« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

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4 décembre 2010

Film - Délinquants sexuels aux USA : Les pestiférés

Technical Length: 26' / 52'
Commercial Length: 30;60 '
Director: Pierre Toury
Producer: TSVP
Co-producer: M6
Copyright: 2010
Language: French
Format: HD
Country of Production: France
Rights: Worldwide

Délinquants sexuels aux USA : les pestiférés, raconte en détail comment l'Amérique fiche pratiquement à vie toutes les personnes qui ont été condamnées pour crime sexuel et leur interdit le droit à l'oubli à un point tel qu'une vie normale leur est devenue impossible.
En toile de fond, le puritanisme américain, qui mène à des lois qui ignorent totalement la notion de réinsertion et mettent en place une véritable double peine, prison d'abord, bannissement ensuite.
Car une fois fichés, même si leur peine a été accomplie et qu'ils sont libérés, il leur est impossible de résider à côté d'une école, d'une crèche, d'une piscine, d'une église, et peut-être même bientôt près d'un arrêt de bus scolaire.
Pour voir la vidéo, cliquez sur le logo de GAD
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7 novembre 2010

Mécanismes des violences : quelles origines ? par Muriel Salmona

7 novembre 2010
Les violences font partie du champ d’étude de la géopolitique comme de la géostratégie. Le conflit pour le territoire passe souvent par les violences faites aux personnes, particulièrement aux femmes. Les violences surviennent aussi dans des milieux censés être les plus protecteurs, comme la famille, le couple, le monde du travail. Quels sont les mécanismes à l’œuvre au moment des violences et dans les temps qui suivent ?
Médecin, l’auteur propose ici une réponse scientifique claire, illustrée par trois planches en couleur. Son propos apporte un éclairage précieux pour saisir les processus de production et reproduction de la violence.

SI LA VIOLENCE est un formidable instrument de domination et de soumission, si elle a de graves conséquences psychotraumatiques sur les victimes, elle est aussi un auto-traitement très efficace à court terme d’un état de mal-être. Nous allons voir que la violence a un pouvoir anesthésiant sur les émotions et la douleur, que ce soit sur la victime, sur l’agresseur, ou sur un témoin de violences. Ce pouvoir anesthésiant est au cœur des stratégies de survie des victimes et de la reproduction des violences. Il provient de mécanismes neurobiologiques de sauvegarde déclenchés par le cerveau lors des violences. Ces mécanismes commencent à être bien connus depuis quelques années grâce à de nombreuses recherches en neurobiologie et en neuro-imagerie. J’ai pu faire la synthèse de tous ces travaux et de mes recherches cliniques pour élaborer un modèle clinique et théorique permettant de mieux comprendre les effets et les causes psychotraumatiques de la violence, et ses mécanismes de reproduction de proche en proche, de génération en génération

…/…
Les agresseurs
Si les victimes subissent ce mécanisme de sauvegarde anesthésiant qui leur permet de survivre au prix de l’installation d’une mémoire traumatique, les agresseurs, eux, recherchent ce mécanisme pour s’anesthésier, la victime n’étant qu’un fusible pour y parvenir.

Si les agresseurs cherchent à s’anesthésier, c’est qu’ils sont eux aussi aux prises avec une mémoire traumatique qui provient de leur passé. Mais, ils convoquent une victime qu’ils se choisissent pour gérer à leur place leurs troubles psychotraumatiques, cette dernière devenant une esclave emprisonnée dans un scénario qui ne la concerne initialement pas.

L’agresseur se drogue au stress grâce à la violence qui devient pour lui une véritable toxicomanie. L’anesthésie émotionnelle procurée par les violences lui est utile pour éteindre des angoisses profondes provenant de son histoire et est responsable chez lui d’un véritable un état d’anesthésie émotionnelle. En fait les auteurs de violence ont expérimenté un choc émotionnel traumatisant, sa disjonction de secours et son anesthésie émotionnelle dans leur enfance lors de maltraitances ou en étant témoins de violences extrêmes dans leur famille comme des violences conjugales.

Ce choc émotionnel traumatisant a pu aussi se produire à l’âge adulte lors de guerres, de conflits armés, de répressions, d’actes de terrorisme ou lors d’activités professionnelles exposées à des violences extrêmes (soldats, policiers, pompiers, humanitaires…). Et n’ayant pas été traités, ils ont développé une mémoire traumatique qu’ils vont autotraiter en s’identifiant aux agresseurs et en cherchant à s’anesthésier aux dépens de victimes qu’ils se choisissent, d’autant plus faciles à trouver que la société où ils vivent est inégalitaire.

Les femmes et les filles sont alors des victimes idéales pour jouer le rôle de fusibles et leur permettre de recycler leurs troubles psychotraumatiques. Ils peuvent les considérer comme leur appartenant et donc comme instrumentalisables à merci. Cela explique que les violences faites aux femmes et aux filles sont beaucoup plus fréquentes et graves dans des sociétés très inégalitaires et après des conflits armés, des guerres civiles, des génocides.

Pour autant la violence reste toujours un choix, une facilité dont l’agresseur est entièrement responsable. Bien d’autres conduites d’évitement (hypervigilance et contrôle, retrait social, soumission) et anesthésiantes (conduites à risque, alcool, drogue) existent, qu’il connaît pour les avoir presque toujours expérimentées. Mais il préfère exercer des violences qui lui permettent de faire l’économie de nombreuses stratégies d’évitement et de contrôle, et de conduites dissociantes. De plus comme ces violences font socialement l’objet d’un déni et d’une loi du silence, il peut d’autant plus préférer cette stratégie dissociante plutôt que d’essayer de composer avec une souffrance mentale qui risque de l’exclure et le marginaliser. La société dans son ensemble stigmatise plus les troubles psychiatriques et les conduites addictives des victimes que les violences qui leur sont faites. Et il est bien plus valorisant d’être en position de domination plutôt que de victime. Dans une société inégalitaire, les violences sont un privilège offert à tous ceux qui adhèrent à la loi du plus fort.
Pour lire la suite de l'article cliquez sur le logo de diploweb.com
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Autres billets de la Docteure Muriel Salmona
°/ La mémoire traumatique
°°/ Dissociation, mémoire traumatique et violences sexuelles : des conséquences graves sur la santé à soigner
11 mars 2010 – Colloque "Viols et aggressions sexuelles : comprendre pour agir" Extrait intervention de Muriel Salmona
RFI – État des lieux de la situation des droits de l'enfant dans le monde
Elles crèvent d’être enfermées dans un no man’s land, de devoir se taire à cause de la honte et de la culpabilité

Ce qui se passe dans notre cerveau quand on est confronté à une grande peur – par Vincent Corbo
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22 octobre 2010

Vidéo - Quel est le profil d'un homme incestueux ? Pourquoi passe-t-il à l'acte ?

(France, 2010, 27mn)
ARTE F
Réalisateur: Cyril de Turckheim, François Bordes
Producteur: Doc En Stock
Publiée le 05/05/10


Les réalisateurs dressent les portraits psychologiques d'hommes qui ont un jour franchi la ligne jaune. Bernard et Romain, deux pères reconnus coupables d'attouchements sur leurs enfants, se livrent avec franchise. L'enquête revient aussi sur différentes affaires récentes, dont celle de Magnanville, où un quinquagénaire a été condamné à quinze ans de prison pour avoir séquestré, torturé et violé son beau-fils. Un film éclairé par des témoignages d'experts.



Coupables d'inceste (1/2)
envoyé par TCP-TOTOCACAPOUET.
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26 juillet 2010

3/ Terminologie - incestueur, incesté - par Sophie Perrin

page 2
Pour la terminologie, je m’inspire de l’ouvrage La violence impensable : « Pour plus de clarté, nous utilisons une terminologie qui précise les rôles de chacun à l’intérieur de la dictature familiale. En effet, le terme incestueux, selon le Petit Robert signifie à la fois « coupable d’inceste » et « issu d’un inceste », ce qui nous apparaît comme une confusion supplémentaire dans un domaine où la confusion est la règle pathogène première.
Dans les familles à transactions incestueuses, l’enfant incestueux est l’enfant né de l’inceste. Lorsqu’un enfant est victime d’inceste, nous le désignons comme enfant incesté ou abusé. » (p 105). Quant à l’auteur des abus, il sera dénommé « incesteur » ou « abuseur ».

Frédérique Gruyer, Martine Nisse, Pierre Sabourin, La violence impensable, inceste et maltraitance, Ed. Nathan, 2004
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Autres billets sur la thèse de Sophie Perrin
1/ L'inceste : anthropologie d'une entreprise de démolition systématique de la personne
2/ Les rôles de l'argent dans les viols par inceste par Sophie Perrin
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Autres billets de Sophie Perrin
Pourquoi Auteure obligatoirement anonyme est obligatoirement anonyme
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26 mars 2010

Le centre de ressources interdisciplinaire pour le suivi des auteurs de violence sexuelle – CRISAVS

6 janvier 2009
Nord-Pas-de-Calais

Siège social à LILLE

CONTEXTE

Violence sexuelle :

« UN GRAVE SUJET DE SOCIETE »

1974-2002 = 5 à 10 fois + d’affaires de viols et d’agressions sexuelles

Europe = 14% des femmes et 4,5% des hommes ont subi au moins 1 agression sexuelle

« L’intrication des champs santé et justice dans ce domaine provient à la fois du type d’actes commis qui constituent des infractions pénales, et de la fréquence des troubles psychiques à l’origine ou associés à ces passages à l’acte, ainsi que d’une absence fréquente de demande des auteurs en dehors d’une obligation qui leur est faite »

Circulaire du 13.04.2006

CADRE LEGISLATIF

13 avril 2006 : Circulaire relative à la prise en charge des auteurs de violences sexuelles et à la création de centres de ressources interrégionaux.

« …accompagner l’amélioration de la prise en charge sanitaire des auteurs de violences sexuelles par la création de centres de ressources interrégionaux. »

HISTORIQUE

1993 : Projet de création d’un Centre de Ressources déposé par le Dr Evry Archer, Chef du Service Médico-Psychologique Régional (S.M.P.R) de Loos, auprès de la Direction Générale du Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille

A partir de 1995 : Présentation du projet aux réunions scientifiques nationales et internationales

1996 : Création de l’Association pour la Recherche et le Traitement des Auteurs d’Agressions Sexuelle (A.R.T.A.A.S)

2000 : Gestion et animation du Réseau de Cliniciens pour les régions du Nord-Pas-de-Calais-Picardie (A.R.T.A.A.S)

2001 : Participation du Dr Evry Archer, en tant qu’expert à la Conférence de Consensus, « Psychopathologie et traitements actuels des Auteurs de Violence Sexuelle »

2002-2005 : Participation aux projets Européen « STOP 122 et 125 » sur l’évaluation des auteurs d’agression sexuelle en Europe, en collaboration avec le Centre de Recherche en Défense Sociale (CRDS, Tournai)

13 avril 2006 : Circulaire relative à la prise en charge des auteurs de violences sexuelles et à la création de centres de ressources interrégionaux

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Olivier Vanderstukken,

Coordinateur du Centre de Ressources Interdisciplinaire pour le Suivi des Auteurs de Violence Sexuelle (CRISAVS), Nord - Pas de Calais,

Psychologue du Service Médico Psychologique Régional (SMPR) de Loos,

Secrétaire aux régions de l'Association pour la Recherche et le traitement des Auteurs d'Agressions Sexuelles (ARTAAS)

Tel Professionnel : 0(0 33) 6 79 06 36 34

oliviervanderstukken@yahoo.fr

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4 mars 2010

7/ Famille d’incestueurs par Jeanne Cordelier

Page 84
Puisque si ta grand-mère maternelle avait exercé un temps le métier de relieuse, celui qui ne mérite pas d'être nommé grand-père - et qui d'ailleurs ne te verra jamais, même pas en photo – avait en revanche passé plus de temps derrière les barreaux et à jouer aux cartes au bistrot, qu'à l'usine. En fait, je ne me sentais pas fille d'ouvriers, mais fille d'asociaux. De pauvres gens, que la poisse avait broyés dans l'œuf. Et qui à leur tour avaient remis le broyeur en route.
Page 87
j'exultais ! Mais cette joie renfermait une ombre. La France, ce n'était pas seulement un pays, c'était aussi Éric, ma famille. En fait quand je dis famille, il faudrait plutôt dire : ma mère.
L'idée de te tendre à elle me gênait. De ce geste par avance je me sentais coupable, puisque j'aurais en l'accomplissant l'impression de subir encore son emprise. C'est compliqué, mon fils. Te tendre à elle, c'était lui tendre la partie la plus précieuse de moi-même. Du fond de ma mémoire remontaient des épouvantes, des gargouillis, des souvenirs racontés par elle dans lesquels j'aurais bien été incapable de voir clair, puisqu'ils avaient creusé en moi des fondrières. Tu sortais d'une terre ravagée, que tel un phénix tu illuminais, alors te tendre à celle qui, les yeux ouverts et bien maquillés, m'avait sans ciller regardée m'embourber, participant ainsi à mon enlisement, cet acte, dis-moi, n'était-il pas encore une fois preuve de soumission? Les amis disent, je les entends qui disent qu'ils soient psys ou pas: il faudrait te défaire de son emprise. Ils ont beau jeu. Mais comment se défaire d'une abstraction ? J'aurais bien voulu les y voir mes conseilleurs ! Car, pour si incroyable que cela paraisse, c'est ainsi que je percevais ma mère, elle, pourtant si concrète, réelle, jusqu'à l'outrance.
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Autres billets sur Reconstruction de Jeanne Cordelier
1/ Reconstruction de Jeanne Cordelier

2/ Jeanne Cordelier : Le second souffle

3/Préface de Benoîte Groult pour Reconstruction

4/ Reconstruction de Jeanne Cordelier par le Figaro.f
r
5/ Aimer après l'inceste
6/ Comment devient-on après les viols par inceste ?
8/ La peur de l'abandon après une enfance violée
9/ Rêve d'inceste
10/ Le vide, l'abandon
11/ Dissociation
12 / Avec les viols par inceste, les échecs scolaires

13/ La chronique littéraire de Jean-Claude Lebrun : Jeanne Cordelier. L’autobiographie nécessaire

14/ Un corps que je ne connais pas
15/ "Reconstruction", de Jeanne Cordelier : la deuxième vie de Jeanne Cordelier par Fabienne Dumontet

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22 novembre 2009

La prise en charge de pères en milieu pénitentiaire par le Dr. Luc Massardier

« En prison, le travail de thérapie tente d’amener ces pères à prendre conscience de la gravité des actes qu’ils ont commis sur leur fille » explique Luc Massardier, psychiatre, praticien hospitalier à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et consultant en milieu pénitentiaire.
Dans quelles conditions exercez-vous votre travail ?

J’interviens depuis douze ans en milieu pénitentiaire. Sept ans au SMPR (Service médico-psychologique régional) de Nice en tant que chef de service, puis depuis 2001 au SMPR de Paris la Santé. Il existe seulement 24 de ces services en France sur 187 prisons. Idéalement, un SMPR comprend un chef de service, deux ou trois psychiatres temps plein, des psychologues, des infirmier-e-s, des assistantes sociales, des art thérapeutes et des secrétaires. En réalité la présence de ces personnels soignants est très différente d’un établissement à l’autre et de nombreux services sont sous dotés particulièrement en province et dans les sites dits « peu attractifs ». En dehors des SMPR, c’est-à-dire dans la quasi-totalité des établissements pénitentiaires, la couverture psychiatrique est assurée par les hôpitaux de rattachement situés dans l’aire géographique d’implantation de la prison. La présence médicale y est souvent très réduite, à l’image du sous-équipement général en personnels soignants des hôpitaux du service public.
Les SMPR suffisamment dotés permettent cependant de suivre convenablement les détenus. C’est grâce à ce travail réalisé en prison, qu’aujourd’hui nous sommes en mesure de comprendre la psychopathologie de certains pères incestueux.
Il n’y a pas en France d’obligation de soin en prison sauf pour une minorité d’agresseurs sexuels condamnés à un suivi sociojudiciaire avec injonction de soin et une incitation au traitement pendant leur incarcération. Nous ne rencontrons donc que ceux qui acceptent volontairement de suivre une thérapie, même si celle-ci leur est proposée de façon systématique. Nous ne rencontrons donc pas tous les agresseurs sexuels, notamment ceux qui contestent les faits comme ceux qui sont structurés sur un mode pervers et qui refusent l’idée même de se faire soigner. En revanche, les pères qui ont entretenu un rapport « amoureux » avec leur fille, retrouvant avec elle l’illusion d’un « amour absolu » acceptent volontiers de se faire suivre. Ils représentent la majorité des pères incestueux que nous suivons en consultation.
Qu’est-ce qui ne va pas chez ces hommes ?

Ils souffrent de carences identitaires et narcissiques majeures avec une identité masculine vacillante. Quelque chose est resté bloqué dans leur développement psycho sexuel. Ils sont peu sûrs d’eux et ne parviennent pas à nouer des relations conjugales normales avec leurs épouses ni de père avec leur fille. Ils restent accrochés à l’image d’une famille idéale qu’ils n’ont pas su ou pas pu construire et qui leur renvoie toujours leur manque et leur insatisfaction. Ils projettent sur leurs épouses la cause de leur mal-être, les accusant de ne pas s’occuper assez bien de leur fille et d’eux-mêmes. De leur place de père, ils vont peu à peu glisser à une place « maternelle » pour réparer leurs propres blessures narcissiques. Ils vont se mettre à donner les bains, à faire la toilette, à jouer à la poupée avec l’enfant. De ces rapprochés fusionnels apparaîtra secondairement l’excitation sexuelle, et petit à petit, les choses vont déraper presque « à leur insu » jusqu’à l’inceste.
La fille est devenue cet objet idéal qui les comble et leur offre la complétude et la sérénité qui leur a toujours fait défaut. Elle est une poupée magique qu’ils utilisent dans le déni de la différence des sexes et des générations pour former avec elle un néo couple pervers construit sur la relation d’emprise.
Comment arrivent-ils à assumer cette relation ?

Ils savent bien que ça ne se fait pas. Ils vivent en permanence la compulsion à la relation incestueuse dans la crainte de la dénonciation, mais ne peuvent pas s’en détacher eux-mêmes. Au moment de l’arrestation, nombre d’entre eux se déclarent soulagés.
Parmi ces pères amoureux, on distingue ceux qui développent une réaction de panique le jour où la relation devient sexuelle, surtout après l’orgasme. Ils se rendent alors compte de l’anormalité et de la monstruosité de leurs actes et obligent l’enfant au « secret », lui demandant à la fois pardon et lui promettant qu’ils ne recommenceront plus et surtout que le maintien de la cohésion familiale dépend de ce secret partagé, gage de la sécurité de toute la maison. Ils auront alors dans les jours qui suivent une conduite d’évitement, puis comme ils voient qu’il ne se passe rien, que la vie continue comme avant, un jour ils recommencent.
À côté de ces pères il y a ceux, nettement moins nombreux et plus carencés, qui ne connaissent pas cette panique et qui vivent presque normalement cette relation.
Quels sont les différents profils des pères incestueux ?

On peut repérer schématiquement trois types de pères incestueux
• le père « amoureux » de sa fille que nous venons de décrire.
• Puis le père très carencé, machiste et souvent alcoolique vivant dans un milieu défavorisé où l’acte sexuel se résume à un acte pornographique imposé comme un droit à la femme qui doit lui être soumise. Il couche avec sa fille parce qu’elle est là, qu’il est l’homme et qu’il a tous les droits.
• Il y a enfin le profil du pervers sadique qui jouit de la souffrance infligée à autrui, mais que l’on ne voit pas en consultation parce qu’il la refuse et qu’il n’en voit pas l’utilité.
Comment se passe le travail en prison ?

En prison, le travail de thérapie tente d’amener ces pères à prendre conscience de la gravité des actes commis sur leur fille qui n’est pas « leur objet » mais un être humain différencié d’eux et victime de leurs actes. L’objectif thérapeutique, c’est de les aider à retrouver dans leur histoire personnelle les paramètres qui les ont conduits à cette déviance, de repérer leurs manques et le sens de leur passage à l’acte incestueux. Ce sont des gens qui sont en proie à la confusion mentale, il faut réintroduire la loi de l’interdit de l’inceste et la prison représente un cadre qui permet cette prise de conscience indispensable pour reprendre leur place de père. Quand ils sortiront de prison ou si leur enfant le leur demande un jour, ils devront lui rendre des comptes. Nous essayons de préparer le père à trouver les réponses qui pourront alors aider la victime pour qu’elle cicatrise son traumatisme et ne se sente plus coupable ou responsable de ce qu’il lui a infligé. Il faut sortir de la confusion. Les liens de filiation demeurent, le père restera toujours le père quoiqu’il ait fait.
Propos recueillis par Monique Castro

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17 septembre 2005

17/ Le devenir des pères agresseurs en prison par Questions d'inceste

Page 203
La prison est un lieu qui génère ses propres codes et ses valeurs. Ceux qui ne respectent pas cette loi interne et ne défendent pas les valeurs du prisonnier seront mis à l'écart et punis par les autres. Ce sont en premier lieu les accusés de crimes de mœurs et particulièrement ceux qui ont agressé des enfants. Désignés comme « pointeurs », les pères incestueux et les pédophiles sont confondus pour servir de boucs émissaires à toute la violence inhérente au système pénitentiaire. Ils subissent de la part des codé-tenus, souvent avec l'aval de certains surveillants, les pires brimades physiques et morales.
Ce fonctionnement oblige ces détenus, pour se protéger, à s'isoler, à se cacher et à masquer à eux-mêmes et aux autres la raison de leur incarcération. On assiste alors à une inversion de leur culpabilité en une victimisation qui occulte les paramètres psycho-pathologiques qui les ont conduits au passage à l'acte sexuel sur l'enfant. S'ils veulent échapper aux coups, aux insultes, aux crachats, ils doivent jouer le jeu et mentir sans cesse sur les motifs de leur incarcération. Mensonge qui, peu à peu, s'installe comme une néoréalité peu propice à un travail psychothérapique sur eux-mêmes.
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Autres billets sur le livre Questions d'inceste
1/ Questions d'inceste de G. Raimbault, P. Ayoun, L. Messardier
2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme
8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?
12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur
13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère
14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
18/ Le pardon
19/ Anaïs Nin, un inceste choisi
20/ Deux sœurs dans les viols par inceste
21/ La recherche de sens – La valeur de l'écrit
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12 septembre 2005

12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur dans Question d'inceste

Page 100

Le déni d'altérité est manifeste aussi dans ce qu'on peut appeler le « délire d'interprétation du consentement », avec la conviction absolue, inébranlable, sincère que la victime était consentante, qu'il n'y a pas eu de violence, qu'il n'y a eu que de l'amour et de la tendresse partagée… « Si elle avait protesté, je me serais arrêté immédiatement. » Il s'agit là d'une croyance pathologique qu'on retrouve de façon quasi permanente. Elle témoigne d'une incapacité structurelle à se représenter l'autre comme différent avec l'impossibilité d'intérioriser ce que la victime a pu ressentir de particulier et de propre à elle. L'hypothèse d'une terreur de l'enfant avec effroi et sidération empêchant toute réaction de défense est aussitôt rejetée et interprétée comme la confirmation de l'incommunicabilité de leurs sentiments.

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Autres billets sur le livre Questions d'inceste
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2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
4/ L’inceste avec violence, le viol incestueux
5/ Une conception réductrice de l'inceste
6/ La rupture du lien de filiation
7/ Les réactions au traumatisme

8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste
10/ L'identité désorganisée des pères séducteurs
11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?

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18/ Le pardon

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20/ Deux sœurs dans les viols par inceste

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11 septembre 2005

11/ Pourquoi les incestueurs en appellent-ils à l’insatisfaction conjugale ?

Page 99

La première doléance de ces pères concerne leur insatisfaction conjugale. S'ils revendiquent une hétérosexualité banale, ils réduisent leur épouse à sa fonction maternelle et lui reprochent de ne pas être une assez bonne mère, autant pour l'enfant que pour eux-mêmes… « Pas assez tendre, pas assez attentive, chaleureuse… » La mauvaise entente conjugale les rapproche de l'enfant, « victime » comme eux des « insuffisances » maternelles et s'appuie sur la certitude intuitive qu'ils en sont tous deux victimes. Cette identification projective issue des blessures du narcissisme primaire engendre avec l'enfant un vécu de complicité magique, de complétude inconnue jusque-là et abolit le lien de parenté. L'enfant devient l'objet qui permet au père de se retrouver et de se prouver qu'il a une valeur. Cette valeur ne lui a jamais été reconnue jusque-là.

Faille initiale de son existence, elle l'a bloqué à un stade de développement prégénital. À la différence de l'épouse, sa fille le rassure. L'idéalisation de leur relation dans un néocouple parfaitement pur, désexualisé et merveilleux, s'entretient du mélange des sexes, des générations et de la confusion entre le paternel et le maternel, le masculin et le féminin.

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2/ L'inceste séducteur, le père avec la fille
3/ La pianiste de Michael Haneke
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8/ La sidération et l'impossibilité de dire
9/ Ces mères qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, ou pas su éviter l'inceste

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12/ L'interprétation du consentement par l’incestueur

13/ L'atteinte narcissique et la culpabilité pour la mère

14/ La valeur de la sanction pour l'agresseur et la victime
15/ La tragédie grecque et la littérature
16/ L'autonomisation
17/ Le devenir des pères agresseurs en prison

18/ Le pardon

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20/ Deux sœurs dans les viols par inceste

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