaissance officielle du droit de cuissage ! »

Christiane Rochefort assure avoir eu une enfance très heureuse. « Pour moi, dit-elle, c'était toujours bleuets et coquelicots. » Pourquoi, dans son oeuvre, une vision si noire de la famille ? Dans son dernier roman, « la Porte du fond » (prix Médicis 88, Grasset), elle raconte l'histoire d'une petite fille de 9 ans violée par son père. Un calvaire silencieux. Etouffé par le rouleau compresseur de la morale sociale. « Ce n'est pas un récit qui m'a été inspiré par un fait réel, précise Christiane Rochefort. L'idée m'en est venue après la lecture d'un essai consacré à Freud.


L'inceste est pour moi la pire des violences. C'est un crime que l'on tait parce qu'il faut sauver l'honneur, maintenir l'illusion des apparences, alors que tout le monde est complice. Avant de commencer à rédiger ce roman, j'avais lu un livre de Louise Armstrong, "Kiss Daddy, Good Night" ("Bisous papa, bonne nuit"). L'auteur avait créé un cabinet de paroles où les femmes venaient raconter ce qui leur était arrivé. Et à chaque fois, c'était le même schéma, celui du papa qui commence à faire joujou avec sa fille ; jusqu'au jour où... Elle relatait notamment l'histoire incroyable d'un père de famille qui avait fait cinq enfants à sa fille aînée. Cinq, vous vous rendez compte ! Et l'affaire n'a éclaté que parce qu'il avait commencé à entreprendre une autre de ses filles, plus jeune encore. C'est cette dernière qui a tout révélé. Et vous savez ce que ce père a dit le jour du procès à cette gamine : « Tu vas voir, toi ! » Qu'est-ce qu'elle allait pouvoir voir encore ? C'est fou, non ! »

Comment expliquer cet aveuglement, cette haine ? Pour Christiane Rochefort, tout vient de ce qu'elle appelle « le déni de l'expérience » (Tu as vu rouge ? Non, c'est vert).

« On nie la violence morale qui s'exerce sur les gosses. On cultive l'image de leur innocence, on accroît leur dépendance, fût-elle morale ou sociale. Quels moyens ont-ils de se défendre ? Aucun. Ils sont balancés dans un univers où la violence, et ça c'est grave, est devenue une valeur. J’ai vu une publicité dans un journal où pour vendre une voiture on vantait « le goût de la force ». Comment peuvent-ils assumer ça, les gamins ? Quand ils sont battus, martyrisés par leurs parents, ils n'ont pas le choix. Ils sont un peu comme ces petits chatons qui reçoivent des coups de patte de leur mère. Ils continuent à la suivre parce que c'est là qu'ils ont à bouffer. Ils finissent par se résigner, ils pensent que c'est ça l'amour ! Moi, je crois que l'enfant maltraité qui a le courage de haïr peut s'en sortir. La haine, c'est sa seule planche de salut. »
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