« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

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11 mars 2012

Film – Ma mère de Béatrice Roman

2006 - 0h47 - Un film de Béatrice Romand
Ma mère est une petite bonne femme aux yeux noirs, bourrée d’énergie.
Moi, face à elle qui veut tellement vivre qu’elle ne me voit pas, je suis toujours petite, toujours tremblante, essayant de naître par mon art.
« MA MERE » est un documentaire de création de 47 minutes.
Il parle de tabous, d’inceste et de la maternité reliée à la sexualité.
Il parle de la réalité. Il parle de réalisation.
Il parle du soleil de l’Algérie.
Il traite de ce nœud gordien de l’amour : la relation mère/fille.
Le sujet du film se résoudrait à l’extrême dans cette question : Comment, à l’heure actuelle, une mère aimante peut dire à sa fille :
Prostitue-toi ?
Les personnes qui l’ont vu ont toutes été remuées dans leur propre histoire, elles éprouvent à la suite de la projection l’envie de parler d’elles.
Michel Ciment, Isabelle Huppert, Eric Rohmer, et bien d’autres anonymes, soutiennent le Film.
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7 novembre 2011

Affaire Outreau – Myriam Badaoui a été libérée – Battue par son père et violée par son oncle

7 novembre 2011
Par Jean-Michel Décugis, Adriana Panatta et
La mère, condamnée à 15 ans de prison pour "viols" dans l'affaire Outreau, a été libérée à la mi-septembre.
Myriam Badaoui, condamnée dans l'affaire Outreau à quinze ans de prison pour "viols", est désormais libre. Selon une source judiciaire, la mère de famille, en prison depuis février 2001, a bénéficié d'une liberté conditionnelle à la mi-septembre. Ce qu'a confirmé au Point.fr son avocat, Me Jérôme Crépin : "Ma cliente a bénéficié de la remise classique de peine que l'on accorde à tout détenu qui travaille en prison et dont le comportement est irréprochable. La seule restriction à sa libération, c'est qu'elle n'a pas le droit d'évoquer publiquement l'affaire durant un an", affirme l'avocat.
Selon son conseil, Myriam Badaoui aurait changé en prison. La mère de famille a bénéficié d'une thérapie psychiatrique et suivi une formation en hôtellerie-restauration. Reste que, pour l'instant, Myriam Badaoui ne parvient pas à trouver de travail. "Ma cliente a le droit à l'oubli, comme tout être humain", martèle Me Crépin. "Elle veut qu'on arrête de la fustiger. Lors de certaines permissions de sortie à Rennes, quand elle montrait sa carte de transport dans le bus, il y avait toujours un chauffeur pour dire son nom tout haut et provoquer les mauvaises plaisanteries."
Enfance difficile
Sans Myriam Badaoui, il n'y aurait sans doute pas eu d'affaire Outreau. Même si la mère de famille n'est pas à l'origine des accusations lancées contre les fameux "notables" qui ont été emprisonnés, puis blanchis par la justice, elle a confirmé tout ce que disaient ses enfants, mais aussi certains autres mis en examen dans le dossier.
Battue par son père et violée par son oncle, Myriam Badaoui a eu une enfance difficile. Originaire d'Algérie, elle a quitté son pays pour atterrir dans une famille d'accueil qui la maltraitait également, avant de s'amouracher de Thierry Delay, également condamné dans l'affaire Outreau. Depuis sa sortie de prison, Myriam a revu certains de ses enfants avec lesquels elle essaie de renouer des liens...
Pour lire l'article, cliquez sur le logo du Point.fr
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Autres billets de Jacques Thomet sur l'affaire d'Outreau et Chérif Delay
1/ Outreau : ce scandale rebondit avec un colloque sur la parole des 15 enfants violés
2/ Outreau : les 13 acquittés ne sont pas tous innocents, mais 12 enfants ont tous été violés par Jacques Thomet
3/ Les 10 ans d’Outreau : pour la première fois, l’un des 12 enfants victimes maintient ses accusations
4/ Outreau : 2 des acquittés sont en garde à vue – maltraitances sur deux de leurs enfants de 10 et 11 ans qui leur ont été retirés par Jacques Thomet
6/ Outreau - L'aîné des enfants martyrs Chérif alias Kévin, confirme ses accusations
7/ Outreau – Chérif Delay : le juge Fabrice Burgaud a été une « victime »
8/ Les pédophiles ont pignon sur rue en France, et plus que jamais depuis Outreau
19/ 4 des acquittés d'Outreau sont mis en cause par l'IGAS
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Autres billets sur les enfants d'Outreau
Outreau : Abus sexuel « argument fallacieux » comme un abus d’alcool, entre misogynie et enfants sataniques, dans le déni et l’ignorance
Outreau : Définition des négationnistes qui nient les viols par inceste transgénérationnels
5 mai 2011 : Ignorance des conséquences des viols par inceste transgénérationnels dans le Nouvel Observateur
Outreau : les enfants ont menti ! les nouveaux criminels
Justice : combien d'Outreau ? par Gilles Sainati
Outreau : la parole des enfants toujours en question par Maitre Rosenczveig
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Autres billets sur Myriam Badaoui
Affaire Outreau – Myriam Badaoui : "C'est comme si j'avais deux personnalités en moi"
Outreau – Myriam Badaoui, ou l’impossible oubli – la femme au regard noir, vide d’expression
Myriam Badaoui est sortie de prison par 24/24actu
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15 juillet 2011

L'heure du bain a sonné ! – questionnement sur la mère – sur le blog : Mon enfance meurtrie

15 juillet 2011
A ce jour, je me demande pourquoi elle trouvait cela normal. je veux dire par là, pourquoi elle ne me surveillait pas et trouvait naturel que mon beau-père me touche, et ce, jusqu'à mes treize ans révolus ?
Comment ne pas se douter surtout si la porte est fermée ?
Il n'y a qu'une réponse qui me vient à l'esprit quand j'écris cela, elle le savait qu'il me touchait et cela devait lui convenir. Fermer les yeux afin de pouvoir continuer sa vie sans se soucier d'une bonne à rien qu'elle n'avait jamais voulu. Je n'étais qu'un boulet à ses yeux. De me dire que celle qui m'a fait naître n'éprouvait aucun sentiment à mon égard, me déchirait le cœur. Je n'étais pas un cadeau du ciel. Afin d'être punie elle m'a donné à ce montre pour avoir la paix et de pouvoir continuer à vivre comme si de rien n'était, tranquillement.
Je sursautais quand je le vis pénétrer dans ma chambre pour me tirer de force par mes cheveux châtains longs afin de m'emmener dans la salle de bains.

Il m'ordonna de me déshabiller. Un nuage de terreur emplit tout mon corps. Une fois de plus, je me retrouve seule avec lui et je ne suis point rassurée. Il me fusille de son regard noir qui me donne la chair de poule. Je prie tout en espérant un miracle mais il ne se passe rien. Je recommence tout en obéissant à mon tortionnaire. Je suis tétanisée. Transie de froid, tremblante, j'ôte mes vêtements que je pose délicatement dans le panier à linge. Je n'ai qu'une envie : HURLER ! Oui, crier de toutes mes forces : "AU SECOURS !". Aucun son ne peut sortir de ma bouche. J'ai la gorge nouée, serrée : "Seigneur, si tu m'entends viens à mon aide. Je t'en conjure, je ferais tout ce que tu veux mais pas ça ! Empêche-le de me toucher". D'un coup, je l'entends me dire :
Tu vas te dégrouiller, oui ? Je n'ai pas que ça à faire, sale gosse. Je dois m'occuper de tout dans cette baraque !
Pour lire le témoignage et sa suite, cliquez sur le logo de Mon enfance meurtrie
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12 octobre 2010

Inceste maternel : l'amour en plus par Caroline Eliacheff

26/07/2004
Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, psychanalyste.
Statistiquement, 90 % des actes pédophiles sont commis par des hommes et 10 % seulement par des femmes. Pourtant, faits divers, publicité, livres à succès débordent d'incestes maternels, au pluriel et sans explication.
L'inceste mère-fils est rarement sanctionné et l'inceste mère-fille avec passage à l'acte reste exceptionnel. Or, deux femmes viennent d'être condamnées pour actes pédophiles sur leurs propres enfants et ceux de leurs voisins sans que le caractère exceptionnel de ces faits ait été remarqué.
Plus extraordinaire encore : les deux mères, Myriam Delay et Aurélie Grenon agissaient en groupe avec leurs compagnons et tous leurs enfants réunis. A la lecture des comptes rendus d'audition, il est quasi impossible de savoir si c'est un enfant ou une adulte qui parle.
Myriam Delay ­ la principale accusée Ñ ne parle pas comme une enfant trop bavarde, elle est une enfant. Elle n'a ni grandi et ni enfanté : elle a crû et s'est reproduite. Il n'y a aucune différence générationnelle perceptible entre parents et enfants dans ces familles. Rien ne les sépare, mais rien ne paraît non plus les unir.
En violant l'interdit de l'inceste après avoir elle-même été violée, Myriam Delay accède à la forme de toute-puissance particulière aux enfants de moins de trois ans, qui ­ justement ­ n'ont pas encore intégré l'interdit de l'inceste. Elle accuse, elle absout, elle dicte capricieusement sa loi sans que rien ne l'arrête. Et dire que la France entière s'interroge sur la crédibilité de la parole des enfants...

On ne recense en France que 10 % de femmes pédophiles parce qu'on se focalise sur l'acte sexuel, dont la trace peut valoir preuve en justice. Or l'inceste se définit par une autre caractéristique tout aussi importante : la formation d'un couple par exclusion du tiers.
Une relation mère/­fille (ou mère-fils) dont le père est exclu peut être qualifiée « d'inceste platonique », selon l'expression de Nathalie Heinich. En littérature, Hervé Bazin appelle « maternite » ce basculement d'une jeune épouse en mère absorbée par sa maternité, délaissant son mari et sa propre identité d'épouse, et troquant la sexualité conjugale contre la sensualité maternelle. En psychanalyse, Winnicott l'appelle « préoccupation maternelle primaire ».

A mesure que l'enfant grandit, l'inceste platonique prend la forme d'une emprise grandissante allant jusqu'à ce que la psychanalyste Alice Miller appelle « l'abus narcissique » : les dons de l'enfant sont exploités pour combler les aspirations insatisfaites ou refoulées d'une mère idéalement dévouée. Comme les filles deviennent rapidement parties prenantes de cette relation d'emprise, ce versant négatif de l'amour maternel est difficile à débusquer : comment et à qui se plaindre d'un excès d'amour ?
Quant au deuxième type d'inceste mère-fille, il s'appelle justement l'inceste du deuxième type. L'anthropologue Françoise Héritier l'a défini la première comme la relation sexuelle de deux consanguins avec le même partenaire, par exemple quand une mère et sa fille ont une relation sexuelle avec le même homme. Cette relation introduit « une intimité charnelle entre consanguins inconcevable, indicible autrement que par le sous-entendu des mots ». Ce type d'inceste ne fait pas l'objet d'une prohibition universelle, mais il n'est pas non plus clairement autorisé, puisque sa transgression provoque pour le moins un malaise.
Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo de Libération.fr

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2 août 2009

5/ Qui peut être la mère victime de sévices par Serge Tisseron ?

Page 34
En effet, quiconque a subi des sévices a enfermé à l'intérieur de lui-même l'image de son agresseur, mais aussi celle de lui-même en tant que victime. Il en résulte qu'il peut s'identifier, selon les moments, à l'une ou à l'autre. Les enfants agressés ne deviennent pas forcément des adultes qui agressent leurs propres enfants, et ils peuvent même devenir des parents victimes d'enfants tyran ! Et, s'ils se transforment en agresseurs, c'est souvent poussés par le désir désespéré de faire taire des plaintes qu'ils ne supportent pas car elles leur rappellent celles qu'ils ont poussées quand ils étaient eux-mêmes agressés. Les mères maltraitantes vis-à-vis de leur enfant, et qui ont été elles-mêmes maltraitées dans leur enfance, le racontent souvent. Lorsque leur enfant se met à hurler pour une raison qu'elles ne comprennent pas – ce qui est assez fréquent avec un bébé –, elles s'identifient massivement à l'enfant qui hurle de telle façon que cette souffrance résonne avec la leur d'une manière intolérable. Et c'est alors qu'elles courent le risque de malmener encore plus gravement leur enfant – parfois jusqu'à lui faire perdre connaissance – pour ne plus l'entendre.
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Autres billets de Serge Tisseron
1/ Serge Tisseron : La résilience – 2007
2/ Serge Tisseron : « Résilience » ou la lutte pour la vie
3/ Résilience "Que Sais-Je" : attention, dangers ! par Marie Bonnet

4/ La résilience par Serge Tisseron – Que sais-je ? – 2009
6/ Doit-on se sortir de l'inceste sans psy
7/ Existe-t-il un usage résilient d'Internet ?

8/ Le rôle de l'atruisme après l'inceste
9/ Le pouvoir des métaphores dans la résilience : le tricot
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1 février 2008

5/ Rita Hayworth et sa mère face aux viols par inceste

Page 35
Ces quelques remarques de Vernon jettent aussi un éclairage important sur le rôle énigmatique de la mère dans la famille. Les efforts de Volga pour protéger sa fille, en l'accompagnant à Agua Caliente et en dormant avec elle, suggèrent qu'elle était au courant des procédés d'Eduardo et qu'elle voulait y faire obstacle. Mais si elle comprenait vraiment ce qui arrivait à Margarita, pourquoi ne pas y avoir mis un terme définitivement ? Après tout, Volga a laissé sa fille continuer à vivre dans l'isolement et à danser à Tijuana pour subvenir aux besoins de sa famille. De plus, elle ne pouvait les tenir à l'œil vingt-quatre heures sur vingt-quatre; travaillant avec sa fille et vivant sous le même toit qu'elle, Eduardo n'avait qu'à attendre le moment où ils se retrouveraient seuls.
Là encore, les remarques de Vernon sont très révélatrices. Il parle de sa loyauté envers sa sœur lorsque brusquement il fait allusion à la dévotion de Volga à l'égard d'Eduardo : « C'est la même sorte de relation, je pense, que ma mère avait avec sa famille et spécialement avec mon père – c'est-à-dire la loyauté.

Je ne pense pas qu'elle pouvait l'expliquer, ni moi non plus, mais je sais ceci : Rita pourrait me couper une jambe et faire appel à moi le lendemain, je répondrais présent, cela, elle le sait fort bien. »
Margarita n'ignorait sans doute pas le degré de loyauté de son frère, mais si l'on tint compte de la violence de l'image utilisée par celui-ci, elle savait sûrement quelque chose d'autre : quels que fussent les tourments infligés par Eduardo à sa famille Volga demeurerait (« spécialement ») loyale envers son mari.
Confrontées à l'inceste dans leur famille, toutes les mères n'en font pas autant que Volga pour essayer d'y mettre un terme, mais bon nombre, dont Volga, demeurent partagées entre ce qu'elles doivent à leur mari et ce qu'elles doivent à leur fille (le mari venant presque toujours en premier). Aussi soucieuse qu'elles soient du sort de leur fille, maintenir l'intégrité de leur mariage et de leur famille est pour ces femmes la priorité absolue. Sans le mari, comment leurs enfants et elles-mêmes survivraient-ils ? Alcoolique, dénuée de tout pouvoir, économiquement dépendante, Volga est le type même de ces mères pour lesquelles il n'est pas question de sauver leur fille en plaquant leur mari. Ni, dans son cas, d'anéantir la source de revenus de la famille en séparant les Dancing Cansinos.
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Autres billets sur Rita Hayworth

1/ Livre - Rita Hayworth par Barbara Leaming
2/ Rita Hayworth par Barbara Leaming
3/ Rita Hayworth élevée sous l'emprise et les viols de son père
4/ Rita Hayworth demeurait une élève docile, anxieuse de plaire
6/ Rita Hayworth - Parfois elle ne pouvait s'empêcher de pleurer ouvertement devant les metteurs en scène et ses camarades de travail
7/ L'emprise : déjà à seize ans Rita Hayworth pensait sérieusement à se mettre entre les mains d'un protecteur d'un certain âge
8/ C'est ainsi que Rita Cansino devint Rita Hayworth, du nom de jeune fille de sa 
mère
9/ Tout en obéissant docilement aux ordres qu'on lui donnait, faisant exactement ce qu'on lui disait de faire, Rita Hayworth semblait s'éteindre
10/ Rita Hayworth fait preuve d'une assiduité et d'un amour du travail inhabituels
11/ Les tendances autodestructrices inconscientes qui trop souvent guidaient la conduite de Rita Hayworth
12/ Orson Welles & Rita Hayworth et l'alcoolisme
13/ L'image dévaluée qu'avait Rita Hayworth d'elle-même et son sentiment d'infériorité
14/ Ali Khan & Rita Hayworth et l'argent
15/ La dame de Shanghaï selon Barbara Leaming

Rita Hayworth et la maladie d'Alzheimer
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13 septembre 2005

13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère par Questions d’inceste

Page 121

La dénonciation représente une atteinte narcissique inimaginable pour la mère. Dénoncer, c'est étaler au grand jour l'intimité d'un fonctionnement familial qui se doit par essence de rester intime et privé. Le déballement public de l'inceste signe l'échec de sa relation conjugale et maternelle, comme si elle était prise en flagrant délit d'incapacité de satisfaire son mari qui lui a préféré sa fille et de protéger son enfant. Dans les deux cas il y a la marque infamante d'une culpabilité qui atteint et blesse profondément son image.

Cela renvoie chez ces mères à la nature et à la qualité de leur narcissisme primaire, seule assise psychologique capable de leur permettre d'aller au-delà de leur honte pour sauver leur fille. S'il a été défaillant et n'a pas permis l'accès à une identification féminine et maternelle « suffisamment bonne », il ne leur permettra pas de s'oublier pour se mettre au service de l'enfant, fût-ce au prix du sacrifice de leur image. Dénoncer, c'est en quelque sorte s'accuser et du coup perdre toute estime de soi. Privées au départ d'une bonne image intériorisée d'elles-mêmes, elles ont un besoin farouche, vital de la retrouver dans le regard de l'autre. Ne se reconnaissant pas de valeur interne, elles ne peuvent la trouver qu'à l'extérieur, dans la confiance de l'autre. Il ne saurait donc être question qu'elles donnent l'occasion de se faire mal voir, ce qui entraînerait leur effondrement dans la honte et la dépression.

La résistance à la découverte de la réalité de l'inceste et à sa dénonciation procède de cette tentative désespérée de survie et de maintien d'un narcissisme de façade qui se craquelle et contient mal les angoisses que ces mères sentent resurgir comme de nouvelles menaces d'anéantissement.

L'intériorisation de la souffrance de l'enfant est-elle pour autant totalement absente ? La honte du narcissisme blessé empêche-t-elle toute réelle culpabilité ? Nous ne le pensons pas. Il est simplement question d'un subtil équilibre instable entre l'intérêt de son image et celui de sa fille. La faille initiale se traduit par une inhibition anxieuse, un laisser-faire et une attente désespérée et infantile pour qu'un autre le fasse à sa place. Cette difficulté à dénoncer est à l'image de l'infantilisme du père séducteur qui a conscience de l'anormalité et de la gravité de ses actes mais qui ne peut s'empêcher de les commettre et qui attend qu'une autorité supérieure vienne l'arrêter.

La victime semble l'avoir compris. Est-ce alors pour protéger sa mère ou au contraire parce qu'elle la méprise et la juge incapable de la croire et de la protéger qu'elle révèle l'inceste à une autre? Ou est-ce la honte et la culpabilité de parler de ça avec elle qui la poussent à dévoiler à l'extérieur ce secret de famille ? Nous sommes là dans cette problématique de la honte, de la culpabilité, de la confiance, du narcissisme blessé et chaque cas est alors singulier dans la façon dont il se traitera, privilégiant telle ou telle inclination selon des lignes de force structurellement déjà établies et toujours différentes les unes des autres.

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Autres billets sur le livre Questions d'inceste
1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur

14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
20/ Deux sœurs dans les viols par inceste
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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9 septembre 2005

9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste par Question d'inceste

Page 83
Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste, subissent, de la même manière que leur fille, avec la même révolte infantile qui permet de déplacer sur les professionnels toutes les haines et les rancœurs accumulées jusque-là.
Ce refus de parole au médecin s'inscrit dans la continuité d'un manque de parole bien antérieur et qui a marqué leurs relations familiales depuis plusieurs générations.

Venir parler les « saoule » parce qu'elles vont être « obligées de répéter encore une fois les mêmes choses ». Il y a dans cette formule – « être obligée de répéter » – toute la problématique de la place de la parole dans leur vie, comme s'il suffisait de dire une fois les choses, comme s'il y avait même besoin de les dire. On ne parle pas des choses qui fâchent. Quand on a été élevé dans les coups, dans l'absence de mots et dans la confusion, on ne perçoit pas les avantages du discours et du « parler vrai ». Alors venir parler pour dire quoi ? Pour répéter quoi ? Ce vécu d'« injonction à la répétition » n'est que la continuité de l'impossibilité d'investir une parole subjectivante, ouvrant à une réelle communication. Ces mères défaillantes se vivent comme sans valeur. Leurs émotions, leurs sentiments, leurs désirs, leurs craintes, elles n'en ont jamais parlé alors, faute de mots, cela reste confus dans leur tête et cette confusion imprègne tout le système familial grâce à l'échange de quelques informations factuelles nécessaires pour ne pas sombrer dans le chaos total. Parler de soi est presque indécent, comme si le soi se résumait à une enveloppe physique vide de tout intérieur. Parler, c'est bien pour dire des choses pratiques, mais pas pour exposer son intimité qui, de toute façon, faute des mots nécessaires pour l'exprimer, n'est qu'un amalgame disparate de vécus réactionnels sans ordre et sans direction. L'inceste est le fruit de cette désorganisation de la pensée qui ne s'est pas donné ou n'a pas reçu les mots pour définir son identité. La confusion de la pensée entraîne celle des mœurs du système familial. Il n'y a que la loi du désir immédiat et égoïste qui prévaut, en dehors de tout respect de l'autre et de toute limite. Ce sont bien sûr alors les plus faibles qui souffriront, les femmes et les filles. Le discours ne peut être qu'au service d'une manipulation et d'une instrumentalisation de l'autre. L'incapacité de parler de soi apparaît comme la marque d'un interdit primaire, un manque de sécurité narcissique primitif qui ne permet pas de s'engager dans un véritable échange. Ce trouble rend impossible l'investissement du discours de l'enfant qui à son tour ne l'investira pas comme moyen d'expression.

L'incrédulité des mères au dévoilement de l'inceste procède en partie de ce manque d'investissement et de croyance dans les vertus de la parole. Dire des choses qui relèvent de l'intimité la plus secrète ne se fait pas, car ces mots-là sont tabous. Dans ces familles au conformisme absolu autour de la pudeur de l'intime, le dévoilement de l'inceste a un côté irréel et scandaleux. C'est une transgression du code du langage et de l'honneur qui suscite aussitôt un réflexe d'incrédulité et d'hostilité devant cette menace de remise en question fondamentale de la famille, ce qui est impensable.

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Autres billets sur le livre Questions d'inceste

1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur

13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
20/ Deux sœurs dans les viols par inceste
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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26 juillet 2004

Inceste maternel : l’amour en plus par Caroline Eliacheff

LA CAUSE DES HOMMES
Inceste maternel : l’amour en plus.
Caroline Eliacheff
Libération, 26 juillet 2004
C’est toujours au nom de l’amour parental que les pires transgressions sont justifiées Inceste maternel : l’amour en plus
Statistiquement, 90% des actes pédophiles sont commis par des hommes et 10% seulement par des femmes. Pourtant, faits divers, publicité, livres à succès débordent d’incestes maternels, au pluriel et sans explication. L’inceste mère-fils est rarement sanctionné et l’inceste mère-fille avec passage à l’acte reste exceptionnel. Or, deux femmes viennent d’être condamnées pour actes pédophiles sur leurs propres enfants et ceux de leurs voisins sans que le caractère exceptionnel de ces faits ait été remarqué. Plus extraordinaire encore : les deux mères, Myriam Delay et Aurélie Grenon agissaient en groupe avec leurs compagnons et tous leurs enfants réunis. A la lecture des comptes rendus d’audition, il est quasi impossible de savoir si c’est un enfant ou une adulte qui parle. Myriam Delay – la principale accusée – ne parle pas comme une enfant trop bavarde, elle est une enfant. Elle n’a ni grandi et ni enfanté : elle a crû et s’est reproduite. Il n’y a aucune différence générationnelle perceptible entre parents et enfants dans ces familles. Rien ne les sépare, mais rien ne paraît non plus les unir. En violant l’interdit de l’inceste après avoir elle-même été violée, Myriam Delay accède à la forme de toute-puissance particulière aux enfants de moins de trois ans, qui justement n’ont pas encore intégré l’interdit de l’inceste. Elle accuse, elle absout, elle dicte capricieusement sa loi sans que rien ne l’arrête. Et dire que la France entière s’interroge sur la crédibilité de la parole des enfants...
On ne recense en France que 10% de femmes pédophiles parce qu’on se focalise sur l’acte sexuel, dont la trace peut valoir preuve en justice. Or l’inceste se définit par une autre caractéristique tout aussi importante : la formation d’un couple par exclusion du tiers. Une relation mère-fille (ou mère-fils) dont le père est exclu peut être qualifiée « d’inceste platonique », selon l’expression de Nathalie Heinich. En littérature, Hervé Bazin appelle « maternite » ce basculement d’une jeune épouse en mère absorbée par sa maternité, délaissant son mari et sa propre identité d’épouse, et troquant la sexualité conjugale contre la sensualité maternelle. En psychanalyse, Winnicott l’appelle « préoccupation maternelle primaire ». A mesure que l’enfant grandit, l’inceste platonique prend la forme d’une emprise grandissante allant jusqu’à ce que la psychanalyste Alice Miller appelle « l’abus narcissique » : les dons de l’enfant sont exploités pour combler les aspirations insatisfaites ou refoulées d’une mère idéalement dévouée. Comme les filles deviennent rapidement parties prenantes de cette relation d’emprise, ce versant négatif de l’amour maternel est difficile à débusquer : comment et à qui se plaindre d’un excès d’amour ?
Quant au deuxième type d’inceste mère-fille, il s’appelle justement "l’inceste du deuxième type".
L’anthropologue Françoise Héritier l’a défini la première comme la relation sexuelle de deux consanguins avec le même partenaire, par exemple quand une mère et sa fille ont une relation sexuelle avec le même homme. Cette relation introduit « une intimité charnelle entre consanguins inconcevable, indicible autrement que par le sous-entendu des mots » (1). Ce type d’inceste ne fait pas l’objet d’une prohibition universelle, mais il n’est pas non plus clairement autorisé, puisque sa transgression provoque pour le moins un malaise.
Qui a pu ne pas voir Sophie Anquetil faire la promotion du livre où elle raconte la vie amoureuse de son père en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’inceste ? De quoi s’agit-il alors ? Le bien-nommé « coureur » Jacques Anquetil n’aime les femmes que si un obstacle, moral ou légal, se met en travers : Nanou est déjà mariée et mère de deux enfants quand il la rencontre. Elle est surtout l’épouse de son médecin. Séduite, elle avoue tout à son mari qui la séquestre ; le coureur, lui, la kidnappe. Rien n’interdit bien sûr à une femme amoureuse de divorcer pour se remarier. Anquetil épouse Nanou. Quand le coureur raccroche, il veut un enfant. Nanou ne peut plus en avoir, son premier mari lui ayant ligaturé les trompes après un second accouchement difficile. Pour garder son homme, elle propose sa fille, Annie, comme « mère porteuse », par amour bien sûr. Annie a dix-neuf ans en 1972, elle est mineure, « libre de faire ce qu’ils voulaient que je fasse », dit-elle aujourd’hui sobrement. Elle met au monde Sophie, l’auteur du livre. Annie est mineure mais elle n’est pas dupe : elle sait qu’elle « plaît » à Jacques et aussi qu’il lui plaît. Et l’amour frappe encore : Annie passe du statut de mère porteuse à celui de maîtresse ou de seconde épouse sous le toit maternel. Elle y restera douze ans.
Sophie affirme sa fierté d’avoir un superpapa et deux mamans, d’autant que ses copines n’en ont qu’une. L’une est sa mère, l’autre sa grand-mère, elle le sait parfaitement, mais elles l’aiment tant toutes les deux... Et Anquetil les aime tant toutes les trois ! Avec une naïveté confondante, elle affirme donc qu’il n’y a pas d’inceste, « puisque son père et sa mère biologiques n’ont pas de liens de sang ». En fait, il y a un double inceste : inceste du deuxième type car la mère et la fille couchent avec le même homme, et inceste père-fille car Anquetil était le beau-père d’Annie. Les liens de parenté ne se réduisent pas au biologique. Les places générationnelles comptent tout autant. Jacques Anquetil, mari de la mère, n’avait pas le droit de coucher avec sa belle-fille, même au nom d’un excès d’amour. La littérature, le cinéma et la clinique psychanalytique nous disent chaque jour ce que de telles situations peuvent provoquer comme ravages.
Pourtant, la publicité et les revues féminines exaltent périodiquement la similitude entre mères et filles. A cet égard, la campagne récurrente du Comptoir des cotonniers, marque de vêtements pour femmes, est exemplaire, puisqu’elle montre toujours des photos de mères avec leurs filles, sans qu’on puisse les distinguer. Il y a quelques mois, la légende disait : « Une mère, une fille, deux femmes. » Elle était en contradiction avec la photo, qui disait : « Une mère, une fille, une seule femme. Nous sommes pareilles et nous aimons ça. » Une campagne plus récente montre une mère avec ses deux ou trois filles dans un décor inexistant, qui pourrait se situer n’importe où. La légende indique les prénoms des unes et des autres, et le lieu où la photo est censée avoir été prise : une rue de Paris, une banlieue, une ville de Suisse. Aucun homme n’apparaît ; nous en sommes donc réduits à imaginer que s’il regardait la photo, il n’aurait pas à choisir entre l’une ou l’autre puisqu’elles sont pareilles ! On peut légitimement avoir quelque doute sur l’issue de cette belle complicité si mère et fille se partageaient le même homme. Et si c’était le père ? N’est-il pas paradoxal de faire l’apologie de l’inceste du deuxième type, au nom de l’amour toujours et, pour les mères, du désir de ne pas vieillir, tout en condamnant plus lourdement que jamais les pères incestueux ?
Or, dans l’inceste père-fille, la mère joue un rôle : « Pour bien des mères dont les maris ont été incestueux avec leur fille, écrit la psychanalyste Françoise Couchard, le refus de voir les manoeuvres douteuses du père trahit, à l’évidence, derrière un désir de préserver la paix du ménage, une volonté d’emprise sur la sexualité de la fille en même temps que sur celle du mari. La mère ne se considérera pas comme "trompée", puisque le mari reproduit avec celle qui lui ressemble le plus ce qu’il a fait si longtemps avec elle. » (2). Dans cet inceste père-fille, dit du premier type, il y a copulation entre apparentés. Mais il est intéressant de remarquer que ce type d’inceste englobe les caractéristiques des deux autres : l’exclusion du tiers, propre à l’inceste platonique et la mise en rivalité sexuelle à l’intérieur de la famille, propre à l’inceste du deuxième type. Le point commun à ces trois incestes devient alors évident : l’exclusion du tiers. L’inceste du premier type exclut la mère ; l’inceste platonique, le père. L’inceste du deuxième type n’exclut pas une personne mais une place : si la fille couche avec l’amant de sa mère, elle n’est plus en tiers mais impliquée dans une relation à trois ; si la mère couche avec le fiancé de sa fille, elle n’est plus en tiers dans la formation du jeune couple, mais devient partie prenante d’une relation dont elle devrait s’exclure pour ne pas être en rivalité avec sa fille. Dans tous les cas, l’inceste par exclusion du tiers fabrique du binaire à partir du ternaire.
C’est toujours au nom de l’amour que les pires transgressions sont justifiées. L’amour n’est donc pas une valeur sûre surtout lorsqu’il s’agit de l’amour parental. Bettelheim affirme que « l’amour ne suffit pas », mais Ferenczy va plus loin : « Si les enfants qui traversent la phase de la tendresse reçoivent plus d’amour ou un amour d’une autre sorte que celui qu’ils désirent, cela peut avoir des conséquences tout aussi pathogènes que celles qu’aurait la frustration amoureuse. » Echo à Françoise Dolto selon qui « l’amour maternel évolué est très rare ». Dont acte.
Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, psychanalyste
Libération, 26 juillet 2004, p. 35
(1) Françoise Héritier : les deux soeurs et leur mère (Odile Jacob, 1994)
(2) Françoise Couchard : Emprise et violence maternelle (Dunod, 1991)
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31 mai 2004

Immature, narcissique et incestueuse, cette femme reste un mystère par Mariannne 2

Rédigé par Anna Alter
le Lundi 31 Mai 2004

Le comportement de la mère incestueuse des enfants victimes sidère. Dans quels replis mystérieux se cache une personnalité aussi monstrueuse
Par Roland Coutanceau, Psychiatre, expert auprès des tribunaux, auteur de Vivre après l'inceste : haïr ou pardonner ; Desclée de Brower.
Marianne : Que peut-on dire aujourd'hui de la personnalité de Myriam Delay ?
Roland Coutanceau : Ses revirements révèlent une personnalité immature, avec un aspect infantile. Le plaisir de la théâtralisation la pousse, même au prix du scandale, à occuper le devant de la scène. Elle a un besoin d'exister à tout prix, un plaisir narcissique d'être sous les feux de la rampe pour combler le vide, le sentiment de ne pas compter, d'avoir une vie qu'elle n'a pas voulue. Pour attirer les projecteurs, elle joue et, comme une tragédienne, se traite de« menteuse » et de« malade ».

Les experts avaient souligné sa « profonde immaturité psychologique » , mais ils s'étaient trompés sur toute la ligne en concluant qu'elle était « dépourvue de tendances à la mythomanie mythomaniaque [sic] ou à l'affabulation », ce qui rendait crédible les propos qu'elle tenait...
R.C. : Les experts sont comme saint Thomas : ils ne décrivent que ce qu'ils voient. Il y a des gens qui sont lisibles d'emblée ; d'autres se révèlent par la manière dont ils se défendent face à l'accusation sociale. Devant la justice, Myriam Delay se comporte comme une mythomane et éclaire des facettes de sa personnalité qui ont très bien pu échapper à une analyse à froid. Chine peut se prononcer que sur ce qui se voit, pas sur ce qui est caché dans les replis de l'imaginaire. C'est aussi vrai dans la vie de tous les jours : on découvre chez des gens que l'on croyait parfaitement connaître des côtés stupéfiants qui désarçonnent et on se dit : « Je n'aurais jamais cru ça de lui ».
Pour bien faire, faudrait-il reprendre les expertises de zéro ?
R.C. : On peut d'autant mieux faire un diagnostic que les gens lâchent leur imaginaire. Pour être rigoureux, je dirais que je peux établir un diagnostic d'autant plus fiable que quelqu'un se livre facilement. S'il vous dit, je n'ai rien à dire, il ferme le jeu. Le coeur de la personnalité humaine, c'est ce que l'individu porte dans ses rêves et son imagination. Sur le plan de l'expertise, Myriam Delay est plus intéressante aujourd'hui parce que nous pourrions l'interroger sur tous ces revirements qui n'étaient pas prévisibles... Maintenant qu'elle s'est révélée, elle apparaît comme quelqu'un qui peut avoir éclaboussé des innocents, je ne dis pas que c'est le cas, mais elle en est capable.
A votre avis ?
R.C. : De deux choses l'une. Elle a, avec d'autres, balancé des innocents pour diminuer sa propre responsabilité et satisfaire son envie de se venger de ceux dont elle est jalouse, comme dans la médisance ordinaire. Dans ce cas, elle dit la vérité le vendredi, puis se rétracte parce qu'elle a vu dans la presse que ses enfants sur lesquels elle a commis des atrocités vont passer pour des menteurs. Cela l'angoisse et elle veut les protéger. Deuxième hypothèse: elle a dit la vérité sur les prétendus notables et se rétracte le vendredi parce qu'elle se rend compte qu'être des parents incestueux, c'est moins grave aux yeux de la loi que d'être proxénète et incestueux. Une chose est indéniable : au vu de ce que montre cette femme aujourd'hui, elle avait une grande capacité d'influence sur ses enfants,
Les expertises la décrivent comme « passive, carencée d'un point de vue affectif » et non comme une maîtresse femme...
R.C. : C'est la manière dont elle se défend qui l'a révélée. Avant qu'elle fasse son cirque, certains traits de personnalité n'étaient pas décelables. Si elle a réussi à influencer son entourage dans le sens du mensonge, alors elle a un caractère hors normes. Et, par expérience, je sais que des personnalités immatures, ballottées par la vie, aigries, peuvent faire preuve d'une grande créativité dans la destruction des autres. Mais avant que « le cave se re-biffe»on ne voit pas ce potentiel. On détecte la fragilité, la dépendance, pas la«masse noire ».

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10 janvier 2004

10/ Les mères selon Roland Coutanceau

Page 163

On est en droit de se demander si finalement il n'y a pas là un processus d'aveuglement, et si celui-ci n'est pas plus ou moins conscient. Peut-être qu'au fond, elle a compris et ne veut pas le croire. Peut-être, mais si le résultat de ce questionnement fugace, c'est d'exclure l'hypothèse de l'inceste, on voit qu'à la différence de la situation où la mère ne sait rien et n'a jamais envisagé cette possibilité, là, la question est posée en pleine conscience. Et cela oblige, en cas de dénégation, à une réorganisation psychique pour la mère, qui intègre l'hypothèse de l'inceste et le jugement selon lequel cette hypothèse n'est pas crédible. De façon analogue, c'est un peu ce qui se passe dans les situations d'infidélité conjugale où un protagoniste pense à partir de quelques indices que l'autre peut être infidèle, réfute l'idée et est forcé, pour en être sûr, d'organiser son imagination de manière à se rassurer en toute bonne foi. Cette réorganisation doit prendre le dessus avec netteté, et cela plus nécessairement dans la situation incestueuse que dans la situation d'infidélité.

Faut-il donc que cet impensable, pourtant pensé un instant, soit repoussant au point de menacer la totalité du psychisme d'une personne ?

Tout à fait. Il faut comprendre que l'idée que son mari puisse coucher avec sa fille, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, est un traumatisme tellement intense qu'il devient légitime de le rejeter comme impensable et de refermer de façon naturelle le questionnement. Cela permet à la mère de cicatriser la brèche un instant ouverte dans sa pensée. On voit parfois des femmes plus matures qui essaient d'observer avec méthode ce qui se produit. Dans le fond, elles conçoivent l'hypothèse, ou même ont deviné et questionnent leur fille. Ces femmes aideront l'enfant à leur dévoiler l'histoire.

Mais il faut pour cela une force de caractère que, dans mon expérience, je ne rencontre pas souvent. Cette rareté est en soi une preuve que l'inceste est de l'ordre de l'inconcevable, et qu'il constitue une considération d'une extrême violence, capable de désorganiser l'imaginaire familial au point que tout s'effondre : une fille traumatisée d'avoir été dans une position si vulnérable, d'avoir été marquée par le sexe avant l'heure, un homme qui s'apparente désormais à un monstre, qui a trahi la confiance de son épouse, qui a trahi sa propre fille, qui s'est rendu indigne de sa fonction de père. Dans une logique d'économie psychique, on comprend que la mère ait intérêt à effacer une telle turbulence, une situation si éloignée de la norme.

…/…

Je note le cas où la mère s'efforce de faire pression sur le père. Animée par le désir de sauver la famille et de régler la situation sans que cela sorte du cercle familial, elle chapitre son mari, essaie de faire pression sur lui pour qu'il ne recommence pas. Cette femme qui tente de faire face, utilise les armes dont elle dispose : elle questionne son époux, l'interpelle, intervient pour modifier les situations favorables aux actes délictueux, le surveille, et le menace : « Si tu recommences, je fais appel à la justice. » Elle finira parfois par mettre à exécution les menaces qu'elle profère, mais cela demandera du temps, car sa volonté est de minimiser ce qui s'est passé pour préserver son couple et sa famille. Elle mise sur une sorte d'autorégulation interne à la famille, lui permettant de ne pas révéler la situation. C'est son choix, mais il est fondé sur l'illusion que ce type de menaces peut agir sur le père, que le cataclysme de la découverte du comportement incestueux pourra passer sans désorganiser la famille, sans la faire éclater, puisque l'incarcération de son époux aura été évitée.

Ces femmes ne parviennent~elles donc jamais à leur objectif ?

Il y a des situations où cela marche : le père arrête de toucher ou de violer sa fille. La démarche de la mère, son chantage auront été opérants et, dans ces cas, la victime n'a pas d'animosité contre sa mère. Et puis, soit il n'y aura jamais de dévoilement et ce type de dénouement ne parvient pas à notre connaissance, soit l'arrêt des agressions, définitif ou seulement temporaire, n'empêche pas l'enfant ou l'adolescente de dévoiler les faits quelque temps après, parce que l'arrêt des agressions ne suffit pas à résorber sa souffrance, son mal-être.

Bien souvent, la menace ne suffit pas : les agressions ne s'arrêtent que momentanément, le père jauge la détermination de sa femme à le dénoncer, puis finit par recommencer. Son égocentrisme fait penser à cet homme que, si les menaces ne sont pas encore mises à exécution, elles ne le seront jamais, même si elles se répètent. Et c'est seulement quand la situation devient intenable, que la mère, remontée à bloc, fait intervenir un tiers ou entame un dialogue avec sa fille qui leur permettra d'agir ensemble. Ainsi, bien qu'il ait agi dans une famille tolérante et souhaitant conserver le secret en son sein, et malgré les multiples signaux qui lui ont été adressés pour mettre fin à sa conduite, le père n'a pas saisi la perche tendue pour tenter de se contrôler. Cette seconde situation correspond donc à des mères toniques, qui veillent au grain, agissent seules au début avec plus ou moins de bonheur, et finissent le plus souvent par alerter la société en cas d'échec.
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Voir aussi les billets concernant le livre de Roland Coutanceau :
1/ Vivre après l'inceste : Haïr ou pardonner
2/ Peut-on pardonner ?

3/ Un silence difficile à rompre
4/ Désordres relationnels et sexuels

5/ Le père incestueux
*/ L'enfant investi d'une sorte de mission

6/ Les milieux sociaux et culturels
7/ Quelques conséquences sur les survivantes
9/ Trois profils des pères incestueux
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