« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

5 décembre 2009

Les silences de la loi par Marie-Pierre Porchy

Les silences de la loi - Un juge face à l'inceste
Marie-Pierre Porchy
Broché
Paru le : 15/10/2003
Editeur : Hachette
ISBN : 2-01-235686-9
EAN : 9782012356863
Nb. de pages : 176 pages
Poids : 215 g
Dimensions : 13cm x 20cm x 1,3cm
30 % des affaires jugées dans les cours d'assises concernent des viols sur mineurs.
Avant la rue, le premier lieu d'insécurité pour l'enfant est le toit familial. C'est souvent un père, un beau-père ou un oncle qui va, des années durant, abuser d'un enfant dans le silence profond et verrouillé d'une famille. Face à cette délinquance "ordinaire", la loi n'offre qu'un silence coupable en ne posant pas les interdits fondamentaux. L'interdit de l'inceste n'est ainsi pas inscrit dans notre code pénal...
Marie-Pierre Porchy, juge d'instruction, s'élève contre ce tabou légal et contre un fonctionnement judiciaire source de nouvelles injustices – froideur des textes face à la parole fragile de l'enfant, accueil judiciaire traumatisant qui, avec ses non-dits, brise la victime au lieu de la réparer. Forte de son expérience de magistrat, elle imagine, à travers les cas qu'elle a suivis, une justice plus humaine, plus ouverte à l'aide psychologique.
Ainsi son livre propose-t-il une vision neuve d'un sujet surmédiatisé mais paradoxalement toujours pétrifié dans les lourdeurs du tabou.
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1 décembre 2009

Assemblée nationale 33 lobbyistes autorisés

01/12/2009
Une première liste de représentants de groupes d’intérêts, d’entreprises ou de syndicats a été publiée. Eux seuls sont autorisés à accéder au Palais-Bourbon. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a publié la liste des 33 premiers lobbyistes à avoir montré patte blanche et qui sont autorisés à accéder au Palais-Bourbon. Le nom, la fonction, les intérêts représentés, l’employeur et la nature de l’employeur (organisation professionnelle, syndicat…) de chacun sont clairement indiqués. Ces lobbyistes "transparents", et seulement eux, peuvent se voir attribuer un badge journalier d’accès.Pour lire la suite de l'article cliquez sur le logo Profession politique
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Autres billets sur le lobbyisme

La victoire des lobbies dans les Assemblées par Jean-Claude Benard
Récupération des "victimes" Isabelle écrit à Martine
Les associations font l'esprit des lois, Leur lobbying influence fortement les politiques par Ondine Millot


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30 novembre 2009

Allice Miller et la violence éducative

Aberration
lundi 30 novembre 2009
Bonjour,
Je partage vos idées sur le fait qu'il est inhumain de maltraiter les enfants. J'ai constaté que beaucoup de personnes ne se rendent pas compte que ce qu'elles font subir à leurs enfants porte indéniablement ce qualificatif, et que l'indifférence de l'entourage est quasi générale.
Pour exemple, hier j'étais à un concert et un enfant s'est mis à pleurer. Je ne voyais pas où il était mais il était manifeste que ses pleurs étaient étouffés par une main sur sa bouche afin que les spectateurs autour ne soient pas importunés. J'ai trouvé cela scandaleux pour ce petit. Il aurait mieux valu qu'un adulte sorte de la salle avec lui, sachant qu'un enfant ne peut rester immobile et silencieux durant 2 heures.
Autre exemple. J'étais à la caisse d'un supermarché. Après moi s'est présenté un homme avec 3 enfants en bas âge. Il a demandé à l'aîné de mettre les provisions dans un sac. Viblement il n'y arrivait pas. Il devait avoir 5 ans. Le père très nerveux l'a traité d'incapable en lui donnant une claque sur la tête. Et des exemples ainsi j'en ai plein. Il m'est arrivé de réagir en faveur de l'enfant mais toujours je me suis fait insulté par le parent. Que faire… ?
Récemment en France, une député, pédiâtre de métier, a déclaré vouloir déposer une loi interdisant la fessée. Lorsque j'ai lu les réactions nombreuses des internautes à ce projet, pas une seule n'a compris et a été favorable à cela. Les avis étaient tranchés et catégoriques. En résumé, de quel droit se mêle t-on de l'éducation des enfants qui doit, selon les réponses, rester dans la sphère privée familiale et ne concerner que les parents. Ces avis ne faisaient pas suite à une rélexion car aucune personne n'a dit avoir lu ou étudié cette question. Les gens étaient contre, point. Selon eux, leurs enfants sont leur propriété, et de ce fait ils peuvent en disposer comme bon leur semble.
Même un ministre s'est rapidement empressé dans un communiqué de s'élever contre cette loi.
Moi qui croyais naïvement que les mentalités avaient évoluées, on en est loin. Personne ne s'est demandé pourquoi la France a la 1ère place au monde en matière de consommation d'antidépresseurs, anxyolitiques etc… Et que les suicides sont si élevés chez les jeunes !
Réponse de Brigitte :
Vous avez absolument raison, la violence éducative est omniprésente où que nous nous trouvions et tout le monde cautionne ces actes humiliants et inhumains y compris les hauts responsables du gouvernement qui sans vergogne ricanent et s’insurgent contre la loi. Malheureusement nous sommes confrontés à une masse de dangereux ignorants dans le seul but d’éviter l’ultime sanction, comme quand nous étions enfant, si on osait voir la réalité de ce qu’étaient nos parents.
Dans cette optique, il est très difficile d’agir sans se faire agresser quand on vient en aide à un enfant en danger d’être battu ou humilié. En espérant qu’une prise de conscience se fera un jour pour le bien de l’humanité. BO
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Grazia : Comment être une bonne mère quand on a reçu l'inceste en héritage ?

DEMAGOGIE : Nom formé à partir de deux racines grecques : "démos" qui signifie "peuple" "agô" qui signifie "conduire". D'après son étymologie, ce mot signifie donc "l’art de conduire le peuple". Le mot "démagogie" désigne donc l’art de mener le peuple, particulièrement en captant sa faveur. Dans le lexique politique et en histoire, la "démagogie" est une attitude politique qui flatte les passions populaires dans le but d’obtenir le soutien du peuple, sans se préoccuper de ses réels intérêts. La démagogie est apparue avec la démocratie grecque. On trouve la démagogie dans toute démocratie.
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GRAZIA
Page 58
17 octobre 2009
Devenir mère après l'inceste.
Comment être une bonne mère quand on a reçu l'inceste en héritage ? Les victimes d'abus sexuels osent lever le tabou et témoignent à visage découvert pour montrer qu'elles peuvent être des parents comme les autres. Des témoignages forts et pleins d'espoir.
Par Aurélia Perreau
SANDRINE, 34 ans
Depuis que mes fils ont 5 ans, l'âge auquel j'ai subi l'inceste la première fois, chaque année, au moment de leur anniversaire, je fais ce même cauchemar : ils se font violer par un membre de la famille. Je suis là, je les regarde. Je hurle, personne ne m'entend. Je suis impuissante. Toute aussi impuissante que je l'étais quand mon oncle m'a entraînée derrière une voiture pour m'agresser sexuellement. Il avait 16 ans, le triple de mon âge. Mon père l'avait surpris, même engueulé. Malgré tout, l'oncle était devenu mon baby-sitter. Le week-end, le mercredi, quand mes parents sortaient le soir, je savais ce qui m'attendait : un viol, qui se répétait. Sous le toit familial. Etait-ce normal ? Oui, peut-être. La normalité à la maison, c'était un père violent et alcoolique. Mon oncle qui m'offrait des nuisettes affriolantes à Noël. Ma mère qui découvrait du sang dans ma culotte à 8 ans. Personne ne réagissait ? A rien ? Alors je ravalais ma honte. J'étais timide et renfermée. Une petite fille « bien sage n'avait à subir ça. Comme j'avais été incapable de dire non, je me suis sentie coupable. Ça a été l'explosion. Automutilations, violences… Un soir, j'ai braqué un couteau de cuisine sur mon oncle. Je l'avais caché sous mon oreiller. S'il avait insisté, c'est sûr, je l'aurais tué. A 16 ans, j'ai tout quitté. J'ai vécu dans la rue et je suis devenue toxico. C'est un petit ami qui m'a sorti de là. Il s'est occupé de moi, on s'est installé chez ses parents. Je suis tombée enceinte la première fois à 19 ans. Ça m'a paniqué ???. Comment être mère quand on n'arrive pas à se gérer soi-même ? Comment être mère quand les repères familiaux sont vidés de sens ? Dès que mon ventre s'est arrondi, j'ai rejeté tout le monde. Je devais rester seule avec mon bébé. A cinq mois de grossesse, les médecins m'ont mise en arrêt maladie. Nous avons vécu plusieurs mois en autarcie, mon ventre et moi. Jusqu'à l'accouchement. Atroce. Ça a duré quatorze heures. Les gestes maternels, le peau à peau, l'allaitement, j'en étais incapable. Je voyais l'inceste partout. J'ai fait une grosse dépression. On l'étiquetait baby-blues. Tout ce passé que l'on n'avait pas traité me sautait à la figure. J'avais des pulsions contradictoires : l'envie de l'abandonner dans la rue et, en même temps, je refusais que quiconque le touche. On me disait : tu es maman, réjouis-toi. Je pleurais. Je ne me sentais pas à la hauteur. C'est à partir du moment où il s'est mis à parler que je suis entrée dans la prévention à outrance. Avec l'aîné, d'abord. Puis le plus jeune. Parfois, j'achète cinq bouquins d'un coup sur la pédophilie, il n'en existe aucun sur l'inceste. J'y suis allée un peu fort, sans doute, le grand a eu une période où il n'osait plus me lâcher la main dans la rue… Du coup, j'ai fini par leur expliquer ce qui m'était arrivé. Ils ont compris. Je me suis sentie débarrassée d'un poids. Eux aussi, je crois. Mais je reste inquiète. Je ne supporte pas qu'il y ait une porte fermée dans la maison. J'ai du mal à les laisser dormir chez leurs copains et à faire confiance à un homme. J'ai suivi une longue thérapie qui m'a beaucoup aidée. Seuls les câlins continuent parfois à m'angoisser. Notamment avec le plus jeune. C'est mon portrait craché au masculin. Il est très tactile et fusionne ! Un jour, je me suis dit : si j'étais une mère incestueuse, si je voulais abuser de lui, ce serait très facile. Il ne s'en rendrait même pas compte. C'est là que j'ai vraiment pris conscience de la vulnérabilité des enfants lorsqu'ils sont en pleine confiance avec leur famille. Avoir réussi à créer ma famille, après tout ça, c'est ma plus grande victoire
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29 novembre 2009

Vivre après l’inceste par Michel Suard

Adolescence
L’Esprit du temps
I.S.B.N. 2847951158
192 pages
Pages 171 à 178
Résumé de l'article :
Cet article présente l’évolution de la situation familiale d’un homme incarcéré pour des crimes sexuels et des trois filles qui ont subi ces relations incestueuses. La thérapie familiale engagée pendant le temps de l’incarcération puis après la sortie en libération conditionnelle a permis, à partir du moment où le père a reconnu les faits, une reconstruction familiale et une véritable réparation des victimes qui ne veulent plus aujourd’hui être considérées comme « victimes ».
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This article presents the evolution of the family situation of a man imprisoned for sex crimes and the three girls who were victims of these incestuous relations. The family therapy undertaken during the imprisonment and after the conditional release enabled – once the father admitted the deeds – a reconstruction of the family and true reparations for the victims who no longer wish to be considered as «victims».
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Autres billets de Michel Suard
L’Inceste et la Loi par l' Association de Thérapie Familiale Systémique

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24 novembre 2009

L'inceste, crime contre l'humain par Maitre Catherine Perelumutter




Lundi 2 février 2009

Article de Catherine PERELMUTTER
publié sous le titre "l'inceste doit être imprescriptible"
dans les pages REBONDS de LIBÉRATION, le 18 Décembre 1997.

L'inceste est une relation sexuelle entre proches parents dont le mariage est interdit. Dans la famille incestueuse, confusion et répétition surgissent d'une génération à l'autre : il n'y a pas de limites entre les enfants et les parents. La demande de tendresse de l'enfant, peu entouré par sa mère, est interprétée ou entendue par le père comme une demande ou autorisation passionnelle, et il y répond par des gestes sexuels. C'est la confusion des langues dont a parlé Sandor Ferenczi, médecin et psychanalyste hongrois. L'interdiction de l'inceste, à l'origine de toutes les traditions, lois, et systèmes de parenté, en différenciant les générations, assure la pérennité de notre société. Mais la justice n'est pas au point.
L'inceste n'est pas reconnu dans le droit pénal français ; il constitue simplement une circonstance aggravante du viol (viol commis par une personne ayant autorité). Or on ne peut oublier que ce que l'on sait, ce que l'on reconnaît. Cette lacune juridique porte préjudice aux victimes d'inceste. L'amendement de 1989, qui a augmenté le délai de prescription de dix ans après la majorité, permet aux personnes de 28 ans de déposer plainte pour des abus commis après 1989 ; en revanche, les personnes âgées de 29 ans et plus sont forcloses pour poursuivre en justice leur agresseur. Ce délai n'est pas suffisant dans la mesure où la nouvelle loi s'applique pour des faits commis après son entrée en vigueur ; beaucoup de victimes d'incestes souffrent, d'autre part, d'amnésies destinées à les protéger contre l'horreur insupportable de la vérité. La lenteur et la lourdeur de la procédure sont également pesantes pour l'enfant déstabilisé, dont la parole est fugace et fragile. Toute cette procédure est une violence énorme pour l'enfant.
N'y a-t-il pas un autre moyen que d'exposer encore cet enfant à l'incertitude de l'issue du procès, qui est une violence d'autant plus grande que les magistrats, avocats et policiers ne sont parfois pas meilleurs parents que les autres? Sans compter les ordonnances de non-lieu, relaxes et acquittements des présumés coupables, qui anéantissent les enfants. Si on écoute attentivement les enfants victimes, on se rend compte que, la plupart du temps, ce qui importe le plus pour eux est que le parent abuseur avoue la vérité de ce qui s'est passé, et que la parole de l'enfant soit reconnue comme vraie. L'enfant ne désire pas que le parent abuseur aille en prison, mais qu'il change. C'est peut-être cela la réparation tant cherchée en la justice. Mais ce n'est pas forcément la justice pénale qui est la mieux placée pour l'obtenir. Dans l'attente d'une meilleure solution, le droit devrait reconnaître le crime d'inceste et le déclarer imprescriptible, afin que la victime puisse témoigner de ses souffrances atroces et se reconstruire dans la sérénité.
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Les réponses de la justice sont inadaptées, car notre société n'a pas compris l'ampleur du processus de destruction découlant de l'inceste, qui présente de fortes similitudes avec le crime contre l'humanité. La puissance du traumatisme est immense dans les deux cas. Le génocide juif est particulièrement caractéristique du crime contre l'humanité, qui rabaisse l'être humain au rang d'animal. L'inceste existe dans le règne animal, mais est interdit dans notre société occidentale. La victime de l'inceste subit une violence énorme et perd son identité en oubliant la vérité de son histoire tant le choc est immense. Les liens dans une famille incestueuse sont des ligatures qui empêchent l'enfant soumis à des relations fusionnelles de maturer sur le plan affectif. Les victimes d'inceste sont captifs de parents avides de confirmation narcissique, qui les utilisent comme des objets pour combler leurs manques et défaillances. Ils sont prisonniers à l'intérieur d'une forteresse, dont l'image extérieure peut ressembler à un paradis. La conspiration du silence s'installe dans un climat de terreur qui parfois dissimule le pouvoir détenu par la mère en apparence passive, profondément rejetante à l'égard des enfants et souvent envahissante, mais dont la responsabilité commence à être envisagée par les tribunaux.

La confusion des générations par l'inceste est mortifère. Il s'agit de destruction à plus ou moins long terme de l'humanité de l'enfant, de la famille et de la société. L'enfant victime d'inceste continue à l'âge adulte ce processus de destruction en s'autodétruisant s'il ne prend pas conscience de ce cercle vicieux. Le crime contre l'humanité lui aussi déshumanise les victimes réduites à l'état d'objets. Souvent, les thérapies préconisées dans les cas d'inceste s'appliquent sur trois générations ; de même dans les familles de déportés : la transmission inconsciente du traumatisme s'effectue sur trois générations. Hélène Epstein a publié aux Etats-Unis un livre, Children of Holocaust, qui explique la façon dont ces horreurs continuent à marquer la génération suivante. Le destin de ses parents, survivants de l'Holocauste, leur incapacité d'en parler ont marqué et gâché sa vie, et cela bien qu'elle soit née et qu'elle ait été élevée aux Etats-Unis. Cette souffrance muette ressemble à celle de l'enfant maltraité, elle est innommable, car l'on craint en ouvrant ce qui est enterré au plus profond de soi de trouver qu'on n'a pas le droit de vivre.
Paroxysme de la violence, les abus familiaux, et notamment l'inceste, obligent chacun de nous à se remettre en question. Notre société est lente pour se réveiller de son sommeil criminel, et à ce jour elle a tendance parfois à faire marche arrière. Ainsi, le négationnisme n'est pas une interprétation des faits, mais une négation des faits. Les négationnistes ont endormi leur conscience et ont fini par perdre la mémoire pour se déculpabiliser et échapper au jugement. La France n'a pas encore affronté directement sa réalité historique, puisqu'on commence seulement à parler soixante ans après des biens des juifs spoliés pendant la guerre. En réalité, dans les deux situations d'inceste et de crime contre l'humanité, une sorte de permissivité de la société a laissé perdurer de telles ignominies. Les travaux d'Alice Miller montrent que seule la prise de conscience émotionnelle par les adultes de ce qu'ils ont eu à subir jadis et de ce qu'ils ont reproduit dans leur aveuglement peut ouvrir la porte qui les mènera à la liberté et à la responsabilité. Le danger pour l'humanité est de courir à sa perte, en s'autodétruisant, en produisant des dictateurs paranoïaques Hitler est issu d'une famille maltraitante. Certains parmi les moins concernés parlent souvent de pardon, mais encore faudrait-il pour pardonner que le coupable demande pardon, un pardon qui appartient aux seules victimes. Vivre dans la haine et la colère perpétuelles est destructeur pour soi-même. Entre le pardon et la colère, qui est une étape nécessaire, il existe une voie étroite, celle de l'authenticité de son identité retrouvée.


Catherine Perelmutter est avocate au barreau de Paris, spécialisée en droit des personnes, et fait partie de l'antenne des mineurs du barreau de Paris.
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22 novembre 2009

Association de la Chaîne humaine contre les abus sexuels



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La prise en charge de pères en milieu pénitentiaire par le Dr. Luc Massardier

« En prison, le travail de thérapie tente d’amener ces pères à prendre conscience de la gravité des actes qu’ils ont commis sur leur fille » explique Luc Massardier, psychiatre, praticien hospitalier à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et consultant en milieu pénitentiaire.
Dans quelles conditions exercez-vous votre travail ?

J’interviens depuis douze ans en milieu pénitentiaire. Sept ans au SMPR (Service médico-psychologique régional) de Nice en tant que chef de service, puis depuis 2001 au SMPR de Paris la Santé. Il existe seulement 24 de ces services en France sur 187 prisons. Idéalement, un SMPR comprend un chef de service, deux ou trois psychiatres temps plein, des psychologues, des infirmier-e-s, des assistantes sociales, des art thérapeutes et des secrétaires. En réalité la présence de ces personnels soignants est très différente d’un établissement à l’autre et de nombreux services sont sous dotés particulièrement en province et dans les sites dits « peu attractifs ». En dehors des SMPR, c’est-à-dire dans la quasi-totalité des établissements pénitentiaires, la couverture psychiatrique est assurée par les hôpitaux de rattachement situés dans l’aire géographique d’implantation de la prison. La présence médicale y est souvent très réduite, à l’image du sous-équipement général en personnels soignants des hôpitaux du service public.
Les SMPR suffisamment dotés permettent cependant de suivre convenablement les détenus. C’est grâce à ce travail réalisé en prison, qu’aujourd’hui nous sommes en mesure de comprendre la psychopathologie de certains pères incestueux.
Il n’y a pas en France d’obligation de soin en prison sauf pour une minorité d’agresseurs sexuels condamnés à un suivi sociojudiciaire avec injonction de soin et une incitation au traitement pendant leur incarcération. Nous ne rencontrons donc que ceux qui acceptent volontairement de suivre une thérapie, même si celle-ci leur est proposée de façon systématique. Nous ne rencontrons donc pas tous les agresseurs sexuels, notamment ceux qui contestent les faits comme ceux qui sont structurés sur un mode pervers et qui refusent l’idée même de se faire soigner. En revanche, les pères qui ont entretenu un rapport « amoureux » avec leur fille, retrouvant avec elle l’illusion d’un « amour absolu » acceptent volontiers de se faire suivre. Ils représentent la majorité des pères incestueux que nous suivons en consultation.
Qu’est-ce qui ne va pas chez ces hommes ?

Ils souffrent de carences identitaires et narcissiques majeures avec une identité masculine vacillante. Quelque chose est resté bloqué dans leur développement psycho sexuel. Ils sont peu sûrs d’eux et ne parviennent pas à nouer des relations conjugales normales avec leurs épouses ni de père avec leur fille. Ils restent accrochés à l’image d’une famille idéale qu’ils n’ont pas su ou pas pu construire et qui leur renvoie toujours leur manque et leur insatisfaction. Ils projettent sur leurs épouses la cause de leur mal-être, les accusant de ne pas s’occuper assez bien de leur fille et d’eux-mêmes. De leur place de père, ils vont peu à peu glisser à une place « maternelle » pour réparer leurs propres blessures narcissiques. Ils vont se mettre à donner les bains, à faire la toilette, à jouer à la poupée avec l’enfant. De ces rapprochés fusionnels apparaîtra secondairement l’excitation sexuelle, et petit à petit, les choses vont déraper presque « à leur insu » jusqu’à l’inceste.
La fille est devenue cet objet idéal qui les comble et leur offre la complétude et la sérénité qui leur a toujours fait défaut. Elle est une poupée magique qu’ils utilisent dans le déni de la différence des sexes et des générations pour former avec elle un néo couple pervers construit sur la relation d’emprise.
Comment arrivent-ils à assumer cette relation ?

Ils savent bien que ça ne se fait pas. Ils vivent en permanence la compulsion à la relation incestueuse dans la crainte de la dénonciation, mais ne peuvent pas s’en détacher eux-mêmes. Au moment de l’arrestation, nombre d’entre eux se déclarent soulagés.
Parmi ces pères amoureux, on distingue ceux qui développent une réaction de panique le jour où la relation devient sexuelle, surtout après l’orgasme. Ils se rendent alors compte de l’anormalité et de la monstruosité de leurs actes et obligent l’enfant au « secret », lui demandant à la fois pardon et lui promettant qu’ils ne recommenceront plus et surtout que le maintien de la cohésion familiale dépend de ce secret partagé, gage de la sécurité de toute la maison. Ils auront alors dans les jours qui suivent une conduite d’évitement, puis comme ils voient qu’il ne se passe rien, que la vie continue comme avant, un jour ils recommencent.
À côté de ces pères il y a ceux, nettement moins nombreux et plus carencés, qui ne connaissent pas cette panique et qui vivent presque normalement cette relation.
Quels sont les différents profils des pères incestueux ?

On peut repérer schématiquement trois types de pères incestueux
• le père « amoureux » de sa fille que nous venons de décrire.
• Puis le père très carencé, machiste et souvent alcoolique vivant dans un milieu défavorisé où l’acte sexuel se résume à un acte pornographique imposé comme un droit à la femme qui doit lui être soumise. Il couche avec sa fille parce qu’elle est là, qu’il est l’homme et qu’il a tous les droits.
• Il y a enfin le profil du pervers sadique qui jouit de la souffrance infligée à autrui, mais que l’on ne voit pas en consultation parce qu’il la refuse et qu’il n’en voit pas l’utilité.
Comment se passe le travail en prison ?

En prison, le travail de thérapie tente d’amener ces pères à prendre conscience de la gravité des actes commis sur leur fille qui n’est pas « leur objet » mais un être humain différencié d’eux et victime de leurs actes. L’objectif thérapeutique, c’est de les aider à retrouver dans leur histoire personnelle les paramètres qui les ont conduits à cette déviance, de repérer leurs manques et le sens de leur passage à l’acte incestueux. Ce sont des gens qui sont en proie à la confusion mentale, il faut réintroduire la loi de l’interdit de l’inceste et la prison représente un cadre qui permet cette prise de conscience indispensable pour reprendre leur place de père. Quand ils sortiront de prison ou si leur enfant le leur demande un jour, ils devront lui rendre des comptes. Nous essayons de préparer le père à trouver les réponses qui pourront alors aider la victime pour qu’elle cicatrise son traumatisme et ne se sente plus coupable ou responsable de ce qu’il lui a infligé. Il faut sortir de la confusion. Les liens de filiation demeurent, le père restera toujours le père quoiqu’il ait fait.
Propos recueillis par Monique Castro

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