« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

24 avril 2009

André Gide : Souvenirs de la cour d'assise – 1912

Deux témoins aux assises

Article
publié le 24 Mai 2009
Par Pascale Robert-Diard

Source : LE MONDE
Taille de l'article : 695 mots

André Gide juré, Jean Giono chroniqueur de l'affaire Dominici : la littérature dans les prétoires.
Rouen, mai 1912. Parmi les jurés tirés pour la session de la cour d'assises figurent un notaire, un architecte, un instituteur retraité,
plusieurs commerçants, des ouvriers, des cultivateurs et André Gide. L'écrivain a 42 ans. Il a insisté auprès du maire de sa commune pour être inscrit sur la liste. Les tribunaux, confiait-il, avaient toujours exercé sur lui « une fascination irrésistible ». L'expérience allait le marquer au-delà de ce qu'il pressentait.
…/…
« A présent, je sais par expérience que c'est une tout autre chose d'écouter rendre la justice ou d'aider à la rendre soi-même. Quand on est parmi le public, on peut y croire encore. Assis sur le banc des jurés, on se redit cette parole du Christ : Ne jugez point. (…) A quel point la justice humaine est une chose douteuse et précaire, c'est ce que, durant douze jours, j'ai pu sentir jusqu'à l'angoisse. »
…/…
Il y a cet homme, accusé du viol d'une fillette de 7 ans.
« J'ai déboutonné ma culotte et puis je le lui ai mis dedans.
– Et alors vous vous êtes livré sur elle à un mouvement de va-et-vient que la petite dit avoir duré fort longtemps.
– Oh ! non, monsieur le Président, pas plus de dix minutes. (…)
– Avez-vous (quelque chose à ajouter ? Exprimez-vous) des regrets ?
– No
n, m'sieur le Président. »
Il est évident pour moi que l'accusé n'a pas compris la seconde question, ou qu'il répond seulement à la première.

La petite vient à la barre, « on la fait monter sur une chaise pour qu'elle soit à la hauteur où la Cour est juchée, et que le président puisse entendre ses réponses ».

…/…
L'interrogatoire est achevé. Le malheureux fait de grands efforts pour suivre le réquisitoire de l'avocat général, dont on voit qu'il ne comprend de-ci de-là que quelques phrases. Mais ce qu'il comprendra bien tout à l'heure, c'est qu'il est condamné à huit ans de prison.

André Gide désigné comme jury raconte (à une époque où la loi n'interdisait pas de publier son témoignage) comment une fillette violée par son père monte sur une chaise pour se rappocher de l'oreille du juge sourd et exprime en criant ce qu'elle a subi. Tout le monde rigole et dit qu'on perd son temps avec ce phénomène si fréquent dans nos campagnes. Le père dit qu'il regrette et ne sera pas puni.
Préface de Boris Cyrulnik

Où Monsieur Cyrulnik a-t-il pris les mots et phrases que j'ai relevés en vert ?

J'ai rajouté en mauve les passages de la chronique d'André Gide permettant une compréhension totalement différente de celle de Boris Cyrulnik. E.T.
Rendez-vous sur Hellocoton !

10 avril 2009

Suisse – La survalorisation du droit pénal

Les pourfendeurs du nouveau Code pénal accordent une importance démesurée à la sévérité de la peine

Comme l’écrit François Ost, « tout se passe comme si, plus préoccupés désormais d'être en sécurité que de bénéficier d'une authentique liberté, nous en appelions au glaive pénal protecteur, là où, hier encore, nous le tenions à distance » (in Les droits de l'homme, bouclier ou épée du droit pénal?, éd. Bruylant). Aujourd’hui peut être plus que jamais, nous aimons le droit pénal.
…/…
Sous ce double effet, le procès pénal a subi un nouveau glissement, délétère : l’atteinte aux valeurs collectives que représente l’infraction s’efface peu à peu au profit du tort causé à la victime. Plus ce dernier est grand, plus la peine devrait être sévère : souffrance pour souffrance, préjudice pour préjudice. On transforme ainsi la société en une société de justiciers, en opérant une forme de privatisation de l’action publique. Si, pour l’Etat aussi, la sanction pénale est une réparation du préjudice subi par la victime, alors je me sens légitimé à me faire justice moi-même.
…/…
On sait pourtant que des peines plus sévères ne diminuent pas la criminalité: les meurtres ne sont pas moins nombreux dans les pays qui pratiquent la peine capitale. Pis, comme le relève le professeur Kuhn dans Le Temps (8.4.09), la sévérité des sanctions peut augmenter la criminalité en raison du phénomène de « brutalisation ». Une société qui résout ses problèmes par la violence d’Etat incite ses membres à faire de même. Des peines plus sévères sont donc en général inefficaces, voire contre-productives.
…/…
Alex Dépraz - 10-04-2009 - Politique fédérale - DP n° 1820
Rendez-vous sur Hellocoton !

8 avril 2009

Esprits criminels Saison 4 Épisode 20 Double personnalité/Conflicted

1ère diffusion États-Unis : 08/04/2009.
Réalisateur : Jason Alexander.
Scénariste : Rick Dunkle.
Apparitions : Allen Perada (Mark Harrison ), Jackson Rathbone (Adam Jackson ), Michael Hyatt (Dr. Ticona Roberts), Natalie Elizabeth Marston (Madison Cooke), Patrick John Hurley (Michael Browder ), Rick Malambri (Dan Keller ), Roma Maffia (Detective Reese Evans ), Susan Ward (Julie), Brett Novek (Carl Cade ), Brian Borello (Mec ), Milissa Skoro (Amanda ), Schoen Hodges (Nic Prosser),
Synopsis
L'équipe d'esprits criminels se rend sur l'île de South Padre Island (Floride), pour enquêter sur les agissements d'un tueur en série. Celui-ci s'attaque exclusivement à de jeunes étudiants, venus sur cette côte paradisiaque, pour passer quelques jours de vacances. D'après les premiers éléments de l'enquête, les victimes ont été violées avant d'être assassinées.
___________________

Créateur : Jeff Davis.
Producteurs exécutifs : Edward Allen Bernero, Mark Gordon.
Année de création : 2005. Année de 1ère diffusion : 2005.
Nombre de saisons : 5.
Nombre d'épisodes : 105.
Genre : Policiers / judiciaires.
Lieu de l'action : Washington, D.C.
District de Columbia.
Titre VO : Criminal Minds.
Pays d'origine : États-Unis.
Durée moyenne d'un épisode : 42 min.
_________________
Autres épisodes d'Esprits criminels
Esprits criminels – /Criminels minds – Reckoner : Saison 5 épisode 3
Esprits criminels Saison 5 Épisode 20 A Thousand Words

Rendez-vous sur Hellocoton !

4 mars 2009

Forrester Viviane : Virginia Woolf

Page 13

Ce monde devenu palimpseste et que poètes, peintres, musiciens, penseurs de toutes sortes s'acharnent à discerner en son texte initial, c'est au niveau des apparences qu'il subjugue Virginia : dès l'âge de treize ans, à la mort de sa mère – puis dans un climat incestueux créé surtout par son père, mais aussi au rythme de deuils précoces et successifs –, oui, dès l'enfance, les repères du monde habituel, habitable et admis, menacent de lui échapper, de lui faire perdre pied. Elle a très vite perçu d'autres sens, issus de la perte de tout sens, d'autres possibilités, un univers éclaté. Le retour au quotidien, au monde usité, rationnel et prédit, devait lui sembler aussi étrange, fragile et dangereux que les terrains chaotiques, proches de l'égarement. Le retour à la banalité devait lui sembler plus insolite, énigmatique et chargé de magie que l'explosion des limites. Et certaines cohérences plus fantastiques que le chaos. D'où sa fascination pour l'effervescence mystérieuse de l'instant en sa plénitude, en sa fragilité, en cette réalité, même triviale, brièvement fusionnée au réel et qui figure peut-être, dangereusement, la beauté. Qui supplée au divin : « Il n'y a pas de Dieu. Nous sommes les mots, nous sommes la musique. Nous sommes la chose même. »


Page 15-16

Leonard Woolf a fait accepter son point de vue sur elle par Virginia elle-même sans la convaincre, mais il a su convaincre leur entourage. Et même entraîner avec lui la postérité, grâce à la première biographie documentée de Virginia, non seulement « autorisée » mais commandée, pratiquement dictée par lui à son neveu Quentin Bell. Non pas dictée physiquement : elle n'a paru, et à grand bruit, qu'en 1972 ; Leonard, mort trois ans plus tôt, n'avait lu que les tout premiers chapitres de cet ouvrage, dont l'étoffe avait été, cependant, longuement, patiemment tissée par lui depuis des dizaines d'années, dès les débuts de son mariage avec Virginia.

Le plus révélateur dans cette biographie ? Le ton condescendant de Bell pour parler de sa tante en scotomisant l'écrivain, dont il aimait à dire, non sans coquetterie, qu'il connaissait mal l' œuvre. Revanche instinctive (et que nous retrouverons souvent) chez les survivants de Virginia, entre autres chez Vanessa, sa sœur et rivale bien-aimée, qui était aussi la mère de Quentin : pouvoir enfin disposer de Virginia Woolf, lui intimer respectueusement, officiellement quelque déconsidération camouflée en familiarité ; la comparer avec indulgence, ironie (ici bonhomie) à l'image supposée « normale » qu'elle ne figurait pas. Séparer l'écrivain et la femme pour éviter l'un ou rabaisser l'autre. Avant tout, la banaliser et ridiculiser ses lacunes supposées en regard de cette banalité qu'elle n'intégrait pas. Et, par là, en sens contraire, la marginaliser autoritairement. La remettre, en somme (ou plutôt la mettre et publiquement), à ce que l'on avait toujours espéré être sa place. Et qui le demeurerait en partie – une fois les idées fixes, les justifications, les conclusions de Leonard définitivement homologuées, ratifiées légitimes.

Elle, « un génie », par là d'autant plus excentrique et naïve, folle par intervalles, en permanence mentalement fragile, mythomane sur les bords, frigide qui plus est. La permanence, la force, les prodiges de son travail passant au second plan.

Et lui, en toile de fond, faisant figure de sérieux, d'homme stable, protecteur, de mari sexuellement sacrifié aux inhibitions de sa femme, voué à son sauvetage, veillant sur son œuvre et la permettant.


Page 123

À cinquante-sept ans comme à vingt-sept, elle tourne et tourne et retourne autour des mêmes événements, sans en venir à bout. Et, au centre, on ne trouve pas Julia, mais Leslie. C'est lui qui hantera jusqu'à la fin Virginia déchirée entre la haine, l'amour, surtout le refoulement. C'est lui qui figure le péril. Le mentionne-t-elle dans son Journal, fût-ce en passant, fait-elle seulement mention des montagnes, en particulier des Alpes, le domaine de Leslie Stephen, et, quelques lignes ou quelques pages plus loin, quelques jours, c'est la dépression. Manifeste. On songe d'abord au hasard, mais non, c'est systématique.

Page 124
_______________________________
D'autres billets sur Virginia Woolf

Ta vie sauvée enfin par Alice Miller

Rendez-vous sur Hellocoton !

23 février 2009

Les traumatismes dans l'enfance modifient un gène lié à la réponse au stress dans Psychomédia


Psychomédia avec source:
Science Daily
Les traumatismes dans l'enfance peuvent altérer la façon dont le cerveau réagit au stress, suggère une étude canadienne publiée dans la revue Nature Neuroscience. L'analyse des tissus cérébraux d'adultes qui se sont suicidés a montré des changements génétiques chez les personnes ayant souffert d'abus à un âge précoce. Ces changements affectent la production d'un récepteur impliqué dans la réponse au stress. Cette étude suggère que les expériences de l'enfance, alors que le cerveau se développe, peuvent avoir un impact à long terme sur la façon dont une personne répond aux situations stressantes.
Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo Psychomédia
Rendez-vous sur Hellocoton !

17 février 2009

Inceste dans le code pénal : comment les parlementaires en viennent à l’inflation législative

Par Maitre Michele Fourtanier le 17/02/09

A l'occasion du rapport de la députée UMP Marise-Louis Fort, on voit resurgir la proposition d'« inscrire l'inceste dans le Code pénal ». La proposition n'est pas nouvelle, tout comme l'argument : l'inceste ne serait pas réprimé en tant que tel, mais compris dans un tout avec les viols et agressions sexuelles.

La non pénalisation spécifique de l'inceste est pourtant loin de garantir son impunité :
• Si l'acte sexuel est consenti, sur un enfant de moins de 15 ans, l'incrimination d'atteinte sexuelle sur mineur de 15 ans prévu par l'article 227-25 du Code pénal est applicable, et sur un mineur de 15 ans ou plus, l'article 227-27 du même code réprime les atteintes sexuelles commises par les ascendants. Dans l'hypothèse où l'auteur des atteintes est titulaire de l'autorité parentale, l'article 227-28-2 impose au juge de se prononcer sur le retrait total ou partiel de cette autorité ;
• Si l'acte sexuel n'est pas consenti, celles d'agression sexuelle (article 222-27) et de viol (article 222-23) trouvent à s'appliquer, d'autant que le fait que ces infractions soient commises par un ascendant est un circonstance aggravante (respectivement 222-28 et 222-24). Si l'auteur du viol ou de l'agression sexuelle détenait l'autorité parentale sur la victime, l'article 222-31-1 du même code impose au juge de statuer sur le retrait total ou partiel de cette autorité.

Qu'apporterait dès lors l'inscription de l'inceste dans le Code pénal ? Une reconnaissance symbolique de ce qu'ont subi les victimes d'inceste non consenti ? On peut penser que cette reconnaissance de la qualité de victime est déjà assurée par une condamnation au titre d'une des infractions précitées. Une pénalisation systématique de l'inceste, y compris entre majeurs consentants ? On peut s'interroger sur la légitimité d'une telle disposition, alors qu'existent déjà des sanctions civiles (empêchement à mariage, interdiction d'établir le lien de filiation) et sur sa conventionalité au regard de l'article 8 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés Fondamentales qui garantit le droit à la vie privée familiale.
Au final, regrettons :
• que nos députés continuent à penser que la création d'une infraction spécifique de plus permettrait de régler un comportement quand ce comportement est déjà réprimé par le droit existant,
• que nos parlementaires continuent à produire des lois de communication ,
quand des questions bien réelles, comme la situation dans les prisons et lieux de détention, pourraient utilement bénéficier de leur attention.
Rendez-vous sur Hellocoton !

12 février 2009

Les violettes sont les fleurs du désir par Ana Clavel – relation incestuelle Père/fille

François Gaudry (Traducteur)
Broché
Paru le : 12/02/2009
Editeur : Métailié
EAN : 9782864246749
Nb. de pages : 105 pages
Poids : 160 g
Dimensions : 14cm x 21cm x 1cm
Julian Mercader, héritier d'une fabrique de poupées, éprouve du désir pour sa fille Violeta.
Angoissé à l'idée de passer à l'acte, il crée une série de poupées, les Violettes, qui lui servent de substitut. Mais ces Violettes, présentées lors d'une foire internationale, commencent à incarner les fantasmes de nombreux clients qui passent des commandes extravagantes. Le succès de l'entreprise fait de Julian la cible d'une société secrète. Et il finira par découvrir plus pervers que lui... Ce récit d'une sublimation est remarquable à plusieurs titres.
Par son climat mystérieux, captivant, plus suggestif qu'explicite, servi par un art subtil de provoquer le trouble qui n'est pas sans rappeler Cortazar et Nabokov. Mais il l'est surtout par une écriture tenue de bout en bout, souple, insinuante, sans faiblesse ni complaisance. Remarquable aussi le talent d'Ana Clavel d'inscrire mezza-voce, par la bouche de son personnage mais sans jamais alourdir le déroulement de l'intrigue, une méditation poétique sur l'art de Hans Bellmer, le désir, les parfums, la folie.
Un roman singulier et délicatement scandaleux.
________________
Autres billets sur Les Violettes sont les fleurs du désir

La blessure dans les Violettes sont les fleurs du désir de Ana Clavel
Rendez-vous sur Hellocoton !

La Chronique d'Alain-Gérard Slama Eloge de la prescription

France culture
jeudi 12 février 2009

8h25 : La chronique d'Alain-Gérard Slama
Eloge de la prescription
Rendez-vous sur Hellocoton !