« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

26 juillet 2004

Inceste maternel : l’amour en plus par Caroline Eliacheff

LA CAUSE DES HOMMES
Inceste maternel : l’amour en plus.
Caroline Eliacheff
Libération, 26 juillet 2004
C’est toujours au nom de l’amour parental que les pires transgressions sont justifiées Inceste maternel : l’amour en plus
Statistiquement, 90% des actes pédophiles sont commis par des hommes et 10% seulement par des femmes. Pourtant, faits divers, publicité, livres à succès débordent d’incestes maternels, au pluriel et sans explication. L’inceste mère-fils est rarement sanctionné et l’inceste mère-fille avec passage à l’acte reste exceptionnel. Or, deux femmes viennent d’être condamnées pour actes pédophiles sur leurs propres enfants et ceux de leurs voisins sans que le caractère exceptionnel de ces faits ait été remarqué. Plus extraordinaire encore : les deux mères, Myriam Delay et Aurélie Grenon agissaient en groupe avec leurs compagnons et tous leurs enfants réunis. A la lecture des comptes rendus d’audition, il est quasi impossible de savoir si c’est un enfant ou une adulte qui parle. Myriam Delay – la principale accusée – ne parle pas comme une enfant trop bavarde, elle est une enfant. Elle n’a ni grandi et ni enfanté : elle a crû et s’est reproduite. Il n’y a aucune différence générationnelle perceptible entre parents et enfants dans ces familles. Rien ne les sépare, mais rien ne paraît non plus les unir. En violant l’interdit de l’inceste après avoir elle-même été violée, Myriam Delay accède à la forme de toute-puissance particulière aux enfants de moins de trois ans, qui justement n’ont pas encore intégré l’interdit de l’inceste. Elle accuse, elle absout, elle dicte capricieusement sa loi sans que rien ne l’arrête. Et dire que la France entière s’interroge sur la crédibilité de la parole des enfants...
On ne recense en France que 10% de femmes pédophiles parce qu’on se focalise sur l’acte sexuel, dont la trace peut valoir preuve en justice. Or l’inceste se définit par une autre caractéristique tout aussi importante : la formation d’un couple par exclusion du tiers. Une relation mère-fille (ou mère-fils) dont le père est exclu peut être qualifiée « d’inceste platonique », selon l’expression de Nathalie Heinich. En littérature, Hervé Bazin appelle « maternite » ce basculement d’une jeune épouse en mère absorbée par sa maternité, délaissant son mari et sa propre identité d’épouse, et troquant la sexualité conjugale contre la sensualité maternelle. En psychanalyse, Winnicott l’appelle « préoccupation maternelle primaire ». A mesure que l’enfant grandit, l’inceste platonique prend la forme d’une emprise grandissante allant jusqu’à ce que la psychanalyste Alice Miller appelle « l’abus narcissique » : les dons de l’enfant sont exploités pour combler les aspirations insatisfaites ou refoulées d’une mère idéalement dévouée. Comme les filles deviennent rapidement parties prenantes de cette relation d’emprise, ce versant négatif de l’amour maternel est difficile à débusquer : comment et à qui se plaindre d’un excès d’amour ?
Quant au deuxième type d’inceste mère-fille, il s’appelle justement "l’inceste du deuxième type".
L’anthropologue Françoise Héritier l’a défini la première comme la relation sexuelle de deux consanguins avec le même partenaire, par exemple quand une mère et sa fille ont une relation sexuelle avec le même homme. Cette relation introduit « une intimité charnelle entre consanguins inconcevable, indicible autrement que par le sous-entendu des mots » (1). Ce type d’inceste ne fait pas l’objet d’une prohibition universelle, mais il n’est pas non plus clairement autorisé, puisque sa transgression provoque pour le moins un malaise.
Qui a pu ne pas voir Sophie Anquetil faire la promotion du livre où elle raconte la vie amoureuse de son père en affirmant qu’il ne s’agissait pas d’inceste ? De quoi s’agit-il alors ? Le bien-nommé « coureur » Jacques Anquetil n’aime les femmes que si un obstacle, moral ou légal, se met en travers : Nanou est déjà mariée et mère de deux enfants quand il la rencontre. Elle est surtout l’épouse de son médecin. Séduite, elle avoue tout à son mari qui la séquestre ; le coureur, lui, la kidnappe. Rien n’interdit bien sûr à une femme amoureuse de divorcer pour se remarier. Anquetil épouse Nanou. Quand le coureur raccroche, il veut un enfant. Nanou ne peut plus en avoir, son premier mari lui ayant ligaturé les trompes après un second accouchement difficile. Pour garder son homme, elle propose sa fille, Annie, comme « mère porteuse », par amour bien sûr. Annie a dix-neuf ans en 1972, elle est mineure, « libre de faire ce qu’ils voulaient que je fasse », dit-elle aujourd’hui sobrement. Elle met au monde Sophie, l’auteur du livre. Annie est mineure mais elle n’est pas dupe : elle sait qu’elle « plaît » à Jacques et aussi qu’il lui plaît. Et l’amour frappe encore : Annie passe du statut de mère porteuse à celui de maîtresse ou de seconde épouse sous le toit maternel. Elle y restera douze ans.
Sophie affirme sa fierté d’avoir un superpapa et deux mamans, d’autant que ses copines n’en ont qu’une. L’une est sa mère, l’autre sa grand-mère, elle le sait parfaitement, mais elles l’aiment tant toutes les deux... Et Anquetil les aime tant toutes les trois ! Avec une naïveté confondante, elle affirme donc qu’il n’y a pas d’inceste, « puisque son père et sa mère biologiques n’ont pas de liens de sang ». En fait, il y a un double inceste : inceste du deuxième type car la mère et la fille couchent avec le même homme, et inceste père-fille car Anquetil était le beau-père d’Annie. Les liens de parenté ne se réduisent pas au biologique. Les places générationnelles comptent tout autant. Jacques Anquetil, mari de la mère, n’avait pas le droit de coucher avec sa belle-fille, même au nom d’un excès d’amour. La littérature, le cinéma et la clinique psychanalytique nous disent chaque jour ce que de telles situations peuvent provoquer comme ravages.
Pourtant, la publicité et les revues féminines exaltent périodiquement la similitude entre mères et filles. A cet égard, la campagne récurrente du Comptoir des cotonniers, marque de vêtements pour femmes, est exemplaire, puisqu’elle montre toujours des photos de mères avec leurs filles, sans qu’on puisse les distinguer. Il y a quelques mois, la légende disait : « Une mère, une fille, deux femmes. » Elle était en contradiction avec la photo, qui disait : « Une mère, une fille, une seule femme. Nous sommes pareilles et nous aimons ça. » Une campagne plus récente montre une mère avec ses deux ou trois filles dans un décor inexistant, qui pourrait se situer n’importe où. La légende indique les prénoms des unes et des autres, et le lieu où la photo est censée avoir été prise : une rue de Paris, une banlieue, une ville de Suisse. Aucun homme n’apparaît ; nous en sommes donc réduits à imaginer que s’il regardait la photo, il n’aurait pas à choisir entre l’une ou l’autre puisqu’elles sont pareilles ! On peut légitimement avoir quelque doute sur l’issue de cette belle complicité si mère et fille se partageaient le même homme. Et si c’était le père ? N’est-il pas paradoxal de faire l’apologie de l’inceste du deuxième type, au nom de l’amour toujours et, pour les mères, du désir de ne pas vieillir, tout en condamnant plus lourdement que jamais les pères incestueux ?
Or, dans l’inceste père-fille, la mère joue un rôle : « Pour bien des mères dont les maris ont été incestueux avec leur fille, écrit la psychanalyste Françoise Couchard, le refus de voir les manoeuvres douteuses du père trahit, à l’évidence, derrière un désir de préserver la paix du ménage, une volonté d’emprise sur la sexualité de la fille en même temps que sur celle du mari. La mère ne se considérera pas comme "trompée", puisque le mari reproduit avec celle qui lui ressemble le plus ce qu’il a fait si longtemps avec elle. » (2). Dans cet inceste père-fille, dit du premier type, il y a copulation entre apparentés. Mais il est intéressant de remarquer que ce type d’inceste englobe les caractéristiques des deux autres : l’exclusion du tiers, propre à l’inceste platonique et la mise en rivalité sexuelle à l’intérieur de la famille, propre à l’inceste du deuxième type. Le point commun à ces trois incestes devient alors évident : l’exclusion du tiers. L’inceste du premier type exclut la mère ; l’inceste platonique, le père. L’inceste du deuxième type n’exclut pas une personne mais une place : si la fille couche avec l’amant de sa mère, elle n’est plus en tiers mais impliquée dans une relation à trois ; si la mère couche avec le fiancé de sa fille, elle n’est plus en tiers dans la formation du jeune couple, mais devient partie prenante d’une relation dont elle devrait s’exclure pour ne pas être en rivalité avec sa fille. Dans tous les cas, l’inceste par exclusion du tiers fabrique du binaire à partir du ternaire.
C’est toujours au nom de l’amour que les pires transgressions sont justifiées. L’amour n’est donc pas une valeur sûre surtout lorsqu’il s’agit de l’amour parental. Bettelheim affirme que « l’amour ne suffit pas », mais Ferenczy va plus loin : « Si les enfants qui traversent la phase de la tendresse reçoivent plus d’amour ou un amour d’une autre sorte que celui qu’ils désirent, cela peut avoir des conséquences tout aussi pathogènes que celles qu’aurait la frustration amoureuse. » Echo à Françoise Dolto selon qui « l’amour maternel évolué est très rare ». Dont acte.
Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, psychanalyste
Libération, 26 juillet 2004, p. 35
(1) Françoise Héritier : les deux soeurs et leur mère (Odile Jacob, 1994)
(2) Françoise Couchard : Emprise et violence maternelle (Dunod, 1991)
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7 juillet 2004

Outreau, un fiasco médiatique par Gilles Antonowicz

07 Juillet 2004
Supprimons les cours d'assises et remplaçons-les par un tribunal de journalistes, telle est à l'évidence la leçon du récent procès d'Outreau !
Par les temps qui courent, qui, en effet, mieux que nos chroniqueurs judiciaires paraît apte à rendre la justice ?
Certainement pas trois magistrats nécessairement chargés d'étouffer la vérité, flanqués de neufs jurés populaires. par définition incompétents [ ... ]. Voilà nos Rouletabille qui, sans rien connaître du dossier d'instruction, rien d'autre en tout cas que ce que veulent bien leur en dire les avocats consultés, décrètent l'innocence de la plupart des accusés – à tort ou à raison, tel n'est pas ici mon propos.

Forts du pouvoir incontestable que leur procurent leurs tribunes écrites ou audiovisuelles, nos chroniqueurs judiciaires nagent dans la toute-puissance. On voit même un journaliste du Monde écrire que si les débats avaient eu lieu à huis clos, en l'absence de la presse, la vérité et le scandale n'eussent pas pu éclater! [ ... ]
L'avocat que je suis connaît bien la complexité des dossiers pénaux en de telles matières ... Je n'ai qu'une certitude : le vacarme de la presse devient insupportable dans les prétoires. Markovic, Alègre, Carpentras, aujourd'hui Outreau, ça suffit !

La présence des chroniqueurs partisans est manifestement incompatible avec la sérénité dont la justice a besoin. L'appel désormais possible des verdicts de cours d'assises va très vraisemblablement conduire demain à un nouveau procès. 
Je ne saurais trop conseiller aux avocats de la partie civile – n'en déplaise à certains – de demander le huis clos.

Gilles Antonowicz, Agressions sexuelles, la réponse judiciaire, Paris, Odile Jacob, 2002
Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo du Monde. fr
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Autres billet sur l'affaire d'Outreau
7/11/2011 – Affaire Outreau : Myriam Badaoui a été libérée Par Jean-Michel Décugis, Adriana Panatta et Aziz Zemouri

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10 juin 2004

2/ Abus ou agressions ? Que sais-je ? sur l'inceste par Hélène Parat

Page 25
En France, depuis le 1er mars 1994, un nouveau 
Code pénal est en vigueur qui modifie les catégories 
antérieures d'infraction : dans son livre II relatif aux 
« atteintes contre les personnes », viol, attentat à la 
pudeur et outrage public à la pudeur sont regroupés 
sous la dénomination plus claire et générale d'« agres
sions sexuelles ». Il est dit que « constitue une agres
sion sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ». L'expression 
« abus sexuel », devenue courante sous l'influence de 
la terminologie anglo-saxonne (child abuse), n'est pas 
un vocable juridique, et si elle dit bien l'abus de pouvoir, ses connotations sont ambiguës en français : un 
« usage modéré » serait-il licite ?
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Autres billets sur le Que sais-je ? sur l'inceste
1/ L'inceste – Que sais-je ?
3/ Freud : L'effroi du traumatisme
4/ La psychose passagère, lors des viols par inceste, selon Ferenczi
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5 juin 2004

5 juin 2004 – Le Figaro – Outreau : les psychologues vaincus par KO par le jeu des valeurs inversées

JUSTICE
Les avocats de la défense se sont appliqués à détruire les expertises sur lesquelles l'instruction s'était appuyée
Outreau : les psychologues vaincus par KO
« Rien ni personne n'est infaillible. »
Le Figaro - 5 juin 2004

Les psychologues qui avaient déclaré « crédibles » les enfants dont les accusations ont conduit aux assises du Pas-de-Calais les dix-sept pédophiles présumés d'Outreau, ont été fortement déstabilisés, hier, par la défense. Le procès reprendra lundi avec l'audition de leurs confrères qui avaient expertisé les adultes.
Saint-Omer : de notre envoyé spécial Stéphane Durand-Souffland - Le Figaro - 05 juin 2004
Me Eric Dupond-Moretti fait de chaque procès une affaire personnelle. Pendant judiciaire de l'hercule de foire, il défie un à un les protagonistes à la recherche du KO. Président, avocat général, parties civiles (s'il est en défense), défense (s'il est partie civile) : il lui faut tous les terrasser.

La procédure, parfois, lui facilite la tâche. Ainsi du dossier d'Outreau. Énorme scandale, crimes abominables, ramifications internationales, dix-sept enfants considérés comme victimes... Au vu de l'enjeu – quatre accusés encourent la perpétuité, les autres vingt ans de réclusion – on pouvait s'attendre à des expertises psychiatriques nombreuses, fouillées, inattaquables. Le juge d'instruction a préféré la carte du dépouillement. Il a commis trois psychologues pour vérifier si les petits étaient crédibles. Un pédopsychiatre est bien intervenu, mais par hasard : dans le cadre d'un autre dossier, en examinant Jonathan, également partie civile au procès de Saint-Omer.

Les enfants ont été entendus : certains, indiscutablement, ont menti à la barre. Pourquoi étaient-ils crédibles face aux psychologues, dont le label a longtemps justifié le maintien en détention provisoire de la plupart des accusés ?
Le premier, Emile Leprêtre, 64 ans, a assisté à deux auditions d'Aurore par la police (nos éditions d'hier). A-t-il pratiqué un examen classique, en tête-à-tête ? Non. A-t-il émis un diagnostic ? Non. Mieux que cela : il en a signé deux. Aurore était crédible le 15 février 2002, non crédible le 5 mars suivant. Match nul.

Second expert : Alain Leuliet, le pédopsychiatre égaré, remarquable au demeurant, expose sa méthode. Il refuse de lire les pièces du dossier, s'entretient longuement avec l'enfant, établit un diagnostic. Me Lejeune, conseil de l'abbé Wiel, lui soumet les questions que posaient les policiers aux gamins. Le Dr Leuliet : « Elles sont tendancieuses, très orientées. » Les psychologues qui, eux, ont potassé le dossier, n'ont rien trouvé à y redire.

Me Dupond-Moretti s'est échauffé. Il est prêt pour le troisième expert : Marie-Christine Gryson-Dejehansart, « victimologue », qui a examiné Kévin Delay en août 2001, et les autres enfants, avec Jean-Luc Viaux, ultérieurement. Mme Gryson manie, à toute vitesse, une langue étrange, qui n'est ni celle de la Tour du Renard ni, à coup sûr, celle des jurés. « Morphologie sémantique traumatique », « soulagement libératoire »... Aïe : elle parle psy.

Me Dupond-Moretti qui, lui, sait parler à des jurés et va immédiatement les déculpabiliser de n'avoir pas saisi un traître mot : « Votre rapport a un mérite essentiel, il me remet à ma juste place. Je n'ai rien compris.

Une question simple : Kévin dit-il la vérité ?
– Ce n'est pas ma mission de répondre. Mon expertise est phénoménologique.
– Qu'est-ce que ça veut dire ?
– C'est une méthode enseignée à Lille-III et qui sera codifiée dans un ouvrage à paraître en septembre.
– Vous écrivez, page 12 de votre rapport (il s'approche de la barre, le témoin semble rétrécir : c'est bien votre signature ?) : « Rien ne permet de penser que Kévin impute des faits à des personnes non concernées. » Donc, il dit la vérité ? »
Mme Gryson noie le poisson. Le président, étonnamment ferme : « Expliquez-vous, Madame ».
La victimologue, dans la peau d'une victime : « Je vais essayer de rester sereine... Je ne suis qu'une petite psychologue de terrain. Cela fait dix ans que je suis agressée comme cela... Ce métier n'apporte aucun confort moral ou financier... »
Le président : « On vous a posé une question précise ».
Mme Gryson : « Je n'ai pas de réponse précise. »
Me Dupond-Moretti : « Pourquoi ne répondez-vous pas, puisque vous l'avez écrit ? »
L'expert : « C'est une dualité d'experts. »
A bout d'arguments, Mme Gryson en appelle aux «livres à succès comme ceux de David Servan-Schreiber». Le malheureux n'a pourtant cautionné, que l'on sache, aucune détention provisoire devant la chambre de l'instruction de Douai.

Mais Me Dupond-Moretti le veut, son KO. Il pioche à présent dans le dossier les assertions les plus saugrenues : « Quand un enfant raconte avec force détails qu'il a assisté chez lui à un meurtre à coups de pelle, à la mise à mort d'une fillette belge ou à celle d'un bébé caché dans un placard, c'est la vérité ? » La victimologue, d'une voix fluette : « Ce n'est pas Kévin. Il faudrait voir l'enfant... » Exact : il s'agit de son frère Dimitri, qu'elle a expertisé avec M. Viaux.

Me Dupond-Moretti a ouvert la brèche dans la forteresse des experts. Me Julié, conseil de Karine Duchochois, s'y engouffre et obtient sans mal cet aveu de Mme Gryson : « Rien ni personne n'est infaillible. »

Jean-Luc Viaux, pour terminer. Professeur d'université, de faux airs du cinéaste Patrice Leconte, ce spécialiste se réfère fréquemment à un auteur d'articles et d'ouvrages de premier plan : lui-même. La défense, irrévérencieuse, lui reproche justement, par la voix de Me Frank Berton, d'avoir accordé le matin même un entretien au Parisien, d'avoir écrit sur l'affaire d'Outreau au Monde du 25 mai, et d'être apparu sur France 2 à « Envoyé spécial » le 27. Cela fait beaucoup pour un expert tenu à la réserve et censé réserver à la cour le fruit de ses réflexions, d'autant que ses prises de position très « pro-parole de l'enfant » permettent de douter de son impartialité.

La partie civile est chagrinée, car les dépositions de M. Leprêtre et de Mme Gryson ont été mises à mal, c'est un euphémisme, par la défense. Et voilà que se dresse Me Jacqueline Leduc-Novi, avocate d'une association : « Il est évident que s'il dépose, M. Viaux est totalement décrédibilisé. » Me Dupond-Moretti, d'un air gourmand : « Nous souhaitons l'audition de l'expert. » Lequel s'approche du micro. Le KO, parfois, précède l'assaut.
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Autres billet sur l'affaire d'Outreau
7/11/2011 – Affaire Outreau : Myriam Badaoui a été libérée Par Jean-Michel Décugis, Adriana Panatta et Aziz Zemouri
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31 mai 2004

Immature, narcissique et incestueuse, cette femme reste un mystère par Mariannne 2

Rédigé par Anna Alter
le Lundi 31 Mai 2004

Le comportement de la mère incestueuse des enfants victimes sidère. Dans quels replis mystérieux se cache une personnalité aussi monstrueuse
Par Roland Coutanceau, Psychiatre, expert auprès des tribunaux, auteur de Vivre après l'inceste : haïr ou pardonner ; Desclée de Brower.
Marianne : Que peut-on dire aujourd'hui de la personnalité de Myriam Delay ?
Roland Coutanceau : Ses revirements révèlent une personnalité immature, avec un aspect infantile. Le plaisir de la théâtralisation la pousse, même au prix du scandale, à occuper le devant de la scène. Elle a un besoin d'exister à tout prix, un plaisir narcissique d'être sous les feux de la rampe pour combler le vide, le sentiment de ne pas compter, d'avoir une vie qu'elle n'a pas voulue. Pour attirer les projecteurs, elle joue et, comme une tragédienne, se traite de« menteuse » et de« malade ».

Les experts avaient souligné sa « profonde immaturité psychologique » , mais ils s'étaient trompés sur toute la ligne en concluant qu'elle était « dépourvue de tendances à la mythomanie mythomaniaque [sic] ou à l'affabulation », ce qui rendait crédible les propos qu'elle tenait...
R.C. : Les experts sont comme saint Thomas : ils ne décrivent que ce qu'ils voient. Il y a des gens qui sont lisibles d'emblée ; d'autres se révèlent par la manière dont ils se défendent face à l'accusation sociale. Devant la justice, Myriam Delay se comporte comme une mythomane et éclaire des facettes de sa personnalité qui ont très bien pu échapper à une analyse à froid. Chine peut se prononcer que sur ce qui se voit, pas sur ce qui est caché dans les replis de l'imaginaire. C'est aussi vrai dans la vie de tous les jours : on découvre chez des gens que l'on croyait parfaitement connaître des côtés stupéfiants qui désarçonnent et on se dit : « Je n'aurais jamais cru ça de lui ».
Pour bien faire, faudrait-il reprendre les expertises de zéro ?
R.C. : On peut d'autant mieux faire un diagnostic que les gens lâchent leur imaginaire. Pour être rigoureux, je dirais que je peux établir un diagnostic d'autant plus fiable que quelqu'un se livre facilement. S'il vous dit, je n'ai rien à dire, il ferme le jeu. Le coeur de la personnalité humaine, c'est ce que l'individu porte dans ses rêves et son imagination. Sur le plan de l'expertise, Myriam Delay est plus intéressante aujourd'hui parce que nous pourrions l'interroger sur tous ces revirements qui n'étaient pas prévisibles... Maintenant qu'elle s'est révélée, elle apparaît comme quelqu'un qui peut avoir éclaboussé des innocents, je ne dis pas que c'est le cas, mais elle en est capable.
A votre avis ?
R.C. : De deux choses l'une. Elle a, avec d'autres, balancé des innocents pour diminuer sa propre responsabilité et satisfaire son envie de se venger de ceux dont elle est jalouse, comme dans la médisance ordinaire. Dans ce cas, elle dit la vérité le vendredi, puis se rétracte parce qu'elle a vu dans la presse que ses enfants sur lesquels elle a commis des atrocités vont passer pour des menteurs. Cela l'angoisse et elle veut les protéger. Deuxième hypothèse: elle a dit la vérité sur les prétendus notables et se rétracte le vendredi parce qu'elle se rend compte qu'être des parents incestueux, c'est moins grave aux yeux de la loi que d'être proxénète et incestueux. Une chose est indéniable : au vu de ce que montre cette femme aujourd'hui, elle avait une grande capacité d'influence sur ses enfants,
Les expertises la décrivent comme « passive, carencée d'un point de vue affectif » et non comme une maîtresse femme...
R.C. : C'est la manière dont elle se défend qui l'a révélée. Avant qu'elle fasse son cirque, certains traits de personnalité n'étaient pas décelables. Si elle a réussi à influencer son entourage dans le sens du mensonge, alors elle a un caractère hors normes. Et, par expérience, je sais que des personnalités immatures, ballottées par la vie, aigries, peuvent faire preuve d'une grande créativité dans la destruction des autres. Mais avant que « le cave se re-biffe»on ne voit pas ce potentiel. On détecte la fragilité, la dépendance, pas la«masse noire ».

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13 mai 2004

1/ Ma mère par Georges Bataille

Poche - Broché
Paru le : 13/05/2004
Editeur : 10/18
Collection : domaine français
ISBN : 2-264-03622-2
EAN : 9782264036223
Nb. de pages : 125 pages
Poids : 100 g
Dimensions : 11cm x 18cm x 1cm
Pierre raconte comment, après une enfance religieuse, il fut, à l'âge de dix-sept ans, initié à la perversion par sa mère.
Plongeant grâce à elle dans l'orgie et la débauche, il découvre l'extase de la perdition où se mêlent l'angoisse, la honte, la jouissance, le dégoût et le respect. Respect pour cette femme, la mère, qui a su brûler ses vaisseaux jusqu'au dernier et qui, ayant touché le fond de l'abîme, entraîne son fils dans la mort qu'elle se donne. Ma mère est l'un des textes les plus violents, les plus scandaleusement beaux de Georges Bataille, qui disait de lui-même : " Je ne suis pas un philosophe, mais peut-être un saint, peut-être un fou ", sachant que c'est dans cette ambiguïté même que réside la seule philosophie.
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Autres billets concernant Georges Bataille
2/ Georges Bataille : Ma Mère. écriture d'un fantasme. Fantasme d'une écriture par Agnès Villadary
3/ Les débuts de l'emprise
4/ Viol de la mère
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8/ Le ressenti de l'agresseur au moment des faits par Victor Simon

Le plus souvent, durant l'acte, il ressent un sentiment d'apaisement et de plaisir, parfois suivi de dégoût et d'insatisfaction. 
C'est précisément la recherche de cet apaisement que vise l'acte délictueux, apaisement vécu comme une forme de sauvegarde.
…/…
page 86
Toutefois, les réponses fournies par les abuseurs sont variables à souhait. Certaines sont vraiment fondées, ce qui signifie que, réellement, si la victime n'avait pas été sidérée et avait pu intervenir verbalement, l'acte aurait peut-être été évité. Mais nombre de ces sujets semblent complètement incapables d'évaluer la réalité de ce qu'ils éprouvent au moment du déclenchement de l'acte et pensent, de manière inadéquate, que l'acte aurait pu être empêché. Ce qui nous permet d'affirmer qu'ils ne sont pas aptes à évaluer leur degré de dangerosité, et, également, que le déclenchement de l'acte se déroule sous un régime de clivage psychique.
En résumé, pendant l'agression, l'acte délictueux procure essentiellement un sentiment d'apaisement, retour au calme qui suit le dépassement par l'excitation au moment du déclenchement de l'acte. Ce dépassement est vécu comme inquiétant par les sujets, car ils perçoivent cette impossibilité de contrôle et l'effacement de leurs limites subjectives.
L'agresseur serait-il plus acteur qu'auteur de son acte ?
Le fait de se sentir « anormal » au moment de l'acte, constituerait un bon indicateur de prise en charge thérapeutique.

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Autres billets sur le livre Abus sexuel sur mineur par Victor Simon
1/ Abus sexuel sur mineur par Victor Simon
2/ Abus sexuel sur mineur : Ce livre est un cri !
3/ « se faire violer » au profit « d'être violée »
4/ Après un viols par inceste un trouble de la construction de la réalité et du monde environnant : Qui croire ?
5/ Les signes fréquents du refoulement après des viols par inceste
6/ De la spécificité du Syndrome Post-Abus Sexuel (SPAS)
7/ L'agresseur et ses stratégies
9/ Recueillir le témoignage d'un enfant, lors du dépôt de plainte pour agressions sexuelles
10/ Les lettres réparatrices
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7/ L'agresseur et ses stratégies par Victor Simon

Page 83
Mais comment font-ils, comment osent-ils, comment arrivent-ils à leurs fins, comment s'organisent-ils ?
Chaque abuseur utilise une stratégie en parfaite adéquation avec la situation dans laquelle il évolue. Ce sont souvent de véritables experts de la manipulation, tant sur le plan de la rhétorique que sur celui de l'adaptation.
Il s'agit, le cas échéant, de personnalités si bien adaptées qu'elles sont citées en exemple et occupent des postes à responsabilité, parfois à un niveau très élevé de la société. 
Leur perversité est remarquablement « habillée et maquillée » sous des actions à vocation sociale, politique, religieuse : les exemples de ce type foisonnent.

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Autres billets sur le livre Abus sexuel sur mineur par Victor Simon
1/ Abus sexuel sur mineur par Victor Simon
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